Alexandre Bissonnette est accusé de six meurtres au premier degré et de cinq tentatives de meurtre commises avec une arme à autorisation restreinte. Il est aussi accusé de tentative de meurtre sur les 35 fidèles qui étaient présents, le soir de la tuerie.

Compassion envers les parents de Bissonnette, mais aussi soif de justice

Le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi, a reçu une lettre par courrier recommandé, l’hiver dernier. Elle était signée par les parents d’Alexandre Bissonnette, l’auteur présumé de l’attentat à la mosquée de Québec.

Dans la lettre, Manon Marchand et Raymond Bissonnette exprimaient leurs condoléances aux familles des victimes de la fusillade qui a fait six morts le 29 janvier 2017. M. Labidi a fait la livraison lui-même aux familles concernées. 

Puis, il a appelé les parents d’Alexandre Bissonnette pour leur confirmer que la lettre avait été acheminée. Au téléphone, Mme Marchand était bouleversée, relate M. Labidi. «Elle était tout le temps en pleurs. Elle était très, très, très touchée par ce qui est arrivé.»

Pour la première fois, mercredi, les parents d’Alexandre Bissonnette se sont exprimés publiquement sur la tragédie. Un an après la fusillade à la mosquée, ils ont remis une lettre à Radio-Canada, qui l’a publiée sur son site Web en matinée.

«L’immense peine et la douleur causées aux innocentes victimes et leurs familles par ce geste inexcusable, reste pour nous, encore à ce jour, totalement inexplicable. Tant de vies ont été détruites inutilement», écrivent les parents.

Mme Marchand et M. Bissonnette expliquent qu’à la suite du drame, ils ont choisi de ne pas s’adresser aux médias et d’offrir leurs condoléances directement aux victimes et à leurs familles, par le biais de la lettre envoyée à Mohamed Labidi. 

Dans leur lettre remise à Radio-Canada, les parents d’Alexandre Bissonnette mentionnent que leur vie a basculé le soir du 29 janvier 2017. Depuis, «nous avons l’impression de vivre un véritable cauchemar», écrivent-ils. 

«Alexandre demeure notre fils que nous aimons et qui fera toujours partie de notre famille. Comme tous les parents, nous avions espoir de le voir réussir et être heureux dans la vie. Dans un sens, nous avons nous aussi perdu un fils», poursuivent-ils. 


« Dans un sens, nous avons nous aussi perdu un fils »
Les parents d'Alexandre Bissonnette

«On comprend leur douleur»

M. Labidi a lu la lettre publique des parents d’Alexandre Bissonnette, mercredi. «On comprend leur douleur, leur peine et leur souffrance. On comprend que leur vie a basculé du jour au lendemain», dit le vice-président du Centre culturel islamique. 

«Cependant, cette sympathie envers la maman et le papa, il ne faut pas que ce soit une entrave à la justice», dit M. Labidi. Pour certaines familles de victimes, «rien [d’autre] ne peut les apaiser que ces moments de justice qu’ils vont vivre», ajoute-t-il. 

Dans la lettre remise à Radio-Canada, les parents d’Alexandre Bissonnette affirment par ailleurs que des «menaces sérieuses» ont été proférées à l’endroit de leur fils et de leur famille. «Heureusement, les services policiers sont intervenus, mais nous vivons toujours dans la crainte d’une récidive», écrivent-ils.

En avril, un homme d’origine marocaine et de nationalité italienne, Mohamed-Amine Ben-Faras, a plaidé coupable à une accusation de menaces de mort à l’endroit d’Alexandre Bissonnette. Il a été expulsé sur le champ du Canada.

Ben-Faras, 33 ans, se présentait comme le neveu de l’épicier Azzedine Souffiane, une des victimes de l’attentat. Il avait reconnu avoir transmis à des membres du Centre culturel islamique de Québec une menace de causer la mort d’Alexandre Bissonnette. Des membres de la communauté musulmane avaient alerté la police de Québec.

Dans un entretien téléphonique avec Radio-Canada, Manon Marchand et Raymond Bissonnette ont confié qu’ils vivaient généralement les rideaux fermés et qu’ils avaient fait installer un système d’alarme, parce qu’ils craignaient les représailles.

Ils ont aussi affirmé à Radio-Canada que le frère jumeau d’Alexandre, ainsi qu’eux-mêmes, avaient eu recours à du soutien psychologique depuis le drame.

Dans leur lettre publique, les parents d’Alexandre Bissonnette remercient tous ceux qui les ont soutenus, parents, collègues, amis, voisins et même des inconnus. «Leurs paroles et gestes réconfortants nous ont donné du courage et nous aident à continuer», écrivent-ils.

Alexandre Bissonnette est accusé de six meurtres au premier degré et de cinq tentatives de meurtre commises avec une arme à autorisation restreinte. Il est aussi accusé de tentative de meurtre sur les 35 fidèles qui étaient présents, le soir de la tuerie, mais n’ont pas été physiquement blessés par le tireur.

Les procédures ne sont toujours pas à l’étape où l’accusé a eu l’occasion de répondre aux accusations. Son procès doit commencer le 26 mars.