Alain Lalancette a chuté à deux reprises durant son séjour en République dominicaine, en février. Il s’est blessé au dos, puis a contracté une pneumonie. Rapatrié par avion-ambulance, il se trouve toujours aux soins intensifs.

Il contracte une pneumonie en voyage: 91 000$ pour rapatrier Alain Lalancette

« Maman, si ça retardait d’une journée de plus, on ne pouvait pas vous ramener. »

Ces paroles ont été prononcées par le fils de Dany Girard et Alain Lalancette, des Baieriverains qui sont plongés dans un cauchemar depuis le 2 février. En voyage en République dominicaine, l’homme s’est blessé au dos, puis a contracté une pneumonie, laquelle pourrait lui être fatale. Hospitalisé depuis son retour, le 8 février, Alain est en difficulté respiratoire constante, et un rétablissement est de moins en moins probable. 

Or, ce dernier n’était pas couvert par une assurance pour ce type de problème en raison d’une condition médicale préexistante. 

Il en a coûté plus de 91 000 $ à la famille pour rapatrier par avion-ambulance (51 000 $) le paternel et pour défrayer la note (40 000 $) de la clinique privée où il a été hospitalisé. Et ça, c’est sans compter le prolongement du séjour de Dany et ses déplacements en taxi, entre autres.

La dame, par l’entremise de sa nièce, a été acceptée pour un prêt de 22 000 $. Son fils, lui, a retiré le même montant de ses placements personnels et a emprunté 50 000 $ à sa banque, à un taux d’intérêt particulièrement élevé. Âgé de 39 ans et atteint de la sclérose en plaques, Karl économisait en prévision du moment où il ne pourra plus travailler à temps plein. Mais ramener son père est vite devenu la priorité.

La famille se retrouve donc avec une lourde pression financière. De quoi fendre davantage un cœur de mère et d’épouse déjà écorché.

« Je me suis tellement sentie seule, là-bas, à chercher de l’argent. Qu’est-ce qui serait arrivé si on était restés là ? On a réussi à avoir l’argent de peine et de misère. Si on meurt, c’est notre fils qui va être pris avec ces dettes-là. J’aime mieux ne pas y penser. On a toujours tout payé, même si on est loin d’être riches. Mais là, n’importe quelle petite affaire va s’ajouter sur la pile », a lancé Dany, éclatant en sanglot, lorsque cette délicate question a été discutée.

Pour l’entrevue, elle était accompagnée de Pierrette Bernier, qui a soulevé l’idée d’une sortie publique et d’une campagne de financement, et Victorien Cloutier, le conjoint bien discret de cette dernière. Pierrette considère Alain comme son mentor ; les deux se sont connus au Club de photo de La Baie.

La campagne, hébergée sur la plateforme GoFundMe et intitulée 91 000 $ pour une pneumonie, vise surtout « à soulager le poids financier qui pèse maintenant sur Dany et Karl ». L’objectif est de 91 000 $, mais chaque dollar aura une grande valeur aux yeux des Lalancette-Girard. Il est possible de donner via le gofundme.com/91000-pour-une-pneumonie.

Assurances

Le couple était assuré, mais en raison de son historique médical, Alain n’était pas couvert pour les troubles respiratoires, une condition médicale préexistante dans le plan de couverture avec l’assureur, que la famille préfère ne pas nommer, au même titre que la compagnie aérienne.

Avec le recul, et à demi-mot, son épouse réalise le risque couru. « Je me suis dit que si on n’y allait pas maintenant, on n’irait jamais. Il allait bien. C’était pour notre 45e anniversaire de mariage, et il n’avait jamais voyagé. Je n’aurais jamais pu penser que tout ça pouvait arriver. J’espère me réveiller de ce rêve », confie Dany, qui tremble aussitôt qu’elle se met à fouiller dans les papiers de la clinique dominicaine et des assurances.

En partageant son histoire, elle espère aussi sensibiliser. Car si le destin peut parfois en épargner certains, le risque d’en être une victime n’en vaut pas la peine. « Je pense que ça peut arriver à d’autres ce qu’on a vécu, mais je ne souhaite ça à personne », ajoute celle qui souligne la grande résilience dont a toujours fait preuve son mari, de même que son sens de l’humour.

Sa part de responsabilité étant assumée publiquement, la famille sollicite la générosité « des gens qui auront été sensibles » à son histoire, dans le cadre de la collecte de fonds, laquelle n’a pas de date d’échéance. 

