Brandon Maurice a été abattu par un policier de la SQ en 2015.

Brandon Maurice: intervention policière «sans faute»

L’enquête publique visant à faire la lumière sur la mort de Brandon Maurice, cet adolescent de 17 ans abattu en 2015 par un policier de la Sûreté du Québec (SQ) à Messines, non loin de Maniwaki, a repris mercredi au palais de justice de Gatineau avec le témoignage d’un second expert témoin.

Les audiences de l’enquête présidée par le coroner en chef adjoint, Me Luc Malouin, avaient été suspendues en avril à la suite du témoignage de l’expert-conseil en emploi de la force, Bruno Poulin, qui avait critiqué l’intervention policière effectuée par les patrouilleurs de la SQ, Frédéric Fortier et Dave Constantin.

M. Poulin avait souligné lors de son passage devant Me Malouin au printemps dernier que la poursuite policière au dénouement tragique, survenue dans la nuit du 16 novembre 2015 Haute-Gatineau, s’était déroulée de manière conforme, mais qu’une fois l’interception de la Toyota Corolla effectuée sur la rue Patry, un chemin forestier terminant sur cul-de-sac, les patrouilleurs auraient dû conserver une plus grande distance entre l’autopatrouille et la voiture fuyarde dans laquelle se trouvaient le conducteur Brandon Maurice et son ami Christopher Houle. « L’agent [Frédéric] Fortier a mis sa propre vie en danger et ça a dégénéré », avait indiqué M. Poulin, en lien avec la décision du policier Fortier de marcher vers le véhicule suspect et de fracasser la vitre avant de tenter d’ouvrir la portière et de maîtriser Brandon Maurice. Ce dernier aurait alors mis le véhicule en marche et c’est à ce moment que Frédéric Fortier, qui s’est retrouvé traîné par l’automobile, a atteint mortellement l’adolescent avec son arme à feu.

Appelé à la barre mercredi, Martin Lechasseur, sergent spécialiste à la Sûreté du Québec et instructeur agréé à l’École nationale de police du Québec, a présenté un avis « nuancé » à celle de Bruno Poulin.

Selon le spécialiste, la méthode employée par Frédéric Fortier et Dave Constantin était justifiée dans le contexte. Après une poursuite à haute vitesse, l’automobile des fuyards, qui était munie d’une plaque factice, s’est immobilisée dans un chemin boisé de Messines. Les patrouilleurs se sont alors retrouvés plongés dans la noirceur et devaient intervenir dans un secteur qui leur était inconnu et face à un chauffeur et un passager qui n’obtempéraient pas aux ordres et dont ils ignoraient les intentions, a relaté le sergent Lechasseur. N’ayant pas la distance minimale requise de 10 mètres entre les deux véhicules pour aller de l’avant avec la méthode tactique telle qu’enseignée à l’école de police lors d’interceptions de véhicules à risque élevé — un demi-mètre séparait les deux automobiles —, les deux agents de la SQ ont dû procéder à une intervention dynamique afin de maîtriser le plus rapidement possible les fugitifs, soutient M. Lechasseur. Ce type d’’opération est enseignée aux agents de groupe tactique d’intervention, mais pas aux agents de police.

« On est un peu comme entre deux feux. Soit que je suis loin puis que j’y vais tactique ou soit que j’y vais en dynamique. Pour y aller en dynamique, je dois contrôler. Pour contrôler, je dois m’approcher et être là d’une manière prête à réagir et à dissuader la personne de réagir », a expliqué M. Lechasseur.

« Sa réponse (à l’agent Fortier) a été d’essayer d’enlever le conducteur du volant. C’est à vous de juger. Pour moi, c’est une option qui était raisonnable dans les circonstances », a ajouté le témoin expert.

Pas d’intervention parfaite
M. Lechasseur a soulevé durant son témoignage qu’il était nécessaire de se mettre « dans les bottines du policier » pour analyser la situation. Entre le moment où la poursuite s’est dirigée sur le chemin Patry et où l’agent Fortier a fait feu sur Brandon Maurice, il s’est écoulé 47 secondes.

Il n’existe pas d’« intervention parfaite » ou d’intervention à « risque zéro », a par ailleurs affirmé le sergent de la SQ.

« Je suis père de famille. Je ne peux pas imaginer ce que vous avez vécu donc je ne parlerai pas d’une bonne intervention, mais d’une intervention qui a un dénouement tragique, a-t-il lancé en direction de la mère de Brandon Maurice, Dominique Bernier. Maintenant, l’intervention comme telle, il n’y a pas eu quant à moi de faute. Je ne suis pas capable de comprendre ce que Brandon a pensé. On dirait qu’il ne saisissait pas l’importance de ses gestes de ne pas collaborer. Il ne saisissait pas qu’il était rendu au point où il a allait peut-être se faire tirer. [...] Mais je ne peux pas dire que les agents ont mal travaillé. Les agents ont réagi au comportement de Brandon avec tous les éléments qu’ils avaient et plusieurs facteurs inconnus », a mentionné M. Lechasseur.

L’enquête publique doit se terminer jeudi. Le coroner en chef adjoint devrait ensuite soumettre un rapport de recommandations cet automne. À noter qu’aucune accusation n’a été portée dans cette affaire contre Frédéric Fortier et Dave Constantin.