<em>Le Droit</em> a appris que l’entreprise Multivesco a retiré son offre d’achat pour le 217, rue Montcalm, jeudi, en matinée.
<em>Le Droit</em> a appris que l’entreprise Multivesco a retiré son offre d’achat pour le 217, rue Montcalm, jeudi, en matinée.

Itinérants à Guertin: retour à la case départ après une journée rocambolesque

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
Coup de théâtre, rebondissement, surprise; les médias de l’Outaouais étaient pratiquement à court d’idées, jeudi, pour décrire le déroulement d’une journée rocambolesque marquée par une transaction avortée mettant en vedette deux des plus importants promoteurs immobiliers de Gatineau. Pour les itinérants qui se sont bien malgré eux retrouvés au centre de cet imbroglio, la succession d’événements qui a tenu en haleine bien des politiciens, des gens d’affaires et des fonctionnaires n’a pas changé grand-chose dans l’immédiat, sauf peut-être d’avoir pu conserver l’espoir d’être éventuellement relogés dans un refuge mieux adapté à leurs besoins que le centre de la patinoire de l’aréna Robert-Guertin.

Parce que cet espoir nourri par la proposition de Brigil d’utiliser son immeuble du 217, rue Montcalm comme centre d’hébergement d’urgence était pratiquement réduit à néant, jeudi, en début de journée. Dans les heures précédentes, l’homme d’affaires Gilles Desjardins avait avisé le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), impliqué depuis des jours dans une analyse du site, que son offre ne tenait plus. Ce dernier venait de recevoir une offre d’achat pour son immeuble de la part de la firme de Camille Villeneuve, Multivesco.

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La volte-face du grand patron de Brigil, rendue publique dans l’édition du Droit de jeudi matin et confirmée par le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, et par le cabinet du maire Maxime Pedneaud-Jobin, a provoqué une véritable onde de choc. «On aura plus de détails dans les prochaines heures sur la situation exacte, disait alors le ministre Lacombe. Je pense qu’on est en droit de s’attendre à des explications de la part de Gilles Desjardins.» 

Pas dans ma cour?

Les explications de l’homme d’affaires sont venues en milieu de matinée. M. Desjardins a entre autres évoqué le mécontentement de certains voisins sur Montcalm pour expliquer sa décision. La possibilité de reloger les itinérants au 217, rue Montcalm «présentait des défis d’acceptation sociale avec le voisinage», a-t-il affirmé. La directrice adjointe du Bureau régional d’action SIDA (BRAS), Annie Castonguay, a pour sa part émis l’hypothèse que le syndrome du «pas dans ma cour» pourrait avoir motivé l’homme d’affaires Camille Villeneuve à vouloir acheter l’immeuble de Brigil, pour ainsi éviter d’avoir un refuge d’itinérants à proximité de ses édifices à bureaux dans le secteur.

M. Desjardins affirmait aussi que le «refus» du CISSSO d’en venir à un accord de principe préliminaire sur des conditions de location de l’immeuble provoquait de l’incertitude. L’expérience vécue par un autre promoteur qui a vu le CISSSO se retirer à la dernière minute du même genre de processus pour le 55, rue Marengère l’a aussi poussé à «minimiser les risques» dans le dossier. 

En début de journée, jeudi, le CISSSO continuait d’affirmer publiquement que le 217, rue Montcalm ne représentait qu’une option parmi d’autres toujours en analyse. Cette position était cependant contradictoire avec celle du ministre Lacombe, qui avait affirmé au Droit, quelques heures plus tôt, que l’immeuble était celui qui répondait le mieux aux exigences de la santé publique. Le CISSSO a fini par rectifier le tir en confirmant publiquement que l’option proposée par Brigil était celle privilégiée au terme de l’analyse en cours.

Offre d’achat retirée

Puis, vers midi, tout a basculé une fois de plus. Le chef de la direction de Multivesco, François Juneau, a avisé Le Droit que l’entreprise retirait son offre d’achat pour le 217, rue Montcalm. Il a expliqué que l’importance que représentait cet immeuble pour le réseau de la santé avait été mal évaluée par Multivesco. «On se retire du processus, a-t-il affirmé. Nous avons eu des discussions avec Brigil au sujet du 217, rue Montcalm. Nous avions un intérêt pour cette propriété, toutefois, l’avancement des discussions au sujet de la vocation de l’édifice nous amène à nous retirer du processus.»

Dans les minutes qui ont suivi ce nouveau développement, Gilles Desjardins a confirmé le retrait de l’offre d’achat. «Pour nous, il est plus important d’aider la communauté que de faire une transaction commerciale, a-t-il indiqué en entrevue. Nous allons laisser la chance au CISSSO de faire ses devoirs et nous espérons pouvoir nous entendre avec l’organisation.»

M. Desjardins a raconté avoir eu une longue rencontre avec des représentants de Multivesco dans la matinée. «Ils m’ont contacté après le dîner pour me dire qu’ils retiraient leur offre, a-t-il ajouté. Si c’est une bonne option pour le CISSSO, tant mieux. Si ça ne fonctionne pas, l’édifice pourra être vendu à l’autre acquéreur.»

En milieu d’après-midi, le CISSSO a indiqué par voie de communiqué de presse que le 217, rue Montcalm revenait dans sa liste de sites potentiels pour héberger les itinérants dans le contexte de la pandémie. «Nous poursuivrons nos évaluations techniques au courant des prochains jours, a indiqué la porte-parole du CISSSO, Marie-Pier Després. Ces détails techniques concernent entre autres certains détails financiers et d’aménagement des espaces. Nous poursuivrons nos analyses techniques sur les autres options d’emplacement afin d’avoir une vue d’ensemble de toutes les possibilités.»

Rarement, un retour à la case départ aura soulagé autant de gens.