La maison de la femme qui aurait procédé au meurtre de ses trois nouveau-nés, entre 2014 et 2017.

Accusée d'avoir tué ses trois bébés

SAINT-JÉRÔME — Trois enfants tués à leur naissance. Un quatrième, toujours en vie. Une maman de 27 ans résidant à Sainte-Marthe-sur-le-Lac a été accusée hier de crimes qui dépassent l’entendement : le meurtre de ses trois nouveau-nés, de 2014 à 2017.

Une femme menue s’approche, menottée, dans le box des accusés. Rien n’indique alors qu’elle s’apprête à comparaître pour avoir tué ses trois enfants. Une mèche de cheveux bruns, presque roux, cache le côté droit de son visage juvénile. Vêtue d’un chandail rayé mauve et bleu, elle se tient debout, le regard neutre. Elle n’est ni sonnée ni affolée.

L’accusée a comparu brièvement hier après-midi au palais de justice de Saint-Jérôme. Une ordonnance de la cour nous interdit de révéler son identité pour protéger celle de l’enfant vivant, en bas âge. La femme a été arrêtée mercredi par la Sûreté du Québec, deux semaines après la découverte du corps de trois nouveau-nés dans sa résidence de Sainte-Marthe-sur-le-Lac.

C’est que le dimanche 15 octobre, la mère s’est rendue à l’hôpital de Saint-Eustache pour des douleurs au ventre, selon nos informations. Les médecins ont alors découvert qu’elle venait d’accoucher d’un enfant, mais que le placenta n’avait pas été expulsé. Alerté par l’absence du bébé, le personnel médical a communiqué avec la police de Deux-Montagnes.

L’affaire a été transférée le jour même à la Sûreté du Québec. Le lendemain, la résidence de l’accusée était perquisitionnée, à la recherche du bambin. C’est pendant leurs recherches que les autorités ont fait l’affreuse découverte : le corps du bébé, né quelques jours plus tôt, et celui de deux autres nourrissons, visiblement morts depuis des mois, voire des années.

Les trois bambins sont issus de trois grossesses différentes, selon les enquêteurs.

Lourdes accusations

Six chefs d’accusation ont été déposés contre la femme, dont trois de meurtre prémédité de ses nouveau-nés. Les deux premiers meurtres seraient survenus entre le 3 décembre 2014 et février 2017 à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, sur la Rive-Nord de Montréal. Elle aurait tué son troisième bébé le 10 ou le 11 octobre 2017, toujours dans la même municipalité, selon l’acte d’accusation.

Une accusation de meurtre prémédité est passible d’une peine d’emprisonnement à vie sans possibilité de libération avant 25 ans.

La jeune mère est également accusée d’avoir fait disparaître le cadavre d’un enfant dans l’intention de cacher le fait qu’elle lui avait donné naissance. Ce crime, qui aurait été commis entre décembre 2014 et le 15 octobre dernier, est passible d’une peine maximale de deux ans d’emprisonnement.

Deux chefs d’accusation portent sur l’enfant vivant, âgé de bientôt 3 ans. L’accusée aurait ainsi omis de fournir les «choses nécessaires à l’existence» de cet enfant. Elle est aussi accusée de corruption d’enfants, soit d’avoir mis en danger les moeurs d’un enfant en participant à un adultère, à une immoralité sexuelle, à une ivrognerie habituelle ou à toute autre forme de vice.

Un voisinage sous le choc

Le choc était grand dans la petite rue du quartier résidentiel où vivait la jeune mère. Selon plusieurs voisins, la femme habitait dans le secteur depuis quelques années avec son conjoint et l’enfant. «Je la voyais de temps en temps, ça s’arrêtait à un bonjour. Ma plus vieille est du même âge que leur enfant», a expliqué la voisine immédiate, Annie Pierre McLaughlin.

Annie Pierre McLaughlin, voisine immédiate de l'accusée.

«J’avais remarqué sa bedaine [en août, septembre] et je me disais qu’elle devait être enceinte de nouveau [...] C’est un choc, on ne peut pas s’imaginer que ça arrive à côté de chez nous», poursuit-elle, affirmant que rien ne laissait présager que quelque chose n’allait pas. C’est la seule fois qu’elle a vu l’accusée enceinte, a indiqué Mme McLaughlin.

Le bungalow blanc aux fenêtres encadrées de jaune où vivait le couple était complètement désert, hier. Un vieux matelas et un sommier tachés avaient été laissés près de la rue comme pour s’en débarrasser. Aucun jouet d’enfant n’était visible sur le terrain. Tout juste à l’arrière de la résidence, dans un cabanon, quelques jouets extérieurs et une poussette avaient été rangés.

Une résidante qui habite non loin de là affirme qu’elle ne «les voyait jamais» dans le voisinage, pourtant très familial. «Je savais qu’ils avaient un ou des enfants parce qu’il y avait des jouets sur le terrain. C’était un couple discret [...] J’ai de la misère à croire tout ça, je pense qu’il n’y a même pas d’explications pour ça. C’est inconcevable», a réagi la femme, maman elle aussi.

Une autre voisine dit n’avoir croisé le couple qu’une seule fois en allant porter une enveloppe destinée au couple déposée par erreur dans sa boîte aux lettres. «Ils étaient tranquilles, on les entendait parfois, comme l’enfant, je l’entendais pleurer des fois, mais tu n’appelles pas la DPJ à cause de ça... On n’aurait jamais pu penser à ça.»

On ignore toujours les circonstances entourant la commission des crimes. L’enquête se poursuit d’ailleurs. Il n’y aurait pas d’autres suspects en vue, selon les policiers. La femme a été arrêtée deux semaines après la perquisition, notamment parce qu’elle avait été hospitalisée dans l’intervalle. Jeudi, la procureure de la Couronne Caroline Lafleur n’a pas réagi après la comparution.

L’accusée reviendra en cour le 7 décembre.