Depuis des années, Jonathan Bettez était dans la mire des enquêteurs de la SQ chargés de faire la lumière la disparition et la mort de la fillette de neuf ans, survenue en 2007.

Affaire Cédrika Provencher: Jonathan Bettez poursuivra les autorités pour 10 millions $

Jonathan Bettez se prépare à déposer une poursuite civile de l’ordre de 10 millions de dollars contre les autorités, lui qui a été dans la mire de la Sûreté du Québec concernant le meurtre de Cédrika Provencher.

L’information concernant le dépôt d’une telle requête courait au palais de justice de Trois-Rivières depuis plusieurs semaines. La poursuite devrait être remise sous peu au palais de justice de Montréal, selon La Presse. Elle viserait notamment la Sûreté du Québec et la procureure générale du Québec.

«La Sûreté du Québec voulait nuire à Jonathan Bettez, convaincue, malgré l’absence de motifs raisonnables, qu’il était responsable de la disparition de Cédrika Provencher», allègue la poursuite dans un document dont La Presse a obtenu une copie.

Intentée par Jonathan Bettez, ses parents et l’entreprise familiale, Emballages Bettez, la poursuite vise aussi certains policiers directement – dont l’ex-directeur Martin Prud’homme – ainsi que l’État québécois.

Près de la moitié de la somme réclamée vise à dédommager André Bettez et Huguette Drouin, les parents de Jonathan Bettez. Ils allèguent avoir été forcés de vendre l’entreprise familiale parce qu’il devenait impossible de l’exploiter alors que leur fils était devenu l’ennemi public no 1 au Québec. Jonathan Bettez réclame lui aussi des millions de dollars en son nom personnel.

«[Jonathan Bettez] est maintenant isolé socialement et professionnellement et vivant de l’aide sociale, en plus d’avoir fait l’objet de menaces de mort. L’étiquette de pédophile et de tueur d’enfant lui a été accolée. Il ne pourra, au Québec, retrouver de vie normale», peut-on lire dans un extrait de la poursuite.

«N’eût été des fautes de la SQ, Jonathan Bettez aurait aujourd’hui une vie normale », continue le document. « Le nom “Bettez” sera associé à tout jamais à cette triste et tragique affaire. La vie de la famille Bettez ne sera plus jamais la même.»

En août 2016, Jonathan Bettez avait été accusé de possession et de distribution de pornographie juvénile. Mais en octobre 2018, le juge Jacques Lacoursière l’avait acquitté après avoir conclu que les éléments de preuve recueillis contre lui par les policiers avaient été obtenus de façon abusive. Le juge Lacoursière avait même parlé d’une «partie de pêche» et avait souligné que ce cas démontrait une grave violation des droits fondamentaux.

La police avait déposé une demande auprès de Facebook pour obtenir la liste des adresses IP utilisées par Bettez afin d’accéder à son compte». Le but était de vérifier si ces adresses avaient pu servir dans le téléchargement de porno juvénile. Des renseignements obtenus sans autorisation judiciaire ont ensuite permis aux policiers d’avoir notamment des mandats généraux pour examiner son téléphone cellulaire et ses ordinateurs dans son logement, la maison de ses parents et l’entreprise familiale Emballages Bettez.

Dès l’annonce de l’acquittement de Bettez il y a 10 mois, des avocats contactés par Le Nouvelliste estimaient qu’il avait la possibilité de déposer une poursuite pour atteinte à la réputation et pour la violation de ses droits fondamentaux. Il devra toutefois démontrer que les policiers ont commis une faute et qu’ils ont agi de mauvaise foi.

La comparution de Jonathan Bettez il y a trois ans avait causé tout un chahut au palais de justice de Trois-Rivières. Accueilli par des insultes provenant du public, Jonathan Bettez avait dû être escorté par des policiers après sa comparution.

Devant tout le tourment causé par l’accusation de Jonathan Bettez et par le fait qu’il était le principal suspect du meurtre de Cédrika Provencher, l’entreprise familiale a été vendue en mars 2017.

Nœud coulant

La poursuite des Bettez dévoile peu de faits nouveaux sur cette saga qui a retenu l’attention de toute la province. 

André Bettez et Huguette Drouin allèguent avoir été victimes d’une « tentative d’intimidation à peine voilée » par l’entremise d’un courriel d’un enquêteur qui voulait les convaincre de pousser leur fils à passer un polygraphe, en décembre 2016. « Je ne vois pas d’autres moyens aussi efficaces pour que vous retrouviez votre quiétude, votre vie normale », leur a écrit le capitaine Jean Lafrenière. Il s’agit d’un « remède qui peut atténuer les souffrances de tous dans cette affaire », ajoutait-il.

Jonathan Bettez lui-même dit avoir été victime d’avanies à plusieurs reprises par la police. Lorsqu’il a été arrêté pour être accusé de possession de pornographie juvénile, on lui aurait refusé l’accès à ses médicaments pour une insuffisance rénale, allègue-t-il.

Quelques heures plus tard, devant le palais de justice de Trois-Rivières, «un des policiers lui enfonce son doigt dans le sternum en le traitant de lâche et de sans-cœur», assure la poursuite. «Aujourd’hui, c’est la fête de Cédrika et elle n’est pas là pour fêter son anniversaire. C’est ta conscience qui s’occupera de toi», aurait-on ajouté, toujours selon la poursuite.

Celle-ci rapporte aussi que la résidence des parents de Jonathan Bettez a été visée par du vandalisme à de multiples reprises. On y a même laissé un nœud coulant pour intimider la famille.


Principal suspect, jamais accusé

Cédrika Provencher a été enlevée en juillet 2007 dans un parc de Trois-Rivières et ses ossements ont été découverts par des chasseurs dans un boisé situé à l’est de Trois-Rivières en décembre 2015.

Jonathan Bettez avait été ciblé comme un suspect potentiel, car il était le propriétaire d’une voiture Acura rouge qui correspondait à la description d’un véhicule suspect ayant été vu dans le secteur où la fillette de neuf ans avait été enlevée.

La police avait littéralement traqué Bettez durant plusieurs années dans l’espoir de récolter des preuves contre lui concernant le dossier de la jeune fille. Surveillance physique, filature, écoute électronique, caméras cachées, infiltration, la SQ a joué le grand jeu sans jamais parvenir à ses fins.

Selon des documents rendus publics en juillet 2018, Jonathan Bettez a refusé à trois reprises de se soumettre à un test de polygraphie.