Kamy Lafrenière a été arrêté le 14 mai dernier, à La Reine, en Abitibi. Il a comparu au palais de justice de Rouyn-Noranda, le 16 mai, sous escorte policière.

« Je suis déménagé pour m’en cacher »

Le père de Kamy Lafrenière, ce jeune homme accusé du meurtre du Gatinois Joey Morin, le mois dernier, avait tellement peur de son fils qu’il s’est réfugié en Abitibi, il y a quelques années. Dans une entrevue exclusive accordée au Droit, Hugues Lafrenière dit craindre son fils de 28 ans, aujourd’hui en détention préventive, qu’il décrit comme « un danger pour la société ».

L’enfance de Kamy Lafrenière n’a pas été de tout repos, raconte le père. Il a été mis à la porte de la porte de l’École polyvalente Le Carrefour de Gatineau, lorsqu’il était en troisième année du secondaire. Dès lors, il n’avait plus accès au Ritalin qui tempérait son esprit, explique M Lafrenière.

« Il n’allait plus à l’école, raconte-t-il. Il s’est mis à chercher de la drogue. Il a toujours refusé l’aide psychologique. »

« Il fréquentait de bons gars, mais eux ne savaient pas qui il était réellement », dit-il.

Hugues Lafrenière dit craindre son fils depuis son tout jeune âge.

« C’est épouvantable, raconte-t-il. Je suis déménagé en Abitibi pour m’en cacher. Ça fait des années que je crie à l’aide, mais on dirait que personne n’écoute. »

Reste que la preuve de malversations était difficile à faire. « Je portais plainte à la police. Mais on me disait toute le temps qu’ils n’avaient rien, que je devais le filmer, le prendre sur le fait. On ne nous croyait pas. »

Hugues Lafrenière avait si peur de son fils, ces dernières semaines, qu’il dormait en alternance avec sa conjointe, pour éviter qu’il ne rentre chez lui. « L’un dormait le jour, l’autre la nuit. On pouvait se réveiller un matin, et il était là, assis dans la cuisine. »

Kamy Lafrenière était en cavale depuis au moins l’automne dernier, alors qu’il résidait dans les environs de Trois-Rivières. Puis, il est revenu à Gatineau, où il résidait avec celui qui allait devenir la victime d’un meurtre, Joey Morin. « Il nous disait qu’il était en politique à Ottawa... Il est capable de disparaître très vite. »

Arrestation

Kamy Lafrenière a été arrêté le 14 mai dernier à La Reine, en Abitibi. Il « squattait » la maison voisine de la résidence de son père.

Il aurait quitté Gatineau après la mort de Joey Morin, le jeune homme avec qui il habitait sur la rue Fernand-Arvisais.

Selon l’acte d’accusation, le meurtre s’est produit le 13 avril. La victime aurait été battue à mort avec un objet contondant, selon la police de Gatineau.

Lorsque son fils a surgi dans son village, le père n’avait aucune idée de ce qui s’était passé à Gatineau. Son fils lui aurait dit qu’il y avait eu « une grosse chicane » avant son départ pour l’Abitibi.

« On a été séquestrés moralement, affirme M. Lafrenière. Il squattait à côté, mais il nous empêchait de vivre. Il est dangereux, on l’a toujours su. »

Selon le père, les silences de Kamy dans le box des accusés sont des actes d’une pièce de théâtre, mise en scène par le personnage principal.

« Il joue la comédie. C’est comme lorsqu’on l’envoyait à l’hôpital pour qu’il soit traité. Il en ressortait avec le sourire. Il déjouait les psychiatres. Il disait même que c’était moi qui en ‘manquais des bouts’. »

Hugues Lafrenière espère que d’autres personnes ayant été malmenées par son fils parleront. Selon lui, aucun membre de sa famille n’apportera son soutien à Kamy lors des audiences judiciaires. « Moi, je ne veux plus rien savoir. »

Le Droit a visionné une vidéo qui documente la confrontation entre Kamy Lafrenière et la conjointe de son père.

D'ABORD ARRÊTÉ POUR VOIES DE FAITS

Selon nos informations, Kamy Lafrenière a d’abord été arrêté pour voie de fait envers la conjointe de Hugues Lafrenière. La femme l’a confronté afin qu’il quitte le village et qu’il laisse son couple tranquille.

Le Droit a visionné une vidéo qui documente la confrontation entre Kamy Lafrenière et la conjointe de son père. Le Droit a décidé de ne pas la diffuser, puisqu’elle pourrait être utilisée lors d’un éventuel procès devant jury.

Le couple voulait que Kamy quitte la résidence voisine, qu’il occupait de façon illégale.

Arrêté par la Sûreté du Québec, il a été libéré du poste de police de La Sarre, sous promesse de comparaître à une date ultérieure.

Mais des enquêteurs du Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG) l’attendaient dehors. Ils lui ont passé les menottes, cette fois pour le meurtre du Gatinois Joey Morin.

Le 23 mai dernier, l’avocate du prévenu, Me Emmanuelle Béliveau, a demandé à ce que son client subisse une évaluation psychiatrique, pour déterminer de son aptitude à subir un procès. Il est présentement sous évaluation à l’Institut Philippe-Pinel, à Montréal.

Lors de l’audience, au palais de justice de Gatineau, Me Béliveau a mentionné au juge qu’il lui était très difficile de communiquer avec son client. «C’est difficile de voir s’il comprend ce que je lui dis.»

La Couronne, de son côté, a remis une trentaine de DVD comprenant de la preuve.