Le 12 février, Mugsy subira une troisième opération visant à réparer les dommages causés par un acide.

Défiguré par un acide, un chiot subira des opérations

VANCOUVER — Par un après-midi de janvier glacial, Mugsy traverse la pelouse verte telle une flèche blanchâtre.

Sa maîtresse, Sam Taylor, une résidante de Burnaby, en Colombie-Britannique, lance un jouet rembourré que le chiot âgé de sept mois pourchasse en remuant la queue, comme le ferait n’importe quel chien.

Mais Mugsy ne ressemble à aucun autre chien.

«Elle ressemble à Voldemort, mais elle a le coeur d’Harry Potter et de ses amis», signale Mme Taylor tout en flattant l’animal.

Le 12 février, Mugsy subira une troisième opération visant à réparer les dommages causés par un acide.

Cette opération, qui aura lieu à Vancouver, créera des ouvertures dans les narines et utilisera le bout de son oreille pour remplacer l’os et la peau fondus sur le dessus de son nez, raconte Mme Taylor.

Le chien sera temporairement aveugle car l’oreille sera repliée sur son visage et attachée sur le museau. Un apport de sang circulera de l’oreille au nez,dit-elle. L’oreille agira comme une greffe.

L’intervention chirurgicale suivante consistera à placer une endoprothèse vasculaire à la place des narines et à déplier l’oreille.

Le coût des deux chirurgies pourrait s’élever jusqu’à 7000 $.

«Ce n’est pas garanti, mais [le médecin] semblait optimiste, mentionne Mme Taylor. Je suis inquiète au sujet de l’opération. J’espère qu’elle s’en remettra.»

Mugsy est née en Iran. Elle n’était âgée que de 40 jours lorsqu’un fourbe individu lui a jeté un nettoyant acide sur le visage pendant qu’elle jouait à l’extérieur. Une grande partie du visage du chiot a fondu, y compris sa lèvre, son oeil droit et son oreille droite. Sa famille iranienne, même si elle l’aimait beaucoup, ne pouvait payer pour le traitement dont l’animal avait besoin. Elle a alors décidé de faire euthanasier la bête.

Mais, chez le vétérinaire, une bénévole d’une société de protection des animaux est intervenue. Elle a offert de payer l’opération visant à retirer l’oeil qui causait le plus de douleur à la chienne.

Préoccupée par une infection dans la cavité nasale de l’animal, la bénévole croyait que sa meilleure chance de survie était l’adoption par une famille nord-américaine qui aurait les moyens de payer les soins, témoigne Mme Taylor.

L’automne dernier, Mme Taylor, qui travaille comme assistante de laboratoire dans un hôpital du centre-ville de Vancouver, consultait le site internet de Loved At Last Dog Rescue, une organisation à but non-lucratif qui trouve des foyers pour des chiens sans foyer.

Elle voulait verser un don en ligne lorsqu’elle a aperçu une image floue sous la rubrique: «blessures atroces».

«Je pensais que cela ne pouvait pas être si grave.»

Elle a cliqué sur l’image.

«C’était atroce. J’ai l’histoire de la chienne et je me suis dit que je voulais vraiment l’aider.»

Mme Taylor a réfléchi pendant environ une heure avant de demander à sa colocataire si elle acceptait d’avoir un chien à la maison.

«Je lui ai montré une photo et elle a dit: ‘oh! c’est d’accord’»

Après une attente de deux mois, une famille en visite à Vancouver a amené Mugsy avec elle. Ce n’était pas la première fois que celle-ci escortait des chiens pour l’organisation.

À son arrivée, Mugsy a eu très peur, se souvient Mme Taylor. Elle a aboyé, puis hurlé. Elle a attendu au moins une heure avant de sortir de sa niche de voyage. Elle avait un faible appétit.

«Mais maintenant, elle est très gâtée, ajoute-t-elle. Elle mange de la courge, du riz brun et des patates douces. On l’aime beaucoup.»

Mugsy s’appelait Hapoochi en Iran, ce qui signifiait un «petit chiot», mais Mme Taylor ne parvenait pas à prononcer le nom correctement, alors sa compagne de chambre a proposé de la nommer Mugsy.

«Elle avait l’allure pour ça», rigole-t-elle.

Quand les gens lui ont demandé pourquoi elle avait adopté un chien d’un autre pays alors qu’il y avait beaucoup de bêtes au Canada qui avaient besoin d’aide, Mme Taylor a répondu que Mugsy était Iranienne «par accident.»

«Les animaux n’ont pas de frontière. Ils n’ont pas de nationalité, soutient-elle. «Je peux comprendre si les gens pensent que c’est un peu démodé de dire cela.»