Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est conscient qu'il y aura des retards dans les différents projets de la Ville.

« Ce n'est pas vrai que toutes les sources se valent »

Ce ne sont pas toutes les sources journalistiques qui doivent être protégées, insiste le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, au lendemain du passage de l'inspecteur Sylvain Renaud du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) devant la Commission Chamberland.
L'inspecteur Renaud a expliqué en détail, mercredi, ce qui avait mené à l'enquête qui a touché 36 policiers du SPVG en 2013 afin de savoir qui au sein du corps policier coulait des informations à certains journalistes de la région, à savoir Louis-Philippe Brulé, Éric Charron et Mathieu Locas - tous trois du 104,7 Outaouais - et Pierre-Jean Séguin de TVA Gatineau-Ottawa. 
« Il y a des sources journalistiques qui permettent de défendre le droit du public à l'information, qui dénoncent des choses malhonnêtes, mais il y a aussi des sources qui brisent leur serment de discrétion et qui mettent en danger des opérations et les gens qui y participent, a affirmé le maire Pedneaud-Jobin en entrevue avec Le Droit. Ce n'est pas vrai que toutes les sources se valent. Il y a des sources qui ne doivent pas être protégées parce qu'elles commettent des actes qui mettent à risque des opérations policières en temps réel et compromettent le pouvoir de la police de faire son travail. »
Le maire Pedneaud-Jobin a refusé de commenter les cas et les enquêtes dont il a été explicitement question à la Commission Chamberland mercredi. « Je ne connais pas les dossiers, je ne suis pas le chef de police, alors je ne vais pas les commenter », a-t-il indiqué. 
Plus tôt dans la journée, le chef Mario Harel précisait au Droit que les trois dossiers où il y a eu des fuites dans les médias et qui allaient faire l'objet de discussion devant la Commission Chamberland ont été précisés au cabinet du maire et à la direction générale dès que le SPVG a eu sa citation à comparaître dans les premières semaines de 2017.
Le SPVG n'a pas fait de filature ni enquêté sur des journalistes, comme cela a été fait par d'autres corps policiers de la province, a rappelé le maire de Gatineau. « Le chef Harel a d'ailleurs dit qu'il ne tolérerait pas ça, ajoute-t-il. Il y a cependant eu des excès évidents ailleurs. »
L'intérêt public menacé, dit la FPJQ
La chasse aux sources à l'intérieur d'un corps de police comme celui de Gatineau met en péril la mise au jour de nouvelles d'intérêt public, estime le président de la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Mathieu Lacombe.
Tout en affirmant ne pas avoir été surpris d'apprendre, mercredi lors des audiences de la commission Chamberland, que le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) a tenté de savoir qui avait pu parler à un reporter de TVA Gatineau-Ottawa de même qu'à deux journalistes et un animateur du 104,7 FM, le président de la FPJQ-Outaouais soutient que la situation n'en demeure pas moins préoccupante.
« À Gatineau, en Outaouais, on n'est pas à Montréal, donc nos sources confidentielles ne sont pas si nombreuses que ça, souligne M. Lacombe. C'est un petit milieu, alors si on se met à faire une chasse aux sources et à faire peur aux sources qui nous donnent des informations d'intérêt public, on peut perdre ces sources-là et ça va être difficile de sortir des nouvelles. »
La FPJQ, tant au niveau provincial que régional, a choisi de ne pas commenter les cas précis exposés devant la Commission d'enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques, afin de ne pas entraver les travaux qui s'y déroulent. « Mais c'est certain que quand on constate qu'il y a des gestes qui sont posés pour nuire au travail, ça nous inquiète, insiste Mathieu Lacombe. [...] C'est inacceptable de tenter de démasquer ces sources-là. Quand ces personnes-là dévoilent des informations d'intérêt public, elles font un geste qui ne devrait pas être puni. Ces sources-là ne sont pas protégées pour l'instant si leur employeur tente de les démasquer, donc quand on voit des chasses aux sources, peu importe où, c'est inquiétant, parce que ça peut rendre les sources plus frileuses. »
Le président de la FPJQ-Outaouais a par ailleurs rappelé qu'une coalition d'organismes a réclamé, il y a quelques mois, que le gouvernement fédéral intervienne afin d'assurer la protection des sources journalistiques. L'organisme Canadian Journalists for Free Expression, la FPJQ, l'Association canadienne des journalistes et Reporters sans frontières ont notamment fait valoir le besoin d'une « loi bouclier » visant à offrir une protection aux sources médiatiques.