Lorsqu’elle avait 7 ans, Sophie a été agressée sexuellement par son oncle. Trente ans plus tard, elle décide de briser le silence.

Agression sexuelle: sortir du mutisme, 30 ans plus tard

Sophie* a décidé de parler à la police après avoir entendu plusieurs histoires comme la sienne dans les médias. Il lui fallait « faire sortir » ces histoires de son esprit, plus de trente ans après avoir été agressée sexuellement par son oncle, un homme « drôle et gentil ».

Sophie avait environ sept ans lorsque son oncle s’est immiscé dans son intimité pour la première fois, une nuit de Noël.

L’heure était aux réjouissances familiales, la parenté dormait dans la même maison.

Puis, l’oncle a glissé sa main dans un endroit interdit, et s’est masturbé dans le silence et l’obscurité de la maisonnée.

Selon la femme, aujourd’hui dans la jeune quarantaine, l’oncle a agi ainsi à cinq reprises, entre 1984 et 1989, principalement en Outaouais.

Chaque agression a eu lieu lors de périodes de réjouissances familiales. Ses parents ne savaient alors rien de ce qui se tramait, et faisaient évidemment confiance à cet homme rigolo. « Je l’aimais bien, moi aussi », a témoigné la victime, lors du procès de l’accusé, mardi.

« Un soir, mes parents m’ont dit que j’allais dormir dans la même chambre que (l’accusé) parce qu’il n’y avait plus de place en bas. J’ai fait une crise, parce que je voulais aller dormir ailleurs. Mes parents me demandaient : ‘Ben voyons Sophie... C’est quoi le problème ?’ »

Dans cette même nuit, elle s’est ouvert les yeux, alors que l’oncle la touchait encore.

Le lendemain, « tout était normal » dans la maison. Pas de menace ni de chantage. La victime alléguée a concédé à l’avocat de la défense qu’elle aimait son oncle, lorsqu’elle était enfant. « Il était gentil avec tout le monde. »

Plainte

Le couple de cet oncle s’est séparé quelques années plus tard. « C’était un soulagement qu’il ne soit plus dans ma vie. J’ai dit à ma mère qu’il m’avait agressée sexuellement quand j’étais jeune. J’avais 19 ans. Puis, nous avons pris la décision qu’on allait se taire jusqu’aux 18 ans (de la fille de l’accusé). Je n’ai pas agi afin de protéger mes jeunes cousin(e)s. Chaque fois que j’entendais des allégations (d’autres dossiers d’agression sexuelle) à la radio ou à la télé, j’avais ça en tête. »

Sophie a décidé de déposer une plainte formelle en 2016. « Mes enfants ont atteint l’âge que j’avais à l’époque, puis j’ai appris que (le présumé agresseur) allait devenir grand-père. Ça m’a incité à parler. »

La police de la MRC des Collines l’a crue. La Couronne a déposé des accusations d’agression sexuelle. Le procès a débuté mardi.

« Cela fait 30 ans que c’est en moi. Il est temps que ça sorte. »

* Nom fictif. Une ordonnance de non-publication interdit de divulguer des informations permettant d’identifier la victime.