Dany Girard demande l’aide de la population pour soulager son fils du poids financier qui pèse sur lui depuis le rapatriement de son père, lequel a coûté plus de 91 000$. Sur la photo, la conjointe d’Alain Lalancette est entourée de Victorien Cloutier et de Pierrette Bernier, l’amie derrière l’idée d’une collecte de fonds.

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UN LOURD HISTORIQUE MÉDICAL

Alain Lalancette, un ancien travailleur de la Consol, à La Baie, présente un lourd historique médical depuis 2000. Mais jamais sa femme et lui auraient « pensé qu’il serait malade durant ce voyage. »

En 2000, Alain Lalancette a été atteint du syndrome de Guillain-Barré, une maladie inflammatoire du système nerveux. Il a été hospitalisé pendant quatre mois et a dû « réapprendre à marcher, à parler et à manger », relate sa conjointe, Dany Girard, avec laquelle il a été famille d’accueil pendant 20 ans, à La Baie. À un certain moment, il « parlait avec son seul orteil qui bougeait, en pointant des lettres ».

« Il a atteint son plateau de progression, mais depuis trois ans, ça allait moins bien. Quand il marche, il doit regarder où il met les pieds », poursuit-elle, lorsqu’invitée à discuter du profil médical de son conjoint.

« Le premier soir du voyage, Alain est tombé dans la salle de bain, vu que la toilette était plus basse », raconte Dany.

En raison des douleurs au dos découlant de la chute, le couple a demandé au représentant de leur agence de voyages d’être rapatrié au pays. « Il nous a dit un “‘non”’ catégorique et a envoyé Alain voir le médecin de l’hôtel. Il lui a donné des médicaments et des injections », se rappelle-t-elle.

Une radiographie aurait pu démontrer l’urgence d’un rapatriement, qui aurait alors été couvert par les assurances, soutient la Baieriveraine. 

Elle considère que la demande était justifiée, et que son refus est le tournant de cette histoire. « S’ils nous avaient rapatriés, la suite n’existerait pas. Alain était blessé pour vrai ; il a été opéré au dos à son retour. Les médecins ont soudé sa vertèbre, qui était écrasée. Mais ils n’ont rien fait de plus, là-bas. Il était faible, a attrapé la diarrhée. Et, une nuit, il s’est levé pour aller aux toilettes. Il est tombé encore. Quand je suis rentrée dans la pièce, il était en détresse respiratoire. Le système de ventilation a sûrement joué », ajoute-t-elle.

C’est à partir de ce moment que les problèmes de santé d’Alain sont tombés dans la case des conditions préétablies. Avec un historique de troubles respiratoires, notamment un récent épanchement pleural, il n’était plus couvert.

L’homme a été transporté en ambulance, vu aux urgences, monté aux soins intensifs et intubé. Il était atteint d’une pneumonie. « Le médecin ne me disait rien, me disait que ce serait couvert. Il disait : “Dany, tranquille ; Dieu est bon.” »

Il a alors été hospitalisé, du 2 au 8 février, jour du rapatriement par avion-ambulance. « Il a fait une autre pneumonie, rendu ici. Il ne va pas bien. Je ne sais pas dans quel état il va se sortir de tout ça », a d’abord soutenu Dany, qui salue le support d’autres Saguenéens rencontrés à l’hôtel.

Mais voilà que vendredi dernier, les médecins attendaient Dany avec de mauvaises nouvelles. « Il aura une décision à prendre, car il risque de ne jamais pouvoir enlever le respirateur. Il ne pourra donc pas revenir à la maison. Mais il n’est pas prêt à prendre une décision encore », a-t-elle confié, ébranlée, au bout du fil.

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UN RISQUE QUI PEUT COÛTER CHER

Voyager avec un problème de santé et une assurance incomplète est un risque qui peut coûter cher, d’où l’importance de bien choisir son assureur.

« Chaque assureur a ses propres règles et limitations concernant les conditions médicales préexistantes, [...] les maladies et les conditions déjà connues au moment de la souscription de l’assurance. Selon votre situation, un assureur pourrait accepter de vous couvrir, et un autre pourrait refuser. Vous devez donc être prêts à magasiner », peut-on lire sur le site de CAA-Québec.

Pour le choix de l’assureur, CAA-Québec recommande les services d’un courtier d’assurances. Certaines compagnies demanderont un formulaire médical, afin de déterminer si la couverture est possible, selon les réponses du médecin. Évidemment, le prix de l’assurance est plus élevé dans un tel contexte.

Ensuite, entre en ligne de compte le