Les bêtes survivantes devront être vues par un vétérinaire, après avoir respiré de la fumée et vécu un gros stress.

Bien plus qu'une perte matérielle

Les impacts de l'incendie d'une grange agricole ne se résument pas à la seule perte du bâtiment. Perte financière, certes, mais aussi perte d'un patrimoine génétique développé pendant des décennies, émotions vives dans l'entreprise familiale, décisions d'affaires importantes, assurances, et relocalisation des animaux survivants forment autant de pièces d'un casse-tête ayant comme dessin final le renouveau, ou la fin d'une époque.
L'incendie qui a secoué la famille Scullion, établie sur l'une des dernières grandes terres agricoles à Gatineau, représente un défi de taille.
Les Scullions ne sont malheureusement pas les premiers à être victimes d'un tel sinistre.
Marie-Claude Thibault, directrice adjointe de l'Union des producteurs agricoles (UPA) Outaouais-Laurentides, explique que les répercussions sont nombreuses sur la famille exploitante et son bétail.
«Il faut mettre les animaux survivants quelque part, dit-elle. On ne peut pas les envoyer à l'hôtel! Il faut trouver d'autres agriculteurs prêts à accueillir les bêtes et à louer le quota de production des sinistrés.»
En hiver, la situation est encore plus délicate.
Un autre facteur important est celui de la biosécurité, rappelle l'UPA. «Les germes et les maladies ne doivent pas se transmettre du troupeau (des sinistrés) à celui qui les héberge temporairement.»
Les bêtes survivantes doivent être vues par un vétérinaire, après avoir respiré de la fumée et vécu un gros stress.
Ensuite viennent les pertes matérielles. «On perd le troupeau développé depuis des générations. Un troupeau qui est à l'image des propriétaires, dit Mme Thibault. On parle parfois d'une étable construite par les ancêtres, qui a une valeur sentimentale. Perdre une vache, c'est perdre des revenus.»
Comme les sinistrés qui perdent leurs avoirs dans l'incendie de leur logement, encore trop de victimes sont mal assurées dans le milieu agricole, même si elles croyaient l'être.
Une vache laitière vaut en moyenne 4000$. Les franchises d'assurances peuvent généralement dépasser les 20 000$, selon l'UPA-Outaouais-Laurentides.
Ensuite vient le spectre de la perte de droits acquis. «De vieilles terres sur lesquelles il y avait des droits acquis, parfois, ont de nouveaux voisins venant avec les développements résidentiels. Si, par exemple, le propriétaire veut reconstruire plus gros, y a-t-il un risque d'opposition des voisins, de nouveaux règlements?», pose Mme Thibault.
Puis, l'émotivité d'un tel drame. Les fermes, souvent exploitées par la même famille depuis des lustres, peuvent faire l'objet de grandes décisions après un sinistre.
Certains veulent en profiter pour vendre parce qu'il n'y a pas de relève, ou parce que des offres alléchantes sont sur la table. «Il peut y avoir des gens mal intentionnés qui veulent profiter de la situation de gens vulnérables, aussi.»
Un partenaire de la Laiterie de l'Outaouais
La ferme laitière de la famille Scullion a été fondée en 1919.
Fondée en 1919 au nord de l'ex-ville de Gatineau, la ferme laitière qui a été la proie des flammes il y a 24 heures est l'un des fournisseurs de la Laiterie de l'Outaouais.
Le président directeur général, Georges Émond, affirme que les tristes événements n'auront aucun impact sur l'approvisionnement de la laiterie. 
« C'est évident qu'on sympathise beaucoup avec les gens qui subissent ces pertes-là. En plus, je sais que ces producteurs-là travaillent fort pour améliorer leur troupeau d'année en année pour que leur production soit au maximum. Alors quand les animaux meurent, c'est comme si tu venais de perdre toute ta fondation au niveau de la génétique. [...] J'imagine que les routes de lait seront réorganisées et la Fédération (des producteurs de lait) va nous rediriger vers d'autres producteurs. On se vante souvent que notre lait goûte l'Outaouais, alors on vient de perdre un peu de volume qui nous ressemble. Leur lait est de très bonne qualité », soutient-il.
Les Producteurs de lait du Québec indiquent qu'en cas de force majeure tel qu'un incendie, les producteurs ont le droit de suspendre leur quota de production le temps de réorganiser leurs opérations.
La ferme Scullion, qui était aussi un partenaire de la Trappe à fromage, approvisionne également l'usine du géant Parmalat Canada située à Winchester, au sud d'Ottawa.
Avec Daniel LeBlanc, Le Droit