Marc Bellfoy, qui a agressé une adolescente à l’arrière d’une école secondaire, écope de 13 ans de prison et de l’étiquette de délinquant dangereux.

13 ans de prison pour un délinquant dangereux

L’itinérant qui a violemment agressé une adolescente en bordure d’un sentier derrière l’école secondaire de l’Île, en mars 2016 à Gatineau, vient d’écoper d’une peine d’emprisonnement de 13 ans en plus d’être déclaré délinquant dangereux.

En rendant une telle sentence vendredi midi, le juge Gaston-Paul Langevin s’est donc entièrement rangé derrière la proposition de la Couronne, qui avait suggéré en janvier dernier que Marc Bellfoy, âgé de 51 ans, hérite d’une peine de prison allant de 10 à 13 ans.

Compte tenu des 24 mois qu’il a déjà purgés en détention provisoire, le quinquagénaire devra rester derrière les barreaux pour encore 9 ans et 11 mois. Déclaré délinquant dangereux, et non délinquant à contrôler comme le souhaitait la défense,  il sera soumis à une période de surveillance de dix ans après sa sortie de prison. Il lui sera également interdit à perpétuité d’avoir des armes à feu en sa possession.

Le magistrat a mentionné à quelques reprises avant le prononcé de la sentence que l’homme, jugé apte à subir son procès à la suite d’une évaluation psychiatrique à l’Institut Philippe-Pinel, présentait un haut risque de récidive. 

Le juge Langevin a indiqué lors de son allocution qu’il s’agissait de « violence gratuite sur une personne innocente choisie au hasard » et que les actions posées par l’accusé auraient pu s’avérer fatales pour l’adolescente n’eût été de l’intervention d’un témoin. Il a renchéri en disant que M. Bellfoy, qui n’a pas réussi à régler ses problèmes de toxicomanie, devait être « isolé du reste de la société » pour comprendre les torts qu’il a causés. 

Même si l’homme de 51 ans a reconnu sa culpabilité dès le départ et qu’il a exprimé des remords, ayant notamment présenté des excuses à sa victime lors de la dernière audience, le magistrat a énuméré plusieurs facteurs aggravants dans le dossier, dont l’horreur et la préméditation des gestes posés, la vulnérabilité de la victime d’âge mineur, l’utilisation d’un couteau et les séquelles permanentes causées à l’adolescente. 

Selon le procureur de la Couronne, Me François Santerre, il s’agit d’une sentence exemplaire.

« Si l’on regarde les peines qui sont généralement octroyées à des individus qui commettent de telles infractions, c’est une peine qui est dans le haut de la fourchette. Mais il faut considérer ici le fait que l’infraction a été commise dans des circonstances particulièrement odieuses. […] Après sa libération, il (l’accusé) sera surveillé pour une période de dix ans et c’est une surveillance étroite. S’il devait anicroche à ses conditions, il pourrait tout simplement retourner en prison », a-t-il dit.

Quant à l’avocat de la défense, Me Marino Mendo, il a rapidement quitté la salle une fois le verdict tombé et il ne s’est pas adressé aux médias.

Rappelons que le 15 mars 2016, la victime marchait sur une piste cyclable près du ruisseau de la Brasserie lorsqu’elle a été empoignée par-derrière par le sans-abri, qui l’a saisie par le cou. 

L’homme qui fréquentait le refuge Gîte Ami l’a ensuite traînée vers un buisson, où il lui a asséné de coups de poing et de pied ainsi que pas moins de 18 coups de couteau aux bras, au cou et au visage. Il l’a aussi atteint à l’œil avec un morceau de bois, en plus de couper son chandail pour l’agresser sexuellement. C’est à ce moment qu’un enseignant qui marchait dans le secteur a entendu des cris à l’aide et s’est interposé pour maîtriser l’homme. 

En état de « déchéance totale », l’accusé qui a également des troubles de personnalité avait consommé cannabis et alcool le jour de la sauvage agression. 

Deux ans plus tard, la victime vit avec plusieurs conséquences de l’agression, par exemple des cicatrices résultant des lacérations qu’elle a subies, un sommeil perturbé et une vision embrouillée car l’un de ses yeux avait été perforé.

Marc Bellfoy avait plaidé coupable d’agression sexuelle grave et d’agression sexuelle armée en novembre 2016. L’individu avait initialement été inculpé de tentative de meurtre, un chef d’accusation que la Couronne a par la suite abandonné.

Le nom de l’accusé sera également ajouté au registre national des délinquants sexuels. 

« ON VA POUVOIR TOURNER LA PAGE » —LE PÈRE DE LA VICTIME

Visiblement nerveux en salle de cour, c’est avec soulagement que le père de la victime a accueilli la sentence imposée à Marc Bellfoy, décrivant le tout comme « non pas une victoire, mais un petit baume sur un bobo qui traîne depuis longtemps ».

« On va pouvoir tourner la page », a-t-il d’emblée lancé aux journalistes.

L’homme, qui a indiqué avoir hâte d’annoncer la nouvelle à sa fille, laquelle est présentement en voyage à l’extérieur du pays, n’a pas caché que les deux dernières années ont été difficiles. Il avait déjà mentionné dans le passé qu’il souhaitait que le processus judiciaire soit plus rapide. 

« Je suis très satisfait, évidemment. Ce qu’on considérait juste et équitable a été exécuté par le juge. […] En tant que papa, je suis vraiment content que ce soit terminé. J’ai dû me présenter ici une quinzaine de fois et il fallait tout le temps replonger là-dedans », a-t-il mentionné. 

Alors que plus de deux ans se sont écoulés depuis les tristes événements, le père de famille affirme que sa fille se porte « relativement bien dans les circonstances ».

« Elle n’a pas perdu de scolarité, car l’école a été flexible considérant sa situation. Grâce au travail incroyable des gens impliqués, que ce soit la police, les médecins ou l’école, ça s’est bien déroulé pour elle. Les blessures physiques vont guérir, ça aurait pu être pire », a-t-il commenté. 

Avouant qu’il était impossible pour lui de demeurer impartial lorsque questionné à savoir s’il qualifiait d’exemplaire la peine d’emprisonnement, le père a tenu à dire qu’il espère qu’une telle sentence sera dissuasive pour les gens qui seraient tentés de commettre de tels crimes dans le futur. Il souhaite que ça puisse éviter à d’autres de vivre un tel cauchemar.

Qu’aurait-il eu envie de dire à Marc Bellfoy s’il avait eu la chance de s’adresser à lui ?

« J’espère qu’il le regrette et que si jamais il a l’opportunité de se refaire une vie, qu’il ne la gaspillera pas et qu’il ne fera pas de mal à personne d’autre. […] C’est dur de ne pas le regarder, de ne pas lui en vouloir », s’est-il exclamé. 

Heureux que le procès soit chose du passé, il espère que sa fille, ses proches et lui pourront désormais avoir la « meilleure vie possible ».