Michel Lajoie devra faire démolir sa maison construite en 1992.

Une maison à démolir une deuxième fois

Maskinongé — «On n’est pas chanceux.»

Le mauvais sort s’acharne sur Élisabeth Pelletier et son conjoint Michel Lajoie. Vingt-huit ans après avoir vu leur maison respective être détruite par la tornade de Maskinongé, voilà qu’ils se préparent à quitter leur domicile qui devra être démoli dans les prochains mois en raison de l’instabilité du sol.

L’actuelle maison de M. Lajoie a été construite en 1992 à l’endroit où celle de ses parents a été lourdement endommagée en août 1991. Il s’apprêtait d’ailleurs à y emménager lorsque la tornade a arraché le grenier de la maison située en bordure de la rivière Maskinongé, en plein cœur du village et en zone de glissements de terrain.

M. Lajoie pensait bien avoir la paix concernant son lieu d’habitation. Tout s’est bien passé pendant des années jusqu’à ce qu’il découvre une fissure dans le solage au printemps de 2018.

«Ma main entrait dans la craque! J’ai fait venir la Sécurité civile. Ils ont pris des échantillons et les résultats disent que c’est un terrain instable», mentionne M. Lajoie.

Trois options s’offraient au couple. Déplacer la maison, renforcer le terrain avec de l’empierrement ou la faire démolir et prendre la compensation financière du gouvernement. La première option est hors de prix, contrairement à la deuxième, mais celle-ci a été refusée par le gouvernement, précise Mme Pelletier.

«C’est à cause de normes du gouvernement. L’Environnement ne voulait pas que le bord de la rivière soit touché.»

Voici la maison de la famille Lajoie dont le grenier a été arraché par la tornade d’août 1991.

La seule solution est donc la démolition. C’est ce qui arrivera au cours du prochain hiver. Mais la décision est quand même difficile à prendre pour le couple.

«L’été, notre dehors est notre paradis. On entend le bruit de la rivière. On mange dehors. On joue aux cartes dehors. C’est pas drôle, déménager. Si j’avais 40 ans, ce serait pas pareil», déclare le septuagénaire.

Le fait que le terrain soit jugé instable par le gouvernement force le couple à dormir ailleurs que dans sa maison.

C’est ce qu’il fait chaque soir grâce à la générosité d’un membre de la famille, mais Mme Pelletier et M. Lajoie peuvent profiter encore un peu de leur maison durant le jour.

Selon la Municipalité de Maskinongé, le terrain de Michel Lajoie est le seul qui est jugé dangereux par les autorités gouvernementales. Des échantillons de sol ont toutefois été prélevés dans des terrains voisins.

Souvenirs de 1991

Cette situation n’est pas sans rappeler ce que le couple a vécu en 1991. La maison de Mme Pelletier avait subi des dommages majeurs. Les deux avaient été blessés durant la tornade. Ensuite, M. Lajoie a fait rebâtir une maison sur le terrain familial. Mme Pelletier vendait la sienne.

Vingt-huit ans plus tard, l’histoire se répète: il faut trouver un nouveau chez-soi et le processus est déjà en cours.

«On va déménager et on va choisir une maison qui n’est pas près de l’eau. On va souhaiter qu’il n’y aura plus de tornade et on ne va pas s’installer près de la voie ferrée, car on est sûr que le train va dérailler!, s’exclame Mme Pelletier. Il faut en rire un peu. Le changement va peut-être faire du bien. On va partir une nouvelle vie encore une fois. Mais on commence à être essoufflé.»

Michel Lajoie a pris une entente avec la Municipalité de Maskinongé qui va récupérer le terrain pour un dollar à la suite de la démolition.