Ça prend deux constables spéciaux au minimum dans une salle criminelle. Il y a une raison très simple, ce sont des gens qui ont une formation en matière de gestion de crise et qui sont des agents de la paix», indique Nicole Gibeault.

«Ça prend deux constables spéciaux au minimum», selon la juge Gibeault

Nicole Gibeault, juge à la retraite qui a siégé pendant plus de deux décennies au palais de justice Maniwaki, se dit «extrêmement troublée» à la suite de l’incident survenu mercredi entre un constable spécial et un jeune homme de 18 ans.

L’événement était prévisible considérant le manque d’effectifs en sécurité au sein de l’établissement, affirme sans équivoque l’ancienne magistrate de la Cour du Québec, qui dit maintenant espérer une intervention rapide du ministère de la Justice.

«La scène que j’ai vue ne me surprend pas dans ce palais de justice où il n’y a qu’un seul constable spécial qui couvre tout le bâtiment. Pour moi, ce n’est pas si c’était pour arriver, mais quand c’était pour arriver. Pendant des années, on a régulièrement demandé d’assurer une sécurité sur place par des constables spéciaux. Ça prend deux constables spéciaux au minimum dans une salle criminelle. Il y a une raison très simple, ce sont des gens qui ont une formation en matière de gestion de crise et qui sont des agents de la paix», indique-t-elle.

Mme Gibeault soutient que le manque de constables a occasionné des problèmes de fonctionnement à plus d’une reprise au sein de l’édifice de Maniwaki, tout comme à Campbell’s Bay, où elle a aussi pratiqué durant sa carrière.

«Je sais personnellement que des juges ont refusé de siéger jusqu’à ce qu’un constable spécial soit dans leur salle d’audience. C’est arrivé dans nos palais de justice de la région. Ce n’est pas parce qu’ils ne voulaient pas siéger, mais parce qu’il n’y avait aucune sécurité qui pouvait être assurée pour les membres du public, les avocats, le personnel et pour eux. Les émotions sont tellement à fleur de peau dans un palais de justice. Le potentiel explosif est très élevé», raconte-t-elle.

Cette dernière dit avoir beaucoup de respect pour les agents de sécurité dont la présence en soi peut être un pouvoir dissuasif auprès des contrevenants, mais ils n’ont pas la formation requise pour intervenir lorsque des situations similaires à celle de Maniwaki surviennent, dit-elle.

L’ex-juge soutient que la vidéo prise par un témoin et ayant capturé l’altercation montre clairement la problématique en matière de sécurité.

«Le commun des mortels a vu la non-réaction des gens qui auraient potentiellement pu porter assistance au constable spécial. Ils n’avaient vraiment pas l’air à savoir comment réagir. On parle du Tribunal de la jeunesse, mais ce n’est pas un petit détenu. C’est un homme qui est là et il se désorganise. On va aller jusqu’où? On va le maîtriser quand? Le constable spécial, il faut qu’il pense vite et il est seul avec lui-même. Il a une fraction de seconde pour réagir. S’il y avait eu quelqu’un pour l’aider à mettre le détenu rapidement à terre, on n’en serait pas là», mentionne Mme Gibeault.

Incompréhension et division à Maniwaki

L’incident du palais de justice de Maniwaki était sur toutes les lèvres dans le village tricoté serré, au lendemain de la violente altercation survenue entre un constable spécial et un jeune homme de 18 ans. 

La mairesse de la municipalité, Francine Fortin, a refusé de commenter l’histoire. 

Des commerçants joints par Le Droit, jeudi, ont indiqué qu’il y avait beaucoup d’incompréhension dans la population face à l’événement et à la vidéo de la scène, laquelle a enflammé les réseaux sociaux dès sa mise en ligne mercredi après-midi. 

«On se demande pourquoi on est arrivé à ça alors qu’il y avait plein de gens qui auraient pu intervenir pour aider le gardien. C’est une question que beaucoup de gens se posent ici», a confié au Droit une commerçante, sous le couvert de l’anonymat. Cette dernière a demandé à ne pas être identifiée puisque le sujet divise au sein de la population, un peu à l’image des milliers de commentaires publiés depuis près de deux jours sur Facebook. Un groupe penche en faveur des autorités, alors qu’une autre portion des citoyens dénoncent l’intervention comme étant un abus de pouvoir.