Éric Michaud
Éric Michaud

Bébé brulé aux mains: une sentence le 7 mai pour Éric Michaud

Shawinigan — C’est le 7 mai que le juge Étienne Parent prononcera la sentence d’Éric Michaud pour avoir infligé en juillet 2017 des voies de fait graves à un bébé de 15 mois en lui plongeant les mains dans l’huile encore chaude d’une friteuse.

Il a en effet décidé de prendre la cause en délibéré au terme des plaidoiries sur sentence qui ont eu lieu, mercredi, au palais de justice de Shawinigan. Et pour la première fois dans le district de Saint-Maurice, il est à noter que ces audiences en chambre criminelle étaient entièrement virtuelles. Le juge Parent, la procureure de la Couronne, Me Émilie Goulet, les deux avocates au dossier, Me Pénélope Provencher et Me Marie-Laurence Spain, Éric Michaud et un témoin (dont l’identité et le rôle font l’objet d’une ordonnance de non-publication) étaient tous présents mais par le biais d’une visio-conférence. Ils ont donc pu participer et assister aux plaidoiries à partir de leur bureau, de leur résidence ou encore de la prison dans le cas de Michaud via un ordinateur. Mis à part des petits ajustements à faire au début de l’audience virtuelle, celle-ci s’est bien déroulée et a ainsi permis de faire avancer les procédures malgré la situation actuelle.

On sait qu’Éric Michaud a porté en appel le verdict de culpabilité rendu contre lui par un jury. Mais d’ici à ce que sa cause soit entendue sur le fond, le processus judiciaire doit suivre son cours normal, ce qui explique la tenue des plaidoiries sur la peine.

Le prévenu a d’ailleurs tenu à s’adresser au tribunal afin de présenter ses excuses sur la façon dont il avait réagi lors du verdict le 13 mars dernier. Il avait en effet piqué une crise de colère en déclarant notamment que sa vie et sa famille avaient été détruites sur une preuve circonstancielle. «Je ne m’attendais pas à un verdict semblable. Je n’ai pas été capable de contenir mes émotions et je ne voulais en aucun temps vous manquer de respect», a-t-il mentionné, tout en précisant que ses excuses n’étaient pas stratégiques mais résultaient d’un recul après le verdict. Il s’est dit également très peiné des blessures de l’enfant et de la tournure des événements. Dans sa plaidoirie, la procureure de la Couronne, Me Émilie Goulet, a néanmoins insisté sur son degré de responsabilité élevé qui milite, selon elle, en faveur d’une sentence favorisant la dissuasion et la dénonciation. Elle a réclamé l’imposition d’une peine de sept ans de prison, de laquelle sera soustraite la détention préventive qu’elle évalue à trois ans, trois mois et neuf jours.

En ce sens, elle a rappelé la nature des blessures infligées à l’enfant, les souffrances atroces qu’elle a vécu lors de l’événement mais aussi après, lors des traitements et des greffes de peau. La victime a maintenant quatre ans mais elle a des cicatrices aux mains et des problèmes de motricité, ce qui jette un ombrage sur son avenir.

Me Goulet a aussi mentionné que la preuve était muette sur l’état d’esprit d’Éric Michaud au moment des faits. «Des proches ont dit qu’il était sobre et qu’il allait bien. Il n’y a eu aucune forme de provocation de la part de l’enfant mais aucune explication n’a justement été fournie pour amoindrir son degré de responsabilité morale», a-t-elle précisé.

À titre de facteurs aggravants, elle a entre autres noté l’âge de la victime et les conséquences dans sa vie, l’abus de confiance, la dissimulation du délit par Éric Michaud et même le fait que la friteuse a servi d’arme puisqu’il ne pouvait ignorer les blessures qui en résulteraient. «Quelques secondes peuvent avoir des conséquences tragiques», a-t-elle déploré.

Enfin, elle a déposé en preuve les nombreux antécédents judiciaires de Michaud en matière de menaces (4), voies de fait simples (3), voies de fait contre les policiers (3), entrave contre des policiers (2) et une dizaine de condamnations pour des bris d’ordonnance de la cour, tous antérieurs aux événements. À cela, il faut ajouter des condamnations pour introduction par effraction, conduite avec les facultés affaiblies et méfaits. Pour elle, il y a clairement un risque de récidive.

Pour sa part, Me Provencher à la défense estime qu’une peine de 42 mois de prison, moins le temps préventif qu’elle calcule à 40 mois, serait suffisant, de sorte qu’il y aurait un reliquat de deux mois à purger. Sans aller jusqu’à déchirer sa toge, elle a aussi demandé à ce que sa détention, depuis la crise de la COVID, soit calculée en double compte tenu de la perte pour les prisonniers de certains avantages comme les visites et les activités. Elle a également suggéré une probation avec suivi.

Selon elle, il importe de faire attention aux spéculations dans cette affaire. Elle soutient ainsi que la preuve a démontré que son client avait prodigué des soins à l’enfant et qu’il avait réclamé une ambulance comme on peut l’entendre dans l’appel 911 logé par une autre personne, qu’il avait été déclaré coupable de voies de fait graves et non armées et que l’absence d’un plaidoyer de culpabilité ne pouvait être considéré comme un facteur aggravant pas plus qu’on ne peut lui reprocher de ne pas faire de démarches thérapeutiques à partir de la prison.

Pour elle, il est plutôt question ici d’un geste isolé en rappelant qu’Éric Michaud n’a aucun antécédent de violence envers des femmes ou des enfants. Pour appuyer sa suggestion, elle a d’ailleurs soumis plusieurs cas de jurisprudence.