«[L’accusée] était complètement dépassée par les agissements de sa fille, a dit le juge Érick Vanchestein, de la Cour du Québec. Pour elle, c’était une solution de dernier recours.»

Attachée avec des tie wraps

Excédée par les nombreuses fugues de sa fille adoptive, une mère de Farnham l’a attachée à plusieurs reprises sur son lit à l’aide d’une chaîne et d’attache-câbles, communément appelés tie wraps. L’adolescente de 13 ans a aussi été laissée seule dans cet état en une occasion.

Ces gestes ont mené au dépôt, l’an dernier, d’accusations de séquestration et de voies de fait — pour avoir giflé la victime — contre la femme de 40 ans. Du cannabis et des méthamphétamines ont aussi été trouvés à son domicile, ce qui lui a valu une charge supplémentaire de possession de drogue.

Le juge Érick Vanchestein, de la Cour du Québec, a toutefois fait preuve de clémence en livrant sa sentence, mercredi. Il a souligné que la mère de quatre enfants, sans antécédent judiciaire, souffrait à l’époque de dépression et se sentait « démunie, sans ressource et épuisée ».

Elle avait parlé de longues heures avec des voisins et des amis afin de trouver une solution pour que l’enfant au tempérament difficile cesse de s’enfuir retrouver son ami de cœur. On lui a même suggéré de lui donner des médicaments, ce qu’elle ne voulait pas faire.

« [L’accusée] était complètement dépassée par les agissements de sa fille, a dit le juge Vanchestein. Pour elle, c’était une solution de dernier recours, et elle réalise les dommages qu’elle a causés. »

Gestion
Confrontée par les policiers, la femme a rapidement admis ses torts et plaidé coupable devant la cour, évitant à la jeune victime d’avoir à témoigner lors d’un procès.

« Elle doit apprendre à gérer ses émotions », a lancé le juge à l’intention de l’accusée, en larmes dans la salle d’audience du palais de justice de Granby. Il a reconnu que la quadragénaire avait été victime de violence dans son enfance, qu’elle avait eu son premier enfant à 16 ans et qu’elle était peu instruite. Ses difficultés conjugales l’ont aussi amenée à consommer des stupéfiants.

« Probablement que les sévices vécus dans son enfance, conjugués avec l’absence de figure paternelle, l’ont amenée à ne compter que sur elle-même », a dit le magistrat.

La Couronne, représentée par Me Claudie Marmet, demandait 90 jours de prison discontinus pour l’accusée, citant notamment le dossier récent d’un homme de Gatineau qui avait forcé sa fille à rester éveillée toute une nuit parce qu’elle refusait de manger des choux de Bruxelles.

Or, ce dossier se distingue du fait que l’accusé était un homme instruit, a dit le magistrat. Et la victime, dans le cas de la mère de Farnham, est plus âgée et veut à tout prix revoir l’accusée, qui pourra continuer de le faire sous supervision de la Direction de la protection de la jeunesse.

Elle lui a dit : « Maman, je t’aime pour vrai et je ne veux pas que tu disparaisses de ma vie », a cité le juge Vanchestein.

Probation
Par conséquent, le tribunal s’est davantage rangé du côté de Me Serge Michon, de la défense, qui suggérait des travaux communautaires. Le juge a imposé à l’accusée une probation de trois ans assortie d’une obligation de garder la paix et d’une interdiction de consommer des drogues.

« C’est rien pour vous aider dans vos problèmes, ça », a-t-il précisé. Des amendes totalisant 250 $ lui ont toutefois été imposées relativement à la possession de drogue.

En soutien à sa sentence, le juge a mentionné que la femme avait exprimé de sincères regrets et que son évaluation psychologique avait démontré un faible risque de récidive.

« Il n’est pas nécessaire d’isoler l’accusée ; cela aggraverait l’inévitable sentiment de culpabilité chez la victime, qui a déjà assez de problèmes. [...] Malgré ses lacunes, [la mère] a tout fait pour donner le meilleur à ses enfants. Elle ne voulait pas lui faire de mal. »

Les conséquences auraient pu être beaucoup plus graves pour l’accusée, qui s’exposait à une peine maximale de 10 ans de prison, a-t-il ajouté. « Attacher un enfant pour ne pas qu’elle se sauve est un geste que la société réprouve. »