Les deux suspects ont participé à la contre-manifestation d'extrême gauche le 20 août dernier. 

Inquiétudes à la Commission des droits de la personne

La Commission canadienne des droits de la personne demande au gouvernement fédéral d'agir de façon urgente pour contrer une recrudescence de la haine au pays avant qu'il ne soit trop tard.
« Je pense sincèrement que la situation va s'aggraver », a martelé sa présidente Marie-Claude Landry en entrevue.
« On n'a qu'à regarder ce qui se passe partout dans le monde, chez nos voisins (du Sud) et ce qui commence à se passer ici au pays pour constater que la situation ne peut pas s'améliorer s'il n'y a pas un mouvement positif et des gestes positifs pour contrer ça. »
Elle prend pour exemple les attentats terroristes en Europe, les manifestations d'extrême droite aux États-Unis de même que les rassemblements de suprémacistes blancs au Canada et de groupes qui s'opposent à l'arrivée de réfugiés.
La montée de l'intolérance dans le monde l'inquiète à un point tel qu'elle a décidé d'envoyer une déclaration aux médias mardi dans laquelle elle écrit : « Nous ne tolérerons pas l'intolérance. »
« Il y a une situation qui est profondément alarmante et qui est une menace directe aux valeurs fondamentales de notre pays qui sont les valeurs de diversité, de respect et d'inclusion », a-t-elle expliqué en ajoutant qu'elle se sentait le devoir d'intervenir.
Cette sortie survient neuf mois après une première déclaration dans laquelle Mme Landry signalait déjà son inquiétude et dénonçait « le discours xénophobe masqué sous le couvert des valeurs canadiennes ». Depuis, elle dit remarquer une augmentation significative des crimes haineux et des incidents envers certaines communautés.
« Il ne se passe pas actuellement une semaine voire une journée sans que je reçoive le signal d'un geste de haine, d'un crime haineux ou d'un commentaire xénophobe, raciste, suprémaciste que ce soit par courriel ou par téléphone, a-t-elle énuméré. Pour moi, c'est symptomatique et il faut s'occuper de ça le plus rapidement possible. »
Elle dénonce le silence collectif qui, selon elle, a permis à la haine de gagner du terrain au pays, bien qu'elle note une récente mobilisation pour contrer ce type de discours. Elle enjoint les Canadiens à dénoncer les gestes et les propos haineux dont ils sont victimes ou témoins.
« Pour moi, les droits de la personne c'est comme la santé. Quand on fait des compromis, quand on n'en prend pas soin, quand on la tient pour acquise, on la perd.
«À partir du moment où on tient pour acquis que ici au Canada on est parfait, qu'il n'y en a pas de problème, que ces valeurs-là qui sont pourtant le fondement de notre pays sont tenues pour acquises, la gangrène s'installe. Nous avons besoin de nous occuper de cette situation-là afin d'éviter que ça ne devienne irrémédiable.»
Mme Landry demande au gouvernement fédéral d'apporter une aide financière aux communautés «qui cherchent à contrer la montée de la haine» pour lancer un mouvement contre les discours haineux.
Elle appelle à la mobilisation des parlementaires, des chefs d'entreprises, des leaders communautaires et de ses homologues dans les provinces et les territoires pour dresser un plan d'intervention.
Elle leur demande de promouvoir l'inclusion et la diversité par l'entremise d'une campagne de sensibilisation aux droits de la personne.
Des groupes isolés
Le cri du coeur de Marie-Claude Landry contraste avec les propos du député fédéral Greg Fergus qui estime que les groupes suprémacistes ou proches de l'extrême droite sont marginaux.
«Le message que je peux lancer aux membres de La Meute est que malheureusement, ils parlent à une infime minorité de personnes», a-t-il dit en faisant allusion à la manifestation du groupe qui a eu lieu à Québec dimanche.
Il a tenu ces propos lors d'une conférence de presse mardi du caucus canadien des parlementaires noirs pour faire le point sur le sommet du Réseau des dirigeants du gouvernement afro-canadien qui s'est déroulé à Ottawa du 20 au 22 août.
Le député de Hull s'est dit réconforté par le nombre élevé de manifestants anti-racisme qui s'étaient déplacés à Québec et par l'engouement suscité par le défilé de la Fierté de Montréal le même jour.