Le 20 février dernier, cinq détenus ont passer à tabac Derek Renaud, l'ex-président de l'aile B3 à la prison de Gatineau.

Bagarre à la prison de Gatineau: la victime veut porter une partie du blâme

42 secondes. C’est tout le temps qu’ont eu besoin cinq détenus pour passer à tabac le « président » de leur aile à sécurité maximum de la prison de Gatineau, cet hiver.

La bagarre qui a éclaté le 20 février à l’établissement de la rue Saint-François implique des gens bien connus des policiers.

Lundi, l’ex-président de l’aile B3, Derek Renaud, a raconté comment il s’était fait battre par cinq détenus dans la vingtaine.

La Couronne accuse Jean-Claude Duciaume, Alexandre Cadet, Cédric Beaudoin, Jean Louis Jos Clark et Daniel St-Jean, de voie de fait causant des lésions, et de voie de fait armé.

Cette semaine, le juge Gaston Paul Langevin a cité les accusés à procès, au terme de leur enquête préliminaire. À cette étape des procédures, la victime, qui purge actuellement une peine au fédéral, a pris une partie du blâme.

Derek Renaud a témoigné sur les événements, concédant qu’il aurait pu provoquer le groupe à lui rendre la monnaie de sa pièce. L’homme au gros gabarit était flanqué de quatre agents correctionnels, de son côté du mur vitré, au palais de justice de Gatineau. Il a lui-même expliqué qu’il avait déjà caressé le rêve de devenir un boxeur olympique, s’y entraînant pendant une dizaine d’années. À 41 ans, sa vie est tout autre.

Toxicomane et en deuil de sa mère décédée quelque temps avant l’incident, Derek Renaud faisait régner sa loi, semble-t-il, dans le B3. « Je cherchais à me battre. Je n’avais rien à perdre. J’étais triste, j’avais envie de faire mal et de me faire mal. »

Alors que des détenus faisaient de l’exercice physique, Derek Renaud a été pris d’assaut par le groupe de jeunes hommes.

« Je vivais un syndrome post-traumatique et une dépression, j’étais à la mauvaise place, je n’allais pas bien. Je faisais peur à tout le monde, dit-il. J’ai menacé des gens dans la douche. »

Derek Renaud a été rossé devant des caméras de surveillance de l’établissement.

Selon l’agent correctionnel Guillaume Rousseau, qui a témoigné lors de l’enquête préliminaire, Daniel St-Jean venait d’ébouillanter Renaud, et de le frapper avec une bouilloire.

Le détenu Cédrick Beaudoin aurait ensuite asséné des coups de « tordeur à moppe », dont un grave derrière la tête de la victime.

Alexandre Cadet aurait sévi avec un manche à balai, alors que Jean-Claude Duciaume aurait utilisé un balai-brosse.

Jean Louis Jos Clark, un détenu ayant déjà passé un autre homme à tabac en prison, il y a quelques années, a cette fois pris un balai pour frapper la victime au sol. En 2009, il avait utilisé un grille-pain pour agresser le codétenu.

Derek Renaud a été brûlé au visage et au torse. Les médecins, semble-t-il, ont été surpris de ne constater aucune blessure chez le colosse, malgré la virulence des coups portés.

Le « président » d’une aile peut être appelé à passer des messages entre le personnel du centre de détention et la population carcérale. L’aile B3, à sécurité maximale, est réservée aux cas les plus lourds.