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Geneviève Rioux, la présidente de la Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec.
Geneviève Rioux, la présidente de la Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec.

Il manque toujours de familles d'accueil au Québec pour les enfants placés par la DPJ

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne
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Il manque toujours de familles d'accueil au Québec pour les enfants placés par la DPJ, tranche la présidente d'un regroupement de plus de 2600 d'entre elles. Geneviève Rioux croit que pour en attirer de nouvelles et conserver celles qui jouent déjà cet important rôle, le gouvernement doit faire tomber bien d'autres obstacles.

La Commission Laurent s'est penchée sur la situation des familles d'accueil et son rapport contient une série de bonnes solutions, reconnaît d'emblée Mme Rioux, la présidente de la Fédération des familles d'accueil et ressources intermédiaires du Québec (FFARIQ).

Mais il n'y a toujours pas assez de familles d'accueil, déclare-t-elle sans hésiter. Au point où on a l'impression que le système ne peut se demander «quel serait le meilleur endroit pour cet enfant», mais plutôt: «quelle est la moins pire place».

De plus, les cas sont de plus en plus lourds, explique-t-elle. Il y a des enfants avec de gros traumatismes, ce qui décourage les familles qui s'embarquent dans cette grande aventure.

«Elles abandonnent et quittent le bateau.»

Mme Rioux donne en exemple cette nouvelle famille d'accueil qui n'a gardé un enfant que 24 heures.

Pour ces familles, elle souhaite plus de soutien, notamment au cours de la première année.

Une demande à laquelle le gouvernement du Québec a récemment apporté une réponse: le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a annoncé début juin une somme de 10 millions $ par année pour améliorer les services de soutien clinique aux familles d'accueil. Il a lui-même reconnu en conférence de presse qu'«on recherche un plus grand nombre de familles d'accueil dans plusieurs régions du Québec», invitant les personnes intéressées à communiquer avec le CISSS ou le CIUSSS de leur région.

Mme Rioux a accueilli favorablement cet investissement, qui doit, selon les informations qu'elle a reçues, permettre l'embauche de 100 intervenants. Elle espère toutefois «qu'ils seront là pour nous soutenir, pas pour nous surveiller».

Par contre, cela ne règle pas tous les problèmes rencontrés par les familles, juge-t-elle.

Des obstacles

Il y a beaucoup d'autres obstacles et irritants pour les familles, qui en découragent plus d'une. Mme Rioux voudrait voir plusieurs modifications, dont certaines d'ordre législatif, mais d'autres qui relèvent plus d'un «changement de culture».

Ainsi, elle souhaite un meilleur partenariat et une meilleure collaboration entre les familles d'accueil et les CISSS et les CIUSSS.

Ce n'est pas normal, dit-elle, qu'une famille ne soit pas informée qu'un enfant qu'elle prend sous son aile a été agressé sexuellement dans le passé. Il n'est pas souhaitable non plus que les rendez-vous avec les parents biologiques ou l'intervenante soient modifiés à la dernière minute, comme cette fois où elle devait emmener tous ses enfants — dont les sept pour lesquels elle est famille d'accueil — au camping pour le week-end, mais un rendez-vous pour l'un d'entre un a été déplacé un samedi, la laissant devant ce dilemme: soit priver tous les enfants de cette sortie, soit en laisser un derrière.

Elle critique aussi l'exigence posée à la famille d'offrir une chambre d'une grandeur minimale de 110 pieds carrés, ce qui représente environ 10 pieds par 11 pieds. Parfois, des rénovations de plusieurs milliers de dollars sont exigées avant de pouvoir accréditer une famille, rapporte-t-elle aussi.

«Ce n'est pas nécessaire», dit-elle, déplorant qu'une «bonne famille» puisse être écartée parce qu'elle a une chambre d'enfant «un peu trop petite».

Mme Rioux voudrait aussi que les exigences de comptabilité soient moins lourdes : elle n'en peut plus de devoir obtenir une autorisation préalable pour chaque achat de plus 100 $ pour un enfant et de devoir demander à l'Aubainerie sept factures distinctes pour l'achat de sept paires de mitaines pour sept enfants différents.

«Il faudrait qu'on soit des comptables, déplore-t-elle. Ils ont tellement peur qu'on vole les enfants.»

Trop de temps passé avec des tracas administratifs et de la paperasse empêche les familles d'être optimales pour les enfants, fait-elle valoir.

Pour la motivation des familles, et leur rétention, elle prône par ailleurs les contrats d'accréditation de trois ans, pour leur assurer une certaine stabilité, à elles, comme aux enfants. Récemment, un CISSS a tenté de mettre en place un contrat d'un an «sans aucune raison», dit-elle.

Elle soulève aussi ceci: le processus d'accréditation d'une nouvelle famille peut prendre un an. «Moi je dis : cette année-là elle est perdue. Pourquoi ne pas en profiter pour leur donner de la formation ? Et leur offrir du soutien soutenu après pour au moins six mois.»

On perd beaucoup de familles : «la première année, elles tombent». Elle rapporte qu'au cours des six derniers mois, au moins 40 familles ont contacté la Fédération pour lui dire qu'elles veulent abandonner. «C'est énorme», dit-elle avec de la déception dans la voix.

Mme Rioux fonde toutefois beaucoup d'espoir dans les recommandations du rapport de la Commission Laurent. Si elles sont mises en œuvre, «on va réellement être ailleurs», conclut-elle.