Une dinde noire déambulait sur la rue Metcalfe en pleine heure de pointe le 3 avril 2018.

Les animaux de l’année

Qu’ils aient deux, quatre ou même pas de pattes, les petites et grandes bêtes sont capables de défrayer la manchette et d’ajouter une petite touche de légèreté (et d’humilité) à nos contenus.

La dinde, cet emblème régional

Un journaliste peut « bûcher » deux semaines à fouiller un important dossier, hyper sérieux, et obtenir un certain succès auprès du lectorat. Paradoxalement, on peut écrire trois lignes sur la présence d’une dinde au centre-ville d’Ottawa et obtenir un succès instantané, d’un océan à l’autre. C’est ce qui s’est produit le 3 avril. Une dinde noire – pour ne pas dire « noère » – s’est échappée de son habitat naturel pour déambuler sur la rue Metcalfe, en pleine heure de pointe matinale. La dinde a été aperçue tantôt sur un autobus d’Oc Transpo, tantôt au beau milieu de la rue. Notre chroniqueur Denis Gratton a affirmé pour sa part que cette dinde avait quitté son habitat, car elle manquait d’amour. « Je vais vous le dire ce qu’elles cherchent, a écrit Gratton, quelques semaines plus tard. Elles cherchent l’amour. Elles cherchent à... le mot est trop gros et trop cru pour publication. Mais pensez à ce qu’on fait à une dinde à Noël et à l’Action de grâce. C’est ce que ces dindes sauvages devenues urbaines recherchent. Sans farce. » 

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Un œuf dans l’engrenage

Dans cette image, tentez de trouver le petit responsable qui a forcé l'interruption de la construction de la scène du Bluesfest, le pluvier kildir.

Chaque année, le Bluefest mobilise 3000 bénévoles et attire à grands frais 300 000 festivaliers aux spectacles d’artistes de calibre international. Or, si huilé soit l’engrenage de la machine Bluesfest, un grain de sable a suffi pour complètement le paralyser cet été. Deux semaines avant le coup d’envoi, on a découvert un nid de pluvier kildir, une espèce protégée en vertu de la loi canadienne sur les oiseaux migrateurs, là où devait être érigée la scène principale. Tout travail de construction étant interdit sur un lieu de ponte, l’organisation a été contrainte d’interrompre les préparatifs sans savoir quand ceux-ci reprendraient : la durée de couvaison des œufs, de 24 à 28 jours, dépassait celle du festival. Avec la bénédiction du gouvernement canadien et le savoir-faire d’une équipe d’experts, les quatre œufs ont été déménagés une vingtaine de mètres plus loin. Le Bluesfest a pu rattraper le retard accumulé, mais son directeur Mike Monahan a parlé de l’épisode comme de « l’une des situations les plus problématiques à laquelle nous ayons été confrontés ». » 

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À la recherche de Murphy

Murphy se serait glissé hors de sa résidence, sur la rue Lanark, à Ottawa.

Westboro, à Ottawa, a été sur le qui-vive pendant quelques jours, au mois d’août, lorsqu’un imposant boa constrictor de cinq pieds a échappé à la garde de son propriétaire. Porté disparu dans le quartier Kitchissippi, Murphy se serait glissé hors de sa résidence, sur la rue Lanark. L’affaire a attiré la planète Web, et le propriétaire a effacé son message initial puisqu’il était « harcelé sur les médias sociaux et par téléphone ». Cette affaire nous permet de souligner les dix ans de la disparition – et de la mort – de Wendell le wallaby, une sorte de kangourou miniature qui s’était échappé de la Ferme Saunders, en novembre 2008. Mésadapté aux forêts canadiennes, la petite bête sans défense avait été retrouvée sans vie dans un boisé du sud-ouest d’Ottawa, le 13 novembre 2008. Au nom des bénévoles - et des journalistes - qui avait tenté de te retrouver à l’époque ; repose en paix. Wendell, nous ne t’oublierons jamais. 

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Des ours, partout

En 2018, des dizaines d'ours ont été aperçus à Gatineau et Ottawa, dont même un dans le marché By.

Même la presse française s’en est léché les pattes. Nos ours noirs ont fait parler d’eux, cet automne. Ils sont sortis par dizaines dans la capitale fédérale, et chez les voisins de l’Outaouais. Notre salle de nouvelles ne s’en formalise habituellement pas. Il est très normal que les ours à la recherche de nourriture investissent les parties urbaines limitrophes au parc de la Gatineau, ou d’autres boisés en périphérie. Mais cette fois-ci, il y en avait tellement qu’on aurait cru à une tentative d’invasion d’ursidés réclamant leurs terres ancestrales. L’un d’eux s’est même aventuré au marché By. Des deux côtés de la rivière, on pouvait en apercevoir jusqu’à trois par jour, dans les secteurs plus habités de l’Outaouais et de l’Est ontarien. Les journalistes ont enfin pu écrire le mot « plantigrade » pendant cette période.