La directrice de la DPJ en Outaouais, Michelyne Gagné

Importante hausse des signalements retenus par la DPJ en Outaouais

Le nombre de signalements retenus par la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a bondi de 14 % l'an dernier en Outaouais, une hausse considérablement plus élevée que celle de 3,1 % enregistrée pour l'ensemble du Québec.
Le bilan annuel régional de la DPJ, dévoilé mardi matin, montre que le nombre de signalements traités (retenus et non retenus) a grimpé de 8,5 % en Outaouais en 2016-2017 par rapport à l'année précédente. Il s'agit d'une augmentation plus importante que celle observée à l'échelle provinciale, où le nombre de signalements reçus a connu une croissance de 4 % pour la même période.
En Outaouais, un signalement sur quatre a été retenu, une situation qui nécessite une analyse plus approfondie du dossier par la DPJ. Sur les 6164 cas signalés dans la région l'an dernier, il y en a ainsi un peu plus de 2500 qui ont été retenus. C'est 14 % plus que les quelque 2200 signalements ayant été retenus l'année d'avant. À l'échelle provinciale, la hausse du nombre de signalements retenus (3,1 %) a donc crû de manière moins substantielle.
La directrice de la DPJ en Outaouais, Michelyne Gagné, a expliqué que plusieurs facteurs peuvent expliquer ces statistiques. « Les gens sont mieux informés et tolèrent moins la maltraitance », a-t-elle notamment souligné.
Il importe aussi de regarder le portrait global de la région pour bien comprendre la hausse des signalements. 
« Quand on regarde nos données de santé publique ici dans l'Outaouais, on sait qu'il y a une famille sur quatre avec des enfants qui est monoparentale, alors ça peut représenter des défis au niveau financier », a donné en exemple Mme Gagné.
Les problèmes du système de paye des fonctionnaires fédéraux peuvent également être en cause pour expliquer des problèmes financiers vécus par certaines familles, note la directrice régionale de la DPJ.
Les intervenants oeuvrant en protection de la jeunesse se retrouvent donc avec davantage de cas à gérer, une situation complexifiée par le fait qu'ils observent avoir « besoin de plus en plus de temps pour travailler avec un enfant et sa famille », a fait savoir Mme Gagné. 
Cette dernière estime tout de même que les ressources financières consenties à la DPJ sont suffisantes, la région ayant obtenu de l'argent supplémentaire provenant d'une enveloppe provinciale pour les services aux enfants. Il n'en demeure pas moins que la DPJ peine à trouver preneur pour certains postes en raison d'un manque de diplômés. 
C'est notamment le cas pour les travailleurs sociaux et les infirmières, a indiqué Mme Gagné.
Comme c'était le cas en 2015-2016, la négligence est la problématique pour laquelle il y a eu le plus grand nombre de signalements retenus en Outaouais l'an dernier (37,8 % du total). Arrivent ensuite les dossiers de mauvais traitements (30,7 %), d'abus sexuel (12,4 %), de mauvais traitement psychologique (9,8 %), de trouble de comportement sérieux (9 %) et d'abandon (0,3 %).
Les maux de l'adolescence
Même s'il n'y a pas de recette miracle pour épauler des adolescents, Micheline Gagné souligne qu'il importe « de les écouter et de s'intéresser à leurs intérêts à eux ».
Le début de l'adolescence, Yohan et Samuel (noms fictifs) ne l'ont pas eu facile. Du haut de leurs 15 ans, ils ne sont maintenant plus trop loin du moment où ils quitteront leur centre jeunesse.
Samuel n'a pas de misère à dire qu'il a vécu « beaucoup d'événements » difficiles. Le décès d'un parent, sa séparation d'avec la mère de sa petite fille de huit mois, la drogue. Il avoue que lorsque la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de l'Outaouais l'a pris en charge, « ça a pas mal été de force ».
Quatre mois plus tard, « ça se passe super bien », confie le jeune homme. « J'ai un travail, je m'occupe de ma fille, dit-il fièrement. Je veux le meilleur avenir pour ma fille. Je ne veux pas qu'elle se ramasse comme moi je me suis ramassé dans mon passé. »
Yohan traîne quant à lui un passé de jeune délinquant. « J'ai fait des délits, j'ai volé des personnes, de la fraude », dit-il. À cela s'ajoute la consommation de drogues « diversifiées ». Ce sont ses parents qui ont fait appel à la DPJ, il y a un peu plus d'un an. « J'ai vraiment mal réagi, se rappelle-t-il. J'ai nié un bon cinq mois au début de mon placement, en disant que je n'en avais pas besoin, mais ça faisait juste se prolonger. À un moment donné, je me suis dit que j'étais aussi bien de travailler sur mes choses et de faire ce que j'avais à faire. »
D'ici la fin de l'année, Yohan devrait pouvoir retourner chez lui. Il réalise maintenant que son cercle d'amis de l'époque a joué un grand rôle dans son cheminement, qu'il a été influencé vers la délinquance. Conscient qu'il est encore « sensible » sur certains points, le jeune homme ne manque aujourd'hui pas d'ambition, souhaitant devenir avocat ou encore se diriger en génie électrique.
De tels parcours, la directrice de la DPJ en Outaouais, Michelyne Gagné, en voit beaucoup. D'où l'accent mis cette année par les DPJ du Québec sur l'adolescence, cette période parfois trouble qui se veut un passage obligé vers l'âge adulte.
Même s'il n'y a pas de recette miracle pour épauler des adolescents, Mme Gagné souligne qu'il importe « de les écouter et de s'intéresser à leurs intérêts à eux ».
« [Il faut] aussi essayer fortement de ne pas discréditer leur entourage, les amis, mais plutôt les aider en posant des questions pour qu'ils fassent eux-mêmes leurs réflexions », ajoute-t-elle en précisant qu'il est « normal » de voir un adolescent « qui se retire pour être souvent sur son ordinateur » ou « qui est toujours avec ses amis ». C'est toutefois lorsqu'un jeune « s'isole de tout », qu'il éprouve des difficultés à se faire des amis ou encore qu'il s'absente « continuellement de l'école » qu'il peut y avoir matière à s'inquiéter et à demander de l'aide, précise-t-elle.