Radio-Canada n’a pas l’intention de tolérer l’intimidation dont a été victime son journaliste Daniel Thibeault, jeudi, à Ottawa.
Radio-Canada n’a pas l’intention de tolérer l’intimidation dont a été victime son journaliste Daniel Thibeault, jeudi, à Ottawa.

Intimidation d’un journaliste: le suspect libéré sans accusation

Louis-Denis Ebacher
Louis-Denis Ebacher
Le Droit
Radio-Canada dénonce l’intimidation dont a été victime son journaliste Daniel Thibeault, jeudi, à Ottawa. La société d’État désposera une plainte contre un individu qui voulait procéder à l’«arrestation citoyenne» du journaliste devant la station de la rue Sparks, au centre-ville. La police n’avait toutefois déposé aucune accusation, 24 heures après les faits.

La scène a d’abord été publiée sur les médias sociaux par des conspirationnistes d’extrême droite. Visiblement, ceux-ci avaient obtenu de bien mauvaises sources d’informations, car ils croyaient avoir affaire au député bloquiste Mario Beaulieu.

Brian Kidder, cet homme qui a tenté de procéder à l’«arrestation citoyenne» du journaliste, n’a cessé de lui bloquer le chemin.

Gardant son calme, le correspondant parlementaire à Ottawa et animateur des Coulisses du pouvoir a poursuivi son chemin vers la station de Radio-Canada.

Le même homme s’est rapidement placé devant la porte de la station pour empêcher le journaliste d’y entrer.

C’est à ce moment, sur la vidéo, que M. Thibeault dit appeler le 9-1-1. Le Service de protection parlementaire (SPP), la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Service de police d’Ottawa (SPO) sont intervenus.

Aucune accusation

«Suite à cette arrestation, a dit l’agente Gagnon, le SPP a communiqué avec la police d’Ottawa et transféré sa garde à nos agents. L’homme a ensuite été relâché sans accusation par la police d’Ottawa.»

Le directeur des relations publiques de Radio-Canada, Marc Pichette, a brièvement commenté l’affaire. Il a réitéré vendredi la volonté de Radio-Canada de déposer une plainte auprès des autorités.

«La direction de Radio-Canada déplore l’incident au cours duquel un individu s’en est pris à notre correspondant parlementaire à Ottawa et animateur des Coulisses du pouvoir, Daniel Thibeault. Radio-Canada considère que cette forme d’intimidation qui vise tout citoyen n’a pas sa place dans une société démocratique. Une plainte sera déposée à la police en lien avec cette affaire.»

Le journaliste et animateur Daniel Thibeault, à gauche, ainsi que l'individu en question, Brian Kidder, devant l'édifice de Radio-Canada/CBC à Ottawa.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) a aussi dénoncé ces gestes.

«Je comprends que cet individu ne visait pas le journaliste, mais un membre de la Chambre des communes. Cela reste inacceptable», a réagi le président de l’organisme, Michaël Nguyen.

Brian Kidder est connu des services policiers de la capitale fédérale. Le 23 juillet dernier, il s’est présenté à Rideau Hall en espérant procéder au même type «d’arrestation citoyenne» sur le premier ministre Justin Trudeau. Il avait été arrêté et relâché.

Ce type «d’arrestation citoyenne» est encouragé par certains adeptes de pseudo-théories conspirationnistes.

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UN COMPLOTISTE TENTE D'INTIMIDER JAGMEET SINGH

MONTRÉAL — L’individu qui a tenté de procéder à «l’arrestation citoyenne» du journaliste de Radio-Canada Daniel Thibeault jeudi apparaît également dans une vidéo où il intimide le chef néo-démocrate Jagmeet Singh et une autre où il tente de rencontrer Justin Trudeau.

La vidéo a été mise en ligne vendredi après-midi sur la page Facebook du groupe The Canadian Revolution, qui s’oppose aux mesures sanitaires et qui demande que «tous les politiciens démissionnent».

On aperçoit Brian Kidder, figure emblématique du groupe complotiste, s’approcher de Jagmeet Singh dans une rue d’Ottawa, près du Parlement. Le leader du Nouveau Parti démocratique déambule sans escorte, une mallette à la main.

Brian Kidder suit le politicien et lui parle pendant deux minutes, à un mètre de distance. Un homme et une femme accompagnent Brian Kidder et filment son intervention.

Le titre de la vidéo est: «Brian Kidder donne une chance de plus à Jagmeet Singh. C’est la deuxième fois qu’il discute de son cas avec lui.»

Une partie importante de la vidéo est inaudible, mais à un certain moment, on entend Brian Kidder demander au leader du NPD: «Les travailleurs ne veulent rien dire pour toi?» L’individu semble faire référence à l’Accord Canada—États-Unis—Mexique.

Vers la fin de l’enregistrement, Brian Kidder demande à ses deux comparses: «Est-ce que je devrais le relâcher?», avant d’ajouter: «On se reverra pour une autre danse.»

La vidéo se termine lorsque Jagmeet Singh, imperturbable, arrive à l’entrée du Parlement.

Juste avant la fin de l’enregistrement, l’homme qui filme la scène fait part de sa déception à Brian Kidder, pour ne pas avoir procédé à l’arrestation du chef néo-démocrate.

Le directeur des communications du NPD a déclaré que le parti avait contacté le Service de protection parlementaire concernant cet incident, mais «au-delà de ça, nous n’avons rien à ajouter».

George Soule a confirmé que l’incident s’était produit vendredi.

Avec La Presse canadienne