Postes Canada a immortalisé en 1992 Jos Montferrand en lui consacrant un timbre commémoratif.
Postes Canada a immortalisé en 1992 Jos Montferrand en lui consacrant un timbre commémoratif.

Jos Montferrand aux côtés de Louis Cyr et Félix Leclerc?

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Après avoir tenté en vain, il y a deux ans, de faire reconnaître les draveurs et les cageux (raftsmen) de l’Outaouais comme des personnages historiques d’envergure nationale, l’organisme gatinois A.B.C. Stratégies fait appel au plus célèbre bûcheron du continent, Jos Montferrand, pour qu’à travers lui, le gouvernement du Québec leur rende hommage.

Appuyé dans la démarche par la Société d’histoire forestière du Québec (SHFQ) et la Société d’histoire de l’Outaouais (SHO), A.B.C. Stratégies demande au gouvernement d’élever Jos Montferrand au panthéon des géants du Québec en lui accordant le rang de personnage historique national en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.

«C’est très surprenant que cet homme ne soit pas encore reconnu, note le président de la SHO, Michel Prévost. C’est parce que jamais personne n’en avait fait la demande officielle. Ce serait normal que Jos reçoive cette reconnaissance. Il est d’une grande importance pour l’industrie de la forêt dans le Canada français, mais pas uniquement. Il était tout aussi connu dans le Canada anglais et à une certaine époque, jusqu’aux États-Unis. Jos Montferrand, c’est une vraie figure légendaire et elle est associée à l’Outaouais. Pendant trop longtemps, ici, nous n’avons pas valorisé nos ancêtres dont plusieurs étaient des bûcherons et des cageux. C’est en train de changer. Les gens ont une meilleure perception de tout ce qu’ils ont accompli.» 


« Jos Montferrand, c’est une vraie figure légendaire et elle est associée à l’Outaouais. Pendant trop longtemps, ici, nous n’avons pas valorisé nos ancêtres dont plusieurs étaient des bûcherons et des cageux. C’est en train de changer. »
Michel Prévost, président de la Société d'histoire de l'Outaouais

Mémoire collective

La SHFQ voit dans cette éventuelle reconnaissance à l’endroit de la plus grande légende des chantiers forestiers de toute l’Amérique du Nord une façon d’ancrer dans la mémoire collective tout l’héritage populaire lié à la foresterie. «Jos Montferrand a tout fait, lance le directeur général de la SHFQ, Gérard Lacasse. Il a été bûcheron, draveur, cageux et contremaître. Il était connu dans tous les chantiers. Il fait partie de la légende. Il y a des chansons sur lui. C’est lui qui va ramener tout cet univers dans notre mémoire collective. Si on ne fait rien, ça va se perdre. Mes petits-enfants ne savent pas ce que c’est un draveur.»

Pour la SHFQ, ce ne sont pas tant les anecdotes qui ont forgé la légende du grand Jos, comme celles des marques de bottes au plafond des tavernes et des Irlandais lancés à l’eau par-dessus le pont Union (des Chaudières) qui importent. C’est davantage l’homme dans son contexte et ce qu’il représente pour l’émergence de toute une industrie qui a permis de développer le Québec. Michel Prévost est convaincu que cette reconnaissance susciterait une «très grande fierté» pour l’Outaouais.

Selon ceux qui défendent sa candidature, Jos Montferrand pourrait aisément trouver sa place aux côtés de Louis Cyr, Félix Leclerc et des nombreux politiciens qui ont marqué le Québec et qui ont été désignés comme personnages historiques. Le premier ministre du Canada, Wilfrid Laurier, a un jour écrit que le nom de Jos Montferrand est aussi connu en Amérique du Nord que celui de Louis-Jospeh Papineau.

«La plus importante industrie dans le développement du Québec était l’affaire de gens valeureux comme Jos Montferrand et ça doit être mis de l’avant, ajoute M. Lacasse. On peut et on doit être fier que ce que ces hommes ont accompli grâce à leur force, leur courage et leur ingéniosité.»