Éric Michaud

Bébé brûlé aux mains: un cas classique de brûlures par immersion, selon une experte

Shawinigan — Une experte en pédiatrie de la maltraitance conclut que les brûlures aux mains subies par un bébé de 15 mois ont été causées par une immersion dans un liquide chaud.

Au jour 8 du procès d’Éric Michaud, soupçonné d’avoir plongé les mains du bébé dans une friteuse en juillet 2017, la Dre Karine Pépin de l’équipe sociojuridique de l’hôpital Sainte-Justine, a en effet indiqué qu’il s’agissait d’un cas classique de brûlures par immersion. Au soutien de son opinion, elle a parlé des lignes franches de démarcation des brûlures qui étaient apparentes sur les mains et les poignets de l’enfant. Elle a aussi relevé que les brûlures de «deuxième degré profond» étaient uniformes et circonférentielles au niveau des doigts. Elle est ainsi venue corroborer l’opinion émise par sa collègue la semaine dernière, la Dre Isabelle Perreault, une chirurgienne plasticienne spécialisée en brûlures, qui avait soutenu que les brûlures subies aux mains par ce bébé ne correspondent pas à celles causées par l’écoulement d’un liquide chaud.

Parmi les informations transmises à la Dre Pépin, le bébé aurait été retrouvé debout dans le bain alors que l’eau chaude s’écoulait du robinet. En l’absence du bouchon, l’eau ne s’accumulait pas vraiment dans le fond de la baignoire. Si l’enfant s’était brûlé les mains avec l’eau s’écoulant du robinet comme le soumet la défense, le patron des blessures aurait été différent selon elle.

En effet, la Dre Pépin croit que les marques des brûlures auraient eu un aspect ondulé prenant la forme de serpentins. «On pourrait clairement voir où le liquide est passé. On constaterait également une brûlure plus intense à un endroit précis et l’intensité diminuerait au fur et à mesure que l’eau glisse sur la peau», a-t-elle précisé. En d’autres mots, le degré de brûlures n’aurait pas été uniforme et il n’y aurait pas eu de lignes de démarcation aussi nettes.

À la demande de la procureure de la Couronne, Me Émilie Goulet, l’experte a aussi abordé le niveau de température requis pour infliger de telles blessures. Selon la littérature scientifique, il faudrait un contact de 10 minutes avec un liquide de 49 degrés Celsius pour que des blessures de deuxième degré surviennent. Et à 54 degrés Celsius, un enfant sera brûlé au premier degré en six secondes et au troisième degré en dix secondes.

Dans le cas présent, rappelons que la température de l’eau s’écoulant du robinet, telle que relevée par les policiers, était de 51,3 degrés Celsius. L’experte évalue donc qu’il faudrait plusieurs minutes avec une exposition continue au liquide pour causer des blessures aussi sévères. Toujours selon elle, une exposition brève n’est pas compatible avec les blessures.

Encore là, l’experte rappelle qu’un enfant de 15 mois exposé à un liquide de 51,3 degrés Celsius va ressentir la douleur avant d’être brûlé. Il va crier, pleurer, hurler et essayer de se retirer de la source de chaleur tout comme un adulte. Et s’il doit se débattre pour se retirer de la source de chaleur, il pourrait y avoir des marques d’éclaboussures, ce qui n’était pas le cas.

D’ailleurs, aucune autre brûlure n’a été constatée sur le corps de l’enfant. L’expertise de la pédiatre lui permet donc de conclure que les blessures auraient été infligées par une immersion en angle dans un liquide chaud. Le retrait immédiat des mains à une température de 51 degrés aurait aussi permis d’éviter les brûlures.

Certes, la question a été posée par la Couronne à savoir si un enfant de cet âge pouvait figer sur place. La Dre Pépin a répondu que cela était déjà arrivé dans le cas de brûlures aux jambes et aux fesses mais que ça ne durait pas éternellement. L’enfant allait finir par faire les efforts pour s’en sortir. Par contre, elle n’a jamais vu de cas semblables impliquant des blessures aux mains.

Au début de son témoignage, la Dre Pépin a d’ailleurs précisé que 40 % des cas de blessures qui sont examinées par son équipe sont de nature accidentelle et 20 % de cause médicale. Elle croit que l’enfant pourrait se situer dans le reste des cas, soit les 40 % considérés comme plus inquiétants en raison de la thèse du geste intentionnel.

D’autre part, dans le cadre du contre-interrogatoire de l’avocate de la Défense, Me Pénélope Provencher, l’experte a reconnu qu’elle n’avait pas de données scientifiques sur le temps nécessaire pour infliger des brûlures de deuxième degré avec une température variant entre 49 et 54 degrés Celsius et si cela pouvait être exponentiel dans le cas d’un enfant.

Le procès va se poursuivre jeudi avec la suite de l’interrogatoire de la conjointe de l’accusé, Cynthia Dauphinais.