La femme avait d’abord été accusée de meurtre, mais l’accusation a été réduite à celle d’infanticide.

Coupable d’infanticide, elle devra faire des tests de grossesse aux six mois

MONTRÉAL — Une femme de Montréal qui a plaidé coupable à une accusation d’infanticide devra se soumettre à une condition fort inusitée: elle devra subir un test de grossesse tous les six mois. Elle devra aussi purger une peine de 20 mois à domicile.

La femme était en déni de grossesse lorsqu’elle a accouché, seule, dans sa salle de bain, en juillet 2016. Le bébé avait été retrouvé dans un sac de plastique. Il est mort à l’hôpital trois jours plus tard.

«C’était un déni de grossesse. Elle ne savait pas qu’elle était enceinte. Elle ne se souvient pas de ce qui s’est passé. Une amnésie complète», a expliqué jeudi son avocat, Joseph La Leggia, peu après l’audience au palais de justice de Montréal.

La mère de famille de 43 ans avait plaidé coupable à l’accusation d’infanticide en novembre dernier.

Jeudi, la juge Linda Despots, de la Cour du Québec, a donné suite à une suggestion commune de la Couronne et de la défense et imposé à la femme une peine de 20 mois à purger dans la collectivité et une probation de trois ans.

L’obligation de passer un test de grossesse deux fois par année était aussi une suggestion commune. La femme devra l’apporter à son agent de surveillance pendant la durée de son sursis, puis à son agent de probation pendant trois ans.

«Cela aura pour conséquence de rassurer la société quant à l’absence de récidive», a indiqué la magistrate.

Selon Me La Leggia, cette condition est une première au pays.

Mais une Albertaine aurait déjà eu à se soumettre à de tels tests. Après qu’un enfant fut retrouvé vivant dans une benne à ordures, la police a retracé sa mère qui a alors dit avoir disposé de ses deux autres enfants de la même façon. Après avoir été déclarée coupable en 2014 pour leur mort, elle s’était fait ordonner de subir des tests de grossesse fréquents et de rapporter toute grossesse à son médecin et à son agent de probation.

Dans le cas de la Montréalaise, cette condition ne lui a pas été imposée contre son gré, dit son avocat.

«C’est pour qu’on puisse vérifier qu’il n’y ait pas de problème pour l’avenir. Madame, elle a accepté cela. Elle le fait depuis tous les mois», a précisé Me La Leggia.

La mère de famille était présente en cour pour recevoir sa peine. Petite et fragile, l’air grave, elle a écouté attentivement les conditions détaillées par la juge Despots.

Celle-ci a indiqué que le rapport pré-sentenciel soumis était positif. «Madame ressent un fort sentiment de culpabilité et exprime une grande souffrance», et elle qualifie elle-même les événements de «tragédie», a-t-elle ajouté dans la salle de cour. Et le risque de récidive est faible, a-t-elle conclu.

La femme avait d’abord été accusée de meurtre, mais l’accusation a été réduite à celle d’infanticide.

Ce crime survient lorsqu’une personne du sexe féminin cause la mort de son enfant nouveau-né, si elle n’est pas complètement remise d’avoir donné naissance à l’enfant et si son esprit est alors «déséquilibré».

Me La Leggia a indiqué que les services de la protection de la jeunesse avaient été impliqués dans ce dossier, vu la présence de trois autres enfants, histoire de s’assurer qu’ils sont bien traités.

Il a été conclu que non seulement ils n’étaient pas en danger, mais qu’ils étaient bien entourés et très heureux, a résumé Me La Leggia.

«Elle ne savait pas ce qui s’est passé. Elle a réalisé à l’hôpital. C’est là qu’elle a réalisé qu’elle perdait son bébé», a expliqué l’avocat au sujet de sa cliente. Elle est d’ailleurs suivie par un psychiatre.

La procureure de la Couronne, France Duhamel, n’a pas voulu parler aux médias.