Investissements de 58M$: 2 nouvelles écoles primaires à Gatineau

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Deux nouvelles écoles primaires seront érigées à Gatineau alors que Québec octroie une enveloppe de 120 millions $ à l'Outaouais pour des investissements dans les infrastructures scolaires. À terme, 47 classes supplémentaires verront le jour dans la région.

Le Centre de services scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO) hérite d'un montant de 29,7 millions $ pour la construction d'une nouvelle école primaire de 24 classes dans le quartier du Plateau, non loin de l'école de l'Amérique-Française, qui déborde puisqu'elle accueille 850 élèves et qu'une douzaine de modulaires ont dû y être aménagés cet été. L'école 038 n'accueillera cependant pas ses premiers élèves avant 2023, voire 2024, estime l'organisation. 

«Nous sommes très contents, je pense que la population était aussi en attente de nouvelles écoles dans ce secteur compte tenu de la croissance fulgurante de la clientèle, qui est éparpillée un peu partout. À terme, on va pouvoir revoir l'ensemble de nos bassins des écoles du secteur pour un meilleur équilibre et gérer moins de surplus. L'objectif, c'est de ne plus avoir de modulaires et d'avoir de vraies écoles», lance la directrice générale, Nadine Peterson.

Cette dernière souligne toutefois que «cette bonne nouvelle vient avec un défi», faisant référence au fait qu'un terrain doit désormais être ciblé et que des pourparlers embryonnaires ont débuté avec la Ville de Gatineau pour analyser les possibilités.

Quant au Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD), il se voit accorder la somme de 28,4 millions $ et obtient le feu vert pour ériger une école primaire de 23 classes dans le quartier de Bellevue-Nord, sur un terrain que le promoteur immobilier CDM Construction offre de céder gratuitement au sud du chemin de Chambord, où il prévoit développer un quartier de plus de 1000 portes. Ce nouvel établissement était réclamé depuis quelques années déjà, le CSSD s'étant buté à un refus du ministère deux années consécutives.

Jusqu'à l'an dernier, les centaines d'écoliers qui habitent dans ce quartier situé au nord de l'autoroute 50 étaient contraints de fréquenter pas moins de cinq écoles primaires différentes. Dès la rentrée dans dix jours, ils seront toutefois réunis à l'édifice Brébeuf, sept kilomètres plus au sud, jusqu'à ce que leur nouvelle école ouvre ses portes dans deux ans. 

Une pétition de 1100 noms, parrainée par le député Robert Bussière, avait été déposée à l'Assemblée nationale.

«Je me réjouis vraiment de cette nouvelle, ça va permettre de développer une vie de quartier, autant à l'école qu'après les heures de classe. Déjà, en étant rassemblés au même endroit au cours des deux prochaines années, ces élèves-là apprendront à se connaître et ça va développer un sentiment d'appartenance», de dire la directrice générale Manon Dufour, qui a salué au passage les anciens commissaires Claude Beaulieu et Micheline Marcotte-Boucher pour leur travail dans ce dossier.

Reconnaissant d'emblée que l'échéancier de 2022 est «serré mais réaliste», celle-ci ajoute que la prochaine étape sera l'appel d'offres pour les professionnels dont les architectes dans les semaines à venir. Des tests de sol suivront à l'automne et l'appel d'offres pour la construction viendra à la fin de l'hiver au printemps, pour que les pelles mécaniques s'activent dès l'été 2021. En temps normal, la construction d'une école primaire s'échelonne sur 12 ou 13 mois. 

Conseiller municipal du district de Bellevue, Pierre Lanthier applaudit lui aussi ce dénouement.

«C'est plus qu'une excellente nouvelle. Dans mon cas, ça part d'un engagement en campagne électorale, j'ai dit aux gens dès mon porte-à-porte que j'étais derrière ce projet-là à 100%. C'était un besoin pour pallier à une problématique, car les écoliers étaient transportés dans plusieurs écoles différentes. Tout le monde a mis la main à la pâte», lance l'élu, soulignant au passage la collaboration de l'Association de quartier de Bellevue-Nord.

Il indique que les procédures suivent leur cours et que des rencontres entre le promoteur Claude Montreuil et la Ville ont déjà eu lieu. Un changement de zonage est nécessaire puisque la portion au sud de Chambord fait partie de l’une des cinq aires d’aménagement différé à Gatineau. Il s’agit de zones «réservées pour développement futur et ne peuvent pas faire l’objet de développement sans modification au schéma d’aménagement».

