Après la guerre sur Twitter, le président américain, Donald Trump, a joué la carte de l'apaisement avec son homologue canadien, Justin Trudeau, vendredi, à l'ouverture du Sommet du G7 à La Malbaie.

Jour 1 du G7: une journée tout sauf normale

Au premier jour du Sommet du G7, la violence tant redoutée n’a pas éclaté, mais à quel prix? La haute ville de Québec ressemblait parfois à une cité assiégée. Des centaines de policiers aux allures de robocop patrouillaient les rues. Pendant ce temps, à La Malbaie, la réunion des leaders du G7 a pris un tournant inattendu. Après s’être critiqués mutuellement, ces derniers jours, les Trump, Macron et cie ont joué l’apaisement. Récit d’une journée où rien ne s’est déroulé comme prévu.

Vendredi matin, malgré le soleil radieux, la haute ville de Québec avait des allures de ville fantôme. Les fonctionnaires avaient reçu leur congé. Les écoles étaient fermées. L’Assemblée nationale aussi. La Grande Allée était aussi animée qu’un kiosque de crème glacée en hiver. Sur la rue Saint-Jean, où le souvenir du Sommet des Amériques de 2001 est encore vif, une trentaine de commerces avaient barricadé leurs vitrines. Comme à la veille du passage d’un ouragan. 

Un peu partout, de nombreux groupes de policiers lourdement équipés étaient visibles. Par moments, plusieurs semblaient s’ennuyer ferme, dans une ville quasiment abandonnée. Une journaliste de CTV a surpris des policiers qui se photographiaient, bras dessus, bras dessous, devant la fontaine de Tourny, avec l’Assemblée nationale en toile de fond. On aurait dit des soldats en territoire conquis.

Le ton avait été donné dès sept heures du matin, lorsque des manifestants avaient été encerclés par une véritable marée policière, sur le boulevard Sainte-Anne, dans Beauport.

Tout l’après-midi, des petits groupes de manifestants ont joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, y compris sur les plaines d’Abraham. La plupart du temps, on dénombrait plus de policiers que de protestataires. Le ton avait été donné dès sept heures du matin, lorsque des manifestants avaient été encerclés par une véritable marée policière, sur le boulevard Sainte-Anne, dans Beauport.

Contre toute attente, le boulevard était devenu un enjeu stratégique, parce que plusieurs délégations doivent l’emprunter pour faire la navette entre Charlevoix et Québec. 

Trump entre en scène

Plus tard, l’attention s’est portée vers La Malbaie, pour l’arrivée du président américain, Donald Trump. Depuis plusieurs jours, le président distribuait les coups de varlope à ses partenaires commerciaux. Jeudi, il avait même accusé le Canada de «détruire» l’agriculture de son pays. Pour couronner le tout, l’ami Donald arrivait en retard, ce qui ne présageait rien de bon.

La machine à rumeurs fonctionnait alors à plein régime. Donald Trump était-il en colère? Allait-il bouder plusieurs activités? Engueuler la police montée? Boire le rince-doigts? Provoquer un feu d’artifice diplomatique?

Encore une fois, le scénario catastrophe ne s’est pas matérialisé. Devant les caméras, le président est resté jovial. Il a quasiment réussi à sourire lors de la traditionnelle «photo de famille». Il a même bavardé calmement avec la chancelière allemande Angela Merkel, qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur.

Le président Donald Trump s’est entretenu avec la chancelière allemande Angela Merkel quelques instants après la prise de la célèbre photo de famille du G7 et peu de temps avant la première réunion à l’horaire de la journée.

Mais c’est avec Justin Trudeau que le président s’est surpassé. Sans rire, il a déclaré que la relation entre le Canada et les États-Unis était «aussi bonne ou meilleure que jamais». Un incroyable virage, quand on sait que la veille encore, il voulait punir le Canada pour des pratiques commerciales «injustes». Soudain, Monsieur voyait des «progrès» partout. Il annonçait même une «nouvelle version» de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

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Il n’empêche. Plus tard, à l’abri des regards indiscrets, il semble que le ton présidentiel était moins enjôleur. Pour reprendre le langage ultra-diplomatique de l’Agence France-Presse: «Le ton est resté professionnel, mais le fossé semble large». Traduction suggérée: «c’est l’impasse».

En route pour voir Kim

Bien sûr, il est trop tôt pour dresser le bilan du Sommet du G7. Mais on peut douter qu’il permette d’aplanir les nombreuses disputes entourant le commerce mondial. Quand à l’ordre du jour officiel, si cher à Justin Trudeau, il sera chamboulé. Le président Trump a déjà annoncé qu’il quittera La Malbaie avant la fin du Sommet, samedi, vers 10h30, pour se rendre à Singapour, où se déroulera un sommet «historique» avec le leader Nord-Coréen Kim Jong-un.

Le départ prématuré de Donald Trump ne surprendra personne. Les mauvaises langues disent que ça lui permettra d’échapper aux discussions sur le climat et les océans, des sujets qui le passionnent autant qu’un cours sur le rôle de la bombarde dans la poésie médiévale tchèque, donnée en chinois ancien. Badin et primesautier, le président s’est permis une blague, en assurant que Justin Trudeau sera «très content» de le voir partir.

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En attendant la suite, l’imposant dispositif de sécurité qui entoure le Sommet suscite de nombreuses inquiétudes. L’organisation Amnistie internationale et la Ligue des droits et libertés se disent «extrêmement préoccupées» par le fait que des policiers soient armés de fusils d’assaut, en marge de manifestations pacifiques.

Chez les manifestants, une certaine amertume est déjà perceptible. «Même la possibilité de critiquer l’État est encadrée par la police et par les clôtures, écrit le groupe Action contre le G7, dans un communiqué. Des zones de libre expression emmurées, des manifestations permises à condition de ne déranger personne. On s’est fait voler le monde jusqu’à la possibilité de le remettre en question. Et tranquillement, le monde reste à sa place, devant son téléviseur, accroché à sa radio, suspendu aux écrans.»  Avec La Presse canadienne et AFP