Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a annoncé l’abolition du Commissariat aux services en français ainsi que le projet d’université francophone.

Jour noir pour les Franco-Ontariens

C’est l’onde de choc au sein de la communauté franco-ontarienne. Sans crier gare, le gouvernement Ford a mis la hache dans deux icônes francophones en mettant au rancart le projet de création de l’Université de l’Ontario français et en abolissant le Commissariat aux services en français.

Ces deux décisions, qui n’ont pas tardé à provoquer une levée de boucliers, sont parmi les éléments qui ressortent de l’énoncé économique du gouvernement progressiste-conservateur, présenté à Queen’s Park jeudi après-midi. On y a alors annoncé que le déficit de la province avait été réduit de 500 millions $, un redressement qui ne sera visiblement pas sans conséquence pour les Franco-Ontariens.  

Par une simple phrase au bas de la page 20 du document intitulé « Un plan pour la population — Perspective économique et revue financière de l’Ontario », le gouvernement Ford a sabordé l’Université de l’Ontario français.

« La province a annoncé, le 23 octobre 2018, qu’elle ne financerait pas l’agrandissement de trois campus universitaires dans la région du grand Toronto (RGT). De plus, un examen plus détaillé de la situation financière de la province a amené le gouvernement à annuler les plans de création d’une nouvelle université de langue française », peut-on y lire, sans davantage d’explications. 

Le projet, recommandé par le Commissariat aux services en français, a fait l’objet d’une loi adoptée il y a 11 mois. L’institution, qui devait avoir pignon sur rue à Toronto, aurait accueilli sa première cohorte d’étudiants en 2020.

Le Commissariat aux services en français, créé en 2007, disparaîtra quant à lui de la carte au printemps prochain et se retrouvera désormais sous la direction de l’ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé. C’est ce dernier qui gérera les plaintes liées au fait français.  

Le commissaire François Boileau n’a au départ pas réagi officiellement à la dissolution de l’institution indépendante, son bureau affirmant qu’il allait prendre le temps d’analyser les informations. Il a par la suite indiqué au Droit qu’il avait appris la nouvelle à peine 30 minutes avant l’annonce à l’Assemblée législative. 

Profondément affecté par la décision, ce dernier affirme qu’il compte en premier lieu s’assurer que les 13 employés du Commissariat puissent être transférés au Bureau de l’Ombudsman afin que le travail puisse être poursuivi. Au sujet de l’annulation du projet d’université francophone, M. Boileau qualifie le tout de « décision à courte vue », précisant que la province se privera d’un outil pour former les jeunes qui à terme aurait permis de créer de la richesse.

« Une attaque complète »

Pour la députée d’Orléans et ex-ministre libérale des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, ces décisions sont déplorables et représentent un « retour en arrière ». À son avis, M. Ford vient de démontrer clairement qu’il n’a aucune considération envers la communauté francophone de la province, qui compte plus de 620 000 personnes. 

« Je suis fâchée, c’est une attaque complète à la francophonie ontarienne. On ne s’y en attendait pas du tout, c’est insultant. Ça n’a jamais été dans les voiles, autant lors de la campagne électorale que lors des débats publics. Et les deux ministres (Caroline Mulroney et Merrilee Fullerton) s’étaient prononcées en faveur dans le cas de l’université », lance l’élue.

Sa collègue députée d’Ottawa-Vanier, Nathalie Des Rosiers, ne décolère pas non plus et parle d’un « jour un peu trop bleu pour l’Ontario », faisant allusion à la couleur associée au Parti progressiste-conservateur. 

« L’élimination du poste de commissaire et d’autres postes de critiques [les commissaires à l’environnement et à l’enfance], c’est inquiétant. On les supprime, ensuite on va continuer à faire des coupures. M. Ford veut éliminer les processus de redditions de compte. C’est une grave erreur que vient de commettre ce gouvernement et les Franco-Ontariens ne se laisseront pas faire. Franchement, ce n’est pas une question d’économiser, le commissariat ne coûtait presque rien », s’exclame l’ex-ministre. 

Elle renchérit en disant que le transfert des plaintes vers l’ombudsman ne sera pas bénéfique pour les francophones, car le bureau de celui-ci se retrouvera avec beaucoup de dossiers et sera par conséquent forcé d’établir ses priorités. 

« C’est ça le problème quand on enfouit le fait francophone dans un grand amalgame », déplore Mme Des Rosiers. 

Goût amer pour l’AFO

Du côté de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), c’est la stupéfaction et on exige une rencontre d’urgence avec le premier ministre Doug Ford pour demander que ces décisions, qualifiées « d’efforts démesurés qui nuiront à la survie et à l’épanouissement des Franco-Ontariens », soient renversées.

« Alors que ce sera bientôt le Black Friday dans les magasins, on peut dire que pour nous, c’est un jour noir. Nous sommes en état de choc. On va continuer à se battre en faisant appel à nos partenaires de partout au pays. Ça n’en restera pas là. On va prouver au gouvernement qu’il manque le bateau. [...] On l’a appris presque en même temps que les médias, ça ajoute à l’insulte », affirme le président Carol Jolin.

Il ajoute qu’il y a lieu de se poser des questions face à l’absence en Chambre de la ministre déléguée des Affaires francophones Caroline Mulroney lors de l’énoncé économique. 

« C’est sûr qu’elle aurait été attaquée de toutes parts et aurait dû justifier les positions de son gouvernement », soutient-il.

M. Jolin se dit par ailleurs content de constater que le premier ministre du Québec, François Legault, a indiqué jeudi qu’il compte aborder la question de la francophonie avec son homologue ontarien lors d’une réunion prévue lundi.

Avec La Presse canadienne