La nouvelle école primaire du CSSD sera située au sud du chemin de Chambord (en bas de la photo). 

En obtenant cette autorisation, il y aura effet domino au CSSD, puisque l'édifice Brébeuf pourra alors accueillir dès 2022 la première école publique alternative sur le territoire gatinois, un projet qui avait été révélé par Le Droit l'an dernier.

La porte-parole de Projet alternatif Gatineau, Véronique Martin, parle «d'un sentiment d'accomplissement incroyable»

«On récolte le fruit de nos efforts, après quatre ans de travail auprès de la communauté et sept ans de notre vie. C'est le summum. On parle d'un projet éducatif novateur pour la région, ça représente un levier socio-économique incroyable. [...] Les prochaines étapes seront de préparer un guide pédagogique de l'enseignement et de recruter des familles ainsi que des enseignants. On a deux ans de travail de devant nous», note-t-elle.

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Le gouvernement accorde également aux CSS de la région une somme de 62 millions $, cette fois pour les nombreux projets de rénovation dans diverses écoles. On ne saura que plus tard à l'automne quels établissements ont été sélectionnés pour des travaux.

«Comme toutes les régions du Québec, l’Outaouais mérite de belles écoles, modernes, stimulantes et sécuritaires. Notre gouvernement démontre une nouvelle fois l’importance qu’il accorde à l’éducation et je ne pourrais être plus heureux pour les familles et les enfants de notre belle région. Ils auront la chance de relever les défis auxquels ils sont confrontés dans des environnements propices au développement et à la réussite. C’est une excellente nouvelle!», a réagi le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe.

Le gouvernement rappelle que les nouvelles écoles qui seront érigées partout en province, y compris à Gatineau, devront désormais respecter le nouveau code architectural dévoilé l'hiver dernier. En plus de mettre en valeur les accents de bleu et les matériaux du Québec, principalement le bois et l’aluminium, les édifices auront de plus grands espaces communs et davantage de fenestration. 

Le ministre responsable de l'Outaouais, Mathieu Lacombe

Le CSSPO devra donc patienter avant d'ériger une nouvelle école primaire à Chelsea, une autre demande qu'il avait formulée à Québec. Idem pour le CSSD et l'agrandissement du centre de formation professionnelle Compétences Outaouais, qui reste sur la table à dessin.

En ce qui concerne l'école 039 à Chelsea, Mme Peterson indique ne pas être surprise de la décision du ministère car la demande est récente et qu'il reste encore à chiffrer avec plus de précision la prévision de la clientèle. Trois projets domiciliaires ont vu le jour près de l'autoroute 5, mais il faudra voir combien de familles avec enfants s'y établiront et quelle proportion de gens se tourneront vers l'école anglophone, dit-elle.

«Le dossier sera encore plus étoffé la prochaine fois», lance-t-elle.

Quant au Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées (CSSCV), qui avait soumis des demandes d'agrandissement pour les écoles du Sacré-Coeur (Gatineau), Saint-Coeur-de-Marie (Ripon), Saint-Michel (Montebello) et Saint-Pie-X (Papineauville), il n'a pas obtenu de part du gâteau cette année.

Le directeur général Daniel Bellemare ne cache pas sa déception mais admet que ce n'est que partie remise.

«Certainement que les parents de ces milieux-là vont être déçus aussi. On est à l'étroit, on transfère des élèves d'une école à une autre. Les demandes sont légitimes. Dans le secteur Masson-Angers (école du Sacré-Coeur), où on demandait 10 classes de plus, ça déborde et on a dû déplacer un groupe de maternelle au complet. C'est saturé, ce n'est pas l'idéal», confie-t-il.

À l'échelle québécoise

Le gouvernement du Québec devance un milliard $ dans le Plan québécois des infrastructures pour rénover des écoles durant cette année scolaire et ainsi contribuer également à la relance économique de la province.

Les fonds, qui s’ajoutent aux 600 millions $ annoncés l’an dernier, devraient permettre de réaliser des milliers de projets, selon le ministère de l’Éducation.
Québec a également autorisé la reconstruction de 15 écoles dont les bâtiments sont «dans un état de décrépitude tellement avancé qu’il s’avère plus rapide, moins dispendieux et plus sécuritaire de les détruire complètement pour ensuite les reconstruire». Le coût de ces projets est estimé à 300 millions $.

Au total, les investissements pourraient permettre d’ajouter jusqu’à 31 000 places pour nos élèves au préscolaire, au primaire et au secondaire.

Avec La Presse canadienne