Pierre et Guy Poupart sont les avocats qui représentent Adèle Sorella.

Adèle Sorella n’a presque aucun souvenir de la journée où ses filles sont mortes

«Je ne sais pas ce qui s’est passé ce jour-là. Pour moi, cette journée est un grand vide.» Voilà comment Adèle Sorella a décrit la journée du 31 mars 2009, celle où ses deux fillettes ont été retrouvées sans vie.

C’est la pire tragédie que l’on puisse vivre, a-t-elle déclaré au jury qui va la juger, alors qu’elle est accusée des meurtres d’Amanda et de Sabrina. «Perdre ses enfants, ce n’est pas le cycle normal de la vie.»

La femme de 52 ans a choisi de témoigner pour se défendre à son procès. Mercredi, elle a non seulement répondu en anglais aux questions de ses avocats pour une seconde journée, mais elle s’est aussi fait contre-interroger par la Couronne.

Amanda, neuf ans, et Sabrina, huit ans, ont été retrouvées mortes au domicile familial, allongées côte à côte au sol, dans leur salle de jeu, sans trace de violence. La cause de leur décès n’a pas été déterminée.

Mercredi, Mme Sorella a déclaré dans la salle de cour qu’elle a peu de souvenirs de ce jour-là. Elle se rappelle être avec ses enfants tôt en matinée, et avoir dit au revoir à sa mère, qui habitait avec eux. Sa mère avait un rendez-vous médical ce matin-là. Et normalement, l’accusée conduisait ses enfants à l’école, a-t-elle relaté.

Puis, elle se rappelle avoir conduit sa voiture - mais pas le moment auquel elle a pris le volant. Ensuite, elle s’est retrouvée dans un fossé, après un accident dont elle ne se souvient pas, a-t-elle raconté dans une salle de cour du palais de justice de Laval. Elle a le souvenir d’avoir été entourée d’inconnus, et de ne pas comprendre pourquoi sa voiture ne démarrait pas.

Elle a été arrêtée à la suite de cet accident, au cours de la nuit.

Sur cette journée fatidique, elle a dit que «c’est quelque chose que j’ai tenté de reconstituer tellement de fois, pour avoir des réponses».

«Je veux savoir ce qui est arrivé à mes filles.»

L’accusée avait débuté son témoignage mardi matin. Elle a notamment fait part de tous les problèmes physiques qui l’ont minée après une chirurgie pour une tumeur au cerveau et sa détresse mentale qui a suivi, culminant en trois tentatives de suicide entre 2006 et 2008.

Au moment où Amanda et Sabrina ont été retrouvées mortes, leur père, Giuseppe de Vito, était recherché par la police qui avait tenté de l’arrêter dans le cadre de l’opération «Colisée» contre le crime organisé en 2006. Il était depuis en cavale, absent de la maison.

La question du jury

Le jury a posé notamment cette question à l’accusée mercredi matin, lue par la juge Sophie Bourque de la Cour supérieure. Les six hommes et six femmes voulaient savoir si, consumée par son désir de s’enlever la vie, elle avait déjà songé à faire du mal à d’autres.

«Je n’ai jamais senti le besoin de blesser quelqu’un d’autre», a répondu Mme Sorella.

«Je sentais que j’étais un fardeau. Pas assez bonne pour être la mère de mes magnifiques enfants», a-t-elle répondu au jury, alors que des larmes coulaient sur ses joues. «Je sentais qu’ils seraient mieux sans moi.» Sa famille se serait occupée d’eux.

Elle a ajouté qu’elle n’avait jamais senti le besoin «de les emmener avec elle». Ni aucune raison de leur faire du mal, car «elle les aimait tellement».

Actuellement, elle est suivie par un psychiatre et prend des médicaments matin, midi et soir. Ils l’ont «stabilisée», dit-elle. Sans eux, elle serait dans une unité psychiatrique, soutient la femme.

Alors que la cause du décès des fillettes est inconnue, le rôle possible d’une chambre hyperbare, présente dans la résidence familiale, est toutefois examiné sous tous les angles, afin de voir si elle pourrait être à l’origine de leur mort. Le père des enfants s’était procuré successivement deux machines pour traiter l’arthrite juvénile de Sabrina.

L’accusée a été contre-interrogée à ce sujet mercredi après-midi par le procureur de la Couronne, Simon Lapierre.

Il s’est intéressé à la seconde chambre hyperbare qui a été apportée dans la résidence familiale en 2008. L’accusée a répété qu’elle n’avait pas été impliquée dans son achat, et qu’elle n’était même pas au courant avant qu’elle n’arrive à sa porte. «On n’avait pas besoin d’une seconde machine. Sabrina était en rémission.»

Et puis, c’était inutile, a-t-elle poursuivi, car cela prenait un adulte pour entrer dans la chambre hyperbare avec la fillette. Elle-même ne pouvait y aller en raison de ses problèmes médicaux. Sans compter qu’elle ne savait pas comment faire fonctionner la machine.

Le procureur a alors insisté que l’homme qui a installé la machine lui a expliqué son fonctionnement. Ce à quoi l’accusée a rétorqué qu’elle n’écoutait pas vraiment car elle n’était pas intéressée.

Puis, il l’a questionnée sur les contacts qu’elle a eus avec son mari, alors qu’il se cachait de la police. Il avait laissé à la maison familiale un appareil Blackberry, mais l’accusée s’est dite inquiète de l’utiliser car elle ne savait pas si son mari était réellement la personne qui envoyait les messages. Elle ne se souvient plus si elle a essayé de le rejoindre par téléphone après que les policiers eurent cogné à sa porte pour l’arrêter.

«Le fait qu’il était en cavale me faisait penser que nous étions en danger», a dit Mme Sorella.

Son contre-interrogatoire va se poursuivre jeudi et il est prévu qu’elle se fasse questionner par la Couronne sur la journée des présumés meurtres.