Des chiens xoloitzcuintles sur les pelouses du Museo Dolores Olmedo, à Mexico
Des chiens xoloitzcuintles sur les pelouses du Museo Dolores Olmedo, à Mexico

Chiens aztèques nus cherchent hipsters de tous poils

Natalia Cano
AFP
MEXICO - Totalement dépourvu de poils, avec de grandes oreilles flottant au vent, le regard humide d’un vieux sage et un nom imprononçable: au Mexique, les chiens xoloitzcuintles (Cho-lo-its-quouint-less) sont la coqueluche des hipsters chevelus et barbus.

Noirs, la peau lisse, ils sont de plus en plus visibles dans le pays et notamment à Mexico, dans un musée, où ils côtoient des peintures de Frida Kahlo et Diego Rivera.

En tout, treize de ces chiens insolites et typiquement mexicains ont le privilège de gambader sur les pelouses du Museo Dolores Olmedo, où une statue en leur honneur a été érigée et un gardien embauché pour prendre soin d’eux.

Le choix de ce chien pour la famille des deux artistes s’est tout naturellement imposé à eux, pétris qu’ils étaient de leur héritage mexicain.

Les «xolos», leur nom abrégé, apparaissent dans leurs peintures, certaines exposées au musée où court leur descendance.

Leur origine dans la région remonte à 7.000 ans et ils ont été domestiqués pour la première fois il y a environ 5.500 ans.

Pour les nommer, les Aztèques se sont inspirés du dieu de la mort, Xolotl, auquel ils ont apposé «itzcuintli», chien.

Ils avaient pour coutume de s’enterrer avec leurs xolos afin qu’ils les guident jusqu’à «Mictlan», le monde souterrain post-mortem.

L’arrivée des conquistadors espagnols en 1519 et le renversement des Aztèques, a failli les faire disparaître. Très catholiques, ils les assimilaient à des croyances païennes et les mangeaient.

Le xolo a survécu en grande partie grâce aux montagnes du sud du Mexique, où les Espagnols ont fait peu d’incursions. À l’état sauvage, ils ont été domestiqués par des indigènes.

«Ces agriculteurs ont conservé le xolo. Ils les ont élevés et les ont adoptés comme animaux de compagnie», explique à l’AFP Maria Olvido Moreno, historienne.

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Treize chiens xoloitzcuintles ont le privilège de gambader sur les pelouses du Museo Dolores Olmedo, à Mexico, où une statue en leur honneur a été érigée et un gardien embauché pour prendre soin d’eux.

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Retour en grâce

Cinq siècles plus tard, les xolos reviennent en grâce, adulés cette fois par les hipsters à la barbe impeccablement taillée.

Tenus en laisse par leurs maîtres à l’élégance recherchée, les chiens se pavanent à l’ombre des eucalyptus du centre de Mexico et dans les quartiers les plus branchés de la capitale.

«Le xoloitzcuintle n’a pas seulement servi d’inspiration et de modèle aux artistes mexicains, il a aussi rejoint la liste des icônes de l’identité mexicaine, un peu comme les squelettes qui défilent pour le Jour des Morts, Frida ou le Calendrier aztèque», ajoute Mme Moreno.

L’absence de pelage qui caractérise les xolos s’explique par une mutation génétique qui les empêche de décoder l’ADN de la fourrure, selon les experts.

Ils sont également connus pour leurs prémolaires manquantes qui forment une ouverture par laquelle s’échappe une grande langue rose.

La température de leur corps est particulièrement élevée au point que dans les temps anciens, les personnes souffrant de rhumatismes ou d’asthme se pressaient contre eux pour se soigner.

«Symbolique»

Leur grand retour remonte au XXe siècle, avec la Révolution mexicaine de 1910 qui évince le dictateur Porfirio Diaz.

La nouvelle élite intellectuelle mexicaine, dont Kahlo et Rivera font partie, se réapproprie des symboles de l’identité indigène, notamment le xolo.

«Pour nous, ces chiens sont des oeuvres d’art vivantes, tout comme les peintures de Rivera et Kahlo», confie Josefina Garcia, conservatrice du musée.

Et au XXIe siècle, les xolos sont pleinement dans l’air du temps et plaisent aux 30-40 ans soucieux d’embrasser leur héritage mexicain.

Catapulté «icône officielle de Mexico» en 2016, Ruben Albarran, leader du groupe de rock Cafe Tacvba en a fait son chien favori. «Ils ont ce lien avec la culture mexicaine que j’aime», confie Albarran à l’AFP.

Un xolo figure aussi en bonne place dans le film produit par Disney-Pixar «Coco» en 2017, Oscar du meilleur film d’animation.

«Les xolos sont un bon choix pour les personnes qui s’intéressent à l’identité mexicaine. Et un chien sans poil est un excellent animal de compagnie pour les déplacements rapides à Mexico. Ils peuvent vivre dans un appartement et sont faciles à entretenir», estime Raul Valadez, expert en paléo-zoologie.

Le fier propriétaire d’un xolo, Oscar Gamas, un concepteur audio de 43 ans à Mexico, admet qu’il s’est d’abord intéressé à ce chien pour sa «symbolique».

Mais il est très vite tombé amoureux du caractère à la fois réservé, loyal et protecteur de son chien, Deck. Oscar est formel : «Ils ont une personnalité à part».