Itinérance: des acteurs du milieu réclament un virage

Dans le cadre de l’initiative nationale «The Coldest Night of the Year» (La nuit la plus froide de l’année), des marches contre l’itinérance et la misère étaient organisées dans 121 communautés canadiennes, samedi.

D’abord, en début d’après-midi à Ottawa, des dizaines de citoyens, universitaires, étudiants et membres du collectif SOS Vanier ont défilé dans les rues de la capitale, dans le but de dénoncer le manque d’efficacité des moyens encourus pour réduire, voire éradiquer l’itinérance à Ottawa.

Après trois années de mise en oeuvre du plan décennal de logement et de lutte contre l’itinérance, adopté en 2014 à Ottawa, force est de se rendre compte que les résultats sont mitigés. Pis encore, on observerait une détérioration des conditions de vie dans la capitale au sein de ce segment de la population. 

Ainsi, selon le chercheur Tim Aubry, de la chaire de recherche facultaire en santé mentale communautaire et itinérance de l’Université d’Ottawa, le nombre de personnes qui utilise les foyers d’hébergement d’urgence a augmenté à Ottawa de 6508 en 2014 à 7170 personnes en 2016. Le nombre d’itinérants chroniques n’a pas changé et la durée de séjour dans les foyers d’urgence continue d’être très élevée, soit 73 jours en moyenne par personne en 2016.

Un logement d’abord

Les manifestants interpelaient donc les trois niveaux de gouvernement pour qu’ils investissent dans des solutions à long terme et non plus dans de l’aide d’urgence qui ne règle pas les problèmes à la source, selon eux. Et surtout, les instigateurs de la marche insistent pour que l’approche «Logement d’abord» soit adoptée sur toute la ligne parce qu’elle aurait fait ses preuves.

Logement d’abord est une initiative qui a débuté à Los Angeles sous le nom de Beyond Shelter, mais son concept a été popularisé par le programme Pathways to Housing à New York, dans les années ‘90. Cette philosophie privilégie l’accès immédiat au logement permanent pour les personnes susceptibles de sombrer dans l’itinérance. Selon un communiqué des organisateurs de la marche de samedi à Ottawa, «près de 80% des personnes sans-abri qui ont bénéficié de l’initiative Logement d’abord conservent leur logement plus de 24 mois, contrairement au 30% de succès avec le système actuel».

La marche a débuté sur la Colline parlementaire à midi, samedi, et s’est ensuite déplacée vers le Marché Byward, berceau de plusieurs refuges d’urgence, avant de s’arrêter à l’hôtel de ville d’Ottawa où on a déposé une pétition réclamant la mise en oeuvre d’un plan s’inspirant directement de l’approche de Logement d’abord. La marche s’est terminée à l’Université d’Ottawa par des conférences et allocutions des professeurs Kevin Page, Tim Aubry et John Sylvestre de l’Université d’Ottawa, Lisa Medd de l’Association canadienne pour la santé mentale, et enfin Catharine Vandelinde et Terrie Meehan d’Options Bytown qui fournit des foyers permanents et des services de soutien aux personnes qui ont besoin d’aide pour vivre de façon autonome.

Vers un virage?

Comment corriger le tir alors que 40% du plan décennal d’Ottawa est déjà derrière nous?

«Ça prend un virage assez significatif», explique au Droit le professeur Tim Aubry. «Il va falloir restructurer l’allocation des fonds. Il va falloir aller dans une direction où on met plus de fonds dans les programmes de Logement d’abord

Le conseiller municipal Mathieu Fleury estime, lui, qu’«il faut être plus honnête, plus clair sur les objectifs, au niveau du logement, pour que quand y a des propositions qui s’alignent pas sur ces objectifs-là, qu’on les refuse parce que ce sont des investissements non stratégiques qui, à la fin, seront plus coûteux», dit-il, en faisant directement référence au dossier litigieux du déménagement de l’Armée du Salut dans Vanier.

D’autres marches

En fin d’après-midi, samedi, les organismes communautaires Jericho Road et Capital City Mission d’Ottawa offraient trois différents itinéraires de marche (2km, 5km, 10km) et attendaient 250 personnes, dans le cadre de l’initiative nationale «Coldest Night of the Year» qui se déroulait aussi dans d’autres villes du pays.

On comptait amasser, à Ottawa, par cette marche, quelque 80,000$. Dimanche matin, on avait atteint 69% de l’objectif, soit environ 63 000$.

À l’échelle du Canada, on a presque atteint l’objectif national de 4,5 millions de $ et 19 000 personnes ont marché, samedi, dans 121 lieux différents au pays.