Ugo Fredette a été contre-interrogé toute la journée, vendredi.

Contre-interrogatoire d'Ugo Fredette: la Couronne se penche sur une contradiction

SAINT-JÉRÔME — Ugo Fredette, accusé de deux meurtres prémédités, a défendu sa version des faits alors que le procureur de la Couronne a cherché à faire ressortir que des pans de son histoire sont invraisemblables, dont ses trous de mémoire qui l’empêchent de relater comment il a tué son ex-conjointe de multiples coups de couteau.

Dans une salle de cour bondée du palais de justice de Saint-Jérôme, Me Steve Baribeau a contre-interrogé l’accusé toute la journée de vendredi.

Ugo Fredette reconnaît avoir causé la mort de son ex-conjointe Véronique Barbe, après une accumulation de stress et de colère, dit-il. Il est aussi accusé d’avoir tué Yvon Lacasse, un septuagénaire qu’il a croisé par hasard dans une halte routière lors de sa fuite et dont il a pris le véhicule.

La théorie de la Couronne est que l’accusé n’acceptait pas sa séparation et qu’il a poignardé son ex-conjointe à mort le 14 septembre 2017.

« Vous ne pouviez concevoir la séparation ? » lui a d’ailleurs demandé vendredi Me Baribeau.

« Non », a répondu l’accusé âgé de 43 ans, les pieds attachés à la barre des témoins, faisant face au jury.

Vendredi, Me Baribeau s’est affairé à lui faire détailler sa vie avec Véronique Barbe, tentant de lui faire dire que la relation était « toxique ». L’accusé refuse ce terme, préférant les mots « intense » ou encore « hardcore ».

Fredette a été cuisiné vendredi sur un épisode de violence qui s’est produit quatre jours avant les deux meurtres. Le conflit a éclaté à l’extérieur de la maison. Véronique l’a giflé et lui criait après, a-t-il détaillé. L’accusé admet l’avoir rentrée dans la maison en la tenant, lui mettant la main sur la bouche. Sortie à nouveau de la maison, il l’a rentrée une deuxième fois, pendant qu’elle lui assénait des coups et des claques sur la poitrine, a-t-il témoigné.

Puis il l’a poussée « pour qu’elle arrête ». Elle est tombée par terre, a-t-il relaté aux membres du jury, en réponse aux questions de la Couronne. Il l’a aidée à se relever et « on a pleuré ensemble ».

Avez-vous un problème de violence ? lui a alors demandé le procureur de la Couronne.

« C’est inacceptable ce qui s’est passé », a répondu l’accusé, précisant que cela ne s’était jamais produit lors de leurs sept années de relation.

Ugo Fredette a maintenu en contre-interrogatoire que le jour des meurtres, il s’est chicané avec Véronique, qui voulait qu’il quitte la maison. Elle aurait lancé un « cri de haine » et tenté de le pousser en bas d’un escalier. Elle aurait alors saisi un couteau pour l’attaquer.

L’accusé dit se rappeler d’avoir porté un coup à son bras, puis, plus rien. Juste des « flashes » dans sa mémoire. Son prochain souvenir est celui du corps de la femme, par terre, un couteau planté dans sa poitrine. Il ne se souvient pas de l’avoir poignardée.

Me Baribeau lui a demandé pourquoi il n’a pas alors appelé le 911 ou la police? Pourquoi il n’a pas vérifié si la « femme de sa vie » était toujours vivante ?

L’accusé a répondu avoir été « dans un état de panique » — ce qu’il répétera à maintes reprises — et avoir voulu protéger l’enfant qui était sur place en prenant la fuite avec lui.

« C’est un cauchemar pour moi. Je le vis encore tous les jours », a-t-il soufflé avant de dire qu’il est désolé pour les familles des victimes.

Le procureur d’Ugo Fredette n’a pas demandé au jury de blanchir son client, mais bien de le reconnaître coupable d’homicide involontaire — et non pas de meurtre.