Simon Boudreau, directeur général de 3R Québec, ne peut comprendre la décision de Metro qui, selon lui, va à l’encontre de sa lutte contre le gaspillage alimentaire.

Insuffisance alimentaire: Metro pointé du doigt

Des centaines de familles de l’Outaouais qui vivent de l’insécurité alimentaire se retrouvent laissées pour compte depuis quelques jours, selon l’organisme gatinois 3R Québec. La fin d’un partenariat avec l’épicier Metro serait en cause.

L’organisme à but non lucratif spécialisé en environnement digère très mal le choix de tirer un trait sur une entente qui permettait depuis trois ans de redistribuer les invendus de sept magasins de la bannière en Outaouais.

Le directeur général Simon Boudreau qualifie d’illogique et incompréhensible cette décision administrative prise au siège social à Montréal et qui « va à l’encontre de sa lutte contre le gaspillage alimentaire et l’environnement ». Sur une base quotidienne, à l’aide d’un camion réfrigéré, 3R offrait à ces magasins un service de collecte, de tri et de distribution des invendus. Plusieurs organismes partenaires dont le Gîte-Ami, le Dépanneur Sylvestre, le Dépannage Saint-Jean-Marie-Vianney, la Société Saint-Vincent-de-Paul et Logement de l’Outaouais en bénéficient.

Depuis le 1er novembre, il ne reste que quatre épiciers d’autres bannières, dont Provigo, qui participent au projet de distribution alimentaire de 3R Québec.

Face à cette situation, l’organisation dit n’avoir eu d’autre choix que de suspendre jusqu’à nouvel ordre son service d’approvisionnement aux organismes et s’inquiète de voir 750 familles se retrouver « entre deux chaises », car leur situation financière ne cadre pas avec les critères exigés par Moisson Outaouais, avec qui les supermarchés Metro collaboreront dorénavant. Un « trou de services » que 3R espère pouvoir colmater dès que possible.

« On va essayer tant bien que mal de maintenir le service aux participants, car ça leur appartient, mais il va définitivement y avoir un impact financier. [...] C’était une entente gagnant-gagnant et là on y met fin on ne sait trop pourquoi. Il n’y a pas d’explication tangible pour expliquer tout ça, mis à part qu’on sait qu’il y a un peu le principe du monopole des banques alimentaires. Il n’y a pas eu de concertation. Depuis quand cette décision était prise ? C’est frustrant, car au-delà de l’organisme en tant que tel, ce sont encore une fois des familles qui sont prises en otage. [...] Metro a l’air de faire abstraction de tout ça », affirme M. Boudreau.

Il spécifie qu’avec 11 épiceries, pas moins de trois tonnes d’invendus alimentaires pouvaient être récupérées par jour, estimant que 80 % de ce qui devait être jeté ou composté était encore propre à la consommation.

« C’est énormément de bouffe qui est encore bonne, alors on s’était senti interpellé pour créer un programme à l’époque. C’était une offre complémentaire. [...] Non seulement on leur fait économiser de l’argent (aux épiciers), on leur offre une solution de gestion clé en main. Les marchands étaient très fiers de participer, ils sentaient qu’ils redonnaient à la communauté et qu’ils n’avaient pas à se soucier de transiger avec plusieurs organismes, car on s’en occupait. On se donne cette vocation-là », de dire le directeur général de 3R Québec.

Ce dernier tient à préciser qu’il ne blâme pas les épiciers locaux, mais plutôt la direction de l’entreprise.

« Quand je leur en parle, ils sont pris à la gorge, ils sont un peu outrés, mais ils n’ont pas le choix d’emboîter le pas. On parle d’une réduction de services pour eux, c’est en quelque sorte un pas en arrière », lance-t-il.

L’entreprise réplique

Metro n’a pas tardé à réagir, 3R ayant lancé un cri du cœur sur Facebook mercredi soir.

« Les sept magasins concernés seront repris par Moisson Outaouais, dans le cadre du Programme de récupération en supermarchés (auquel toutes les grandes bannières de l’industrie collaborent), géré par le réseau des Banques alimentaires du Québec. Le projet est né à Montréal et a fait des petits. L’idée était de le déployer ensuite dans toutes les régions. C’est un projet qui nous tient à cœur. Notre objectif premier est de redonner la nourriture aux gens dans le besoin, c’est une priorité absolue, même si des pertes il va toujours y en avoir malgré tout ce qu’on fait pour les réduire », affirme la porte-parole de l’entreprise, Geneviève Grégoire.

L’épicier se dit confiant que le nouveau processus va à terme satisfaire toutes les parties, y compris les gens dans le besoin.

Interrogée au sujet du partenariat avec 3R, elle s’est contentée de dire qu’il s’agissait d’un projet pilote « qui s’est déployé de façon indépendante de (la) volonté de Metro », affirmant que le tout avait « une autre tournure ».

De son côté, Moisson Outaouais dit s’engager à ce qu'au final, tout le monde ait droit à une aide alimentaire à la suite de la transition entre les deux organismes.

« Le plus important, c’est que si des gens tombent dans l’insécurité alimentaire, ma responsabilité est d’en prendre soin. On s’engage à les accueillir et les prendre en charge s’ils nous appellent. On l’a vécu avec des situations de crise comme les inondations et la tornade, alors on a prévenu nos organismes qu’il y aurait plus de flexibilité », note le directeur général, Armand Kayolo.