Jean Malavoy, directeur général du Muséoparc Vanier, est un valeureux Franco-Ontarien.
Jean Malavoy, directeur général du Muséoparc Vanier, est un valeureux Franco-Ontarien.

Jean Malavoy: l’Ontario français coule dans ses veines

Denis Gratton
Denis Gratton
Le Droit
CHRONIQUE - LES GRANDES ENTREVUES / Il croyait quitter Montréal pour venir s’établir près de Hawkesbury, dans l’Est ontarien. Il s’est retrouvé à Dryden, Ontario, près de la frontière manitobaine, à plus de 1800 kilomètres et 20 heures de route de Hawkesbury. Léger détour. Et bienvenue en Ontario…

Le directeur général du Muséoparc Vanier, Jean Malavoy, n’avait que deux ans lorsque ses parents ont quitté la France, en 1951, pour venir s’établir à Montréal. À l’âge de 18 ans, il est retourné dans son pays natal pour des études universitaires de cinq ans à Paris, en science politique et en histoire, puis il est rentré à Montréal en 1974.

« Je cherchais du travail à mon retour au Québec, mais je ne trouvais pas, se souvient-il. À un moment donné, ma mère a vu dans un journal une annonce d’une école à Dryden qui cherchait un professeur de français. Je ne connaissais pas grand-chose de l’Ontario, j’étais seulement allé à Hawkesbury et L’Orignal. Et je croyais que Dryden se trouvait dans le même coin. Alors je me suis dit : «pas de problème, je ne serai qu’à 45 minutes de Montréal». Alors j’ai postulé, j’ai obtenu l’emploi et j’ai signé un contrat avant même de regarder une carte pour savoir où, au juste, se trouvait Dryden. C’est lorsque j’ai consulté une carte que je me suis rendu compte que cette ville se trouvait à la frontière du Manitoba ! C’était mon entrée en Ontario. Et c’est là que j’ai eu mes premiers contacts avec l’Ontario français. Non pas à Dryden, où il y avait très peu de francophones, mais bien quand je retournais chez nous, je m’arrêtais à Sudbury, Hearst, Kapuskasing et Ottawa. »

Jean Malavoy a enseigné le français à Dryden pendant deux ans avant de venir s’établir… près de Hawkesbury, à Plantagenet plus précisément, là où le poste d’animateur et agent de projet à l’ACFO de Prescott-Russell l’attendait.

« Je suis resté à l’ACFO jusqu’en 1978, dit-il. (Feu) Yves St-Denis était mon président et nous avons organisé plein de projets ensemble, dont un spectacle de Beau Dommage. C’était leur dernier avant qu’ils se séparent, si ma mémoire est bonne. Je me suis marié là-bas, on s’est trouvé une maison à Grenville, puis peu de temps après j’ai été nommé directeur général du Conseil des arts de l’Ontario, à Toronto.

« C’était un emploi parfait pour moi, un travail de rêve. J’ai pu travailler avec Jean-Marc Dalpé, Brigitte Haentjens, Anne-Marie Cadieux, Robert Paquette et tant d’autres personnes qui sont des vedettes aujourd’hui. J’ai nagé dans ce milieu culturel et c’est là que je suis vraiment devenu Franco-Ontarien. Je me sentais chez moi. Je suis resté 13 ans au Conseil des arts de l’Ontario où j’ai lancé Contact Ontarois qui existe toujours et qui a aujourd’hui 40 ans », ajoute-t-il fièrement.

Jean Malavoy, directeur général du Muséoparc Vanier, est un valeureux Franco-Ontarien.

Quand Jean Malavoy affirme qu’il est « vraiment devenu Franco-Ontarien », il dit vrai, lui qui a touché à pratiquement tout ce qui bouge dans la francophonie ontarienne.

Après son passage de 13 ans au Conseil des arts de l’Ontario, il a été directeur général de l’Association des auteures et auteurs de l’Ontario français, co-fondateur du Salon du livre de Toronto, directeur de la Fondation Trillium, puis du Centre francophone de Toronto, directeur général de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), directeur de La Nouvelle Scène, et directeur général de la Conférence canadienne des arts. Ouf…

« J’ai toujours aimé le changement, laisse-t-il tomber. J’aime les gens. Quand je quitte un poste, c’est parce que les choses vont bien. Alors je me cherche un nouveau défi. Et je n’ai pas terminé. Je pourrais prendre ma retraite, j’ai 70 ans, mais j’adore ce que je fais et j’ai deux jeunes enfants âgés de 21 et de 17 ans d’un deuxième mariage. Ici, au Muséoparc Vanier, j’ai 20 ans, c’est-à-dire que j’ai l’impression d’avoir l’énergie créative de mes 20 ans.

— Pourquoi avez-vous accepté le poste de directeur général du Muséoparc ?

— Je trouve qu’il y a quelque chose d’unique au monde ici. Qu’un quartier se dote d’un musée et que les gens le nourrissent, c’est unique. Et le site est particulièrement incroyable. C’est à la fois un musée, un centre culturel et la seule érablière en milieu urbain au monde. On organise des colloques, des spectacles, des expositions, comme celle de votre collègue caricaturiste Bado, et, bien entendu, le Festival des sucres qui accueille annuellement plus de 8 000 visiteurs. Et le hasard a voulu que j’embauche des gens de très haute qualité qui sont très motivés. Je ne pense pas avoir déjà travaillé dans un contexte professionnel aussi valorisant, aussi tricoté serré qu’ici.

« J’aime faire des choses que je n’ai jamais faites, poursuit-il. Et je n’avais jamais dirigé un musée. Quand je suis arrivé, on avait un déficit de 110 000 $. Aujourd’hui, notre surplus se chiffre à approximativement 130 000 $. Notre équipe a pu renverser la vapeur. On compte cinq employés à temps plein et de 150 à 200 bénévoles. Avec ces gens, on peut faire toutes sortes de choses.

— Vous n’avez jamais eu le goût de retourner vivre à Montréal, là où se trouve votre famille ? Je pense surtout aux années 1970 et 1980 alors que le Québec était en pleine effervescence avec l’arrivée au pouvoir de René Lévesque (1976) et du mouvement souverainiste ?

— Non, pas vraiment. Toute ma famille est souverainiste. Ma sœur, Marie Malavoy, a été ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports dans le gouvernement de Pauline Marois (et présidente du Parti québécois de 2000 à 2005). Mais j’ai trouvé que Québec a raté la cible. Il aurait dû devenir une sorte de terre d’accueil pour tous les francophones du Canada. Mais au contraire, les Québécois se sont refermés. Ils ont changé depuis et ils ont récemment appuyé les Franco-Ontariens dans leur lutte contre les coupures imposées par le gouvernement Ford. Mais vous savez, je suis vraiment devenu Franco-Ontarien. Et je ne regrette pas mon parcours. Bien au contraire. »