«D’aucuns pourraient conclure que l’utilisation d’un pendule ou de pierres prétendument magnétiques afin de poser un diagnostic relève du charlatanisme», a affirmé le juge Richard Laflamme.

Chakras, cœur malade et charlatanisme

Comparé à un charlatan, un adepte d’ésotérisme de Gatineau a été reconnu coupable d’agression sexuelle sur une femme en quête de réconfort, au début du mois.

Le juge Richard Laflamme, de la Cour du Québec, a rabroué Jean-Guy Proulx, le 1er juin dernier.

Il s’est montré peu impressionné par celui qui prétendait «guérir le coeur» en appliquant un «traitement énergétique», lors d’une séance à sa résidence privée.

Cette guérison aurait été possible, selon Jean-Guy Proulx, grâce à des points de pression sur diverses parties du corps, l’application de pierres magnétiques, et le toucher d’un sein, sous le soutien-gorge.

Le 22 avril 2017, la cliente de 33 ans s’est rendue à la boutique ésotérique appartenant à la femme de l’accusé. Elle voulait s’y procurer un pendentif, afin de trouver un peu de réconfort au terme d’une relation amoureuse.

«En conversant avec la propriétaire, rappelle le magistrat, elle l’informe qu’elle va avoir un traitement énergétique le lendemain. La vendeuse lui propose de recevoir le même traitement, mais par son conjoint.»

La propriétaire convainc la cliente, en lui parlant de magnétisme, de pendule, de points de pressions et d’huiles essentielles. M. Proulx en rajoute en mettant ses doigts sur les tempes de la dame, qui dit ressentir «un effet qui lui inspire confiance».

La cliente accepte. Elle se présente à la boutique, le lendemain. M. Proulx la conduit, comme convenu, à sa résidence, où se trouve une pièce avec table de massage.

Points de pression, pierres magnétiques, encens, ouverture des chakras se succèdent.

Il l’informe qu’elle a des ulcères à faire soigner. Lorsqu’elle se touche, elle ne sent pourtant rien.

Selon M. Proulx, le foie est en cause. Il lui demande si elle a parfois des maux de tête, ce à quoi elle répond par l’affirmative.

«Il faut guérir ton coeur», ajoute-t-il.

Il lui demande la permission de déposer sa main sur sa clavicule gauche, ce qu’elle accepte.

Les touchers au ventre surviennent.

Levant les yeux au plafond, Jean-Guy Proulx «entre rapidement ses deux mains sous le soutien-gorge et met ses mains de chaque côté du sein gauche».

Les 20 secondes qui ont suivi ont semblé interminables pour la femme, mal à l’aise. «C’est bon pour ton coeur», lui dit-il.

Les touchers se poursuivent sur le dos, puis le bas du dos.

À la fin du traitement, Jean-Guy Proulx prend la femme par la taille, appuie son front sur le sien, et prononce des paroles dont elle ne peut se rappeler le contenu.

La femme recule, ayant l’impression que Proulx veut l’embrasser.

Le juge n’a pas cru la version de l’accusé. La cliente n’a jamais permis qu’on lui touche le sein.

«En cette ère où la science et la technologie médicale repoussent sans cesse les limites, écrit le juge Laflamme, d’aucuns pourraient conclure que l’utilisation d’un pendule ou de pierres prétendument magnétiques afin de poser un diagnostic relève du charlatanisme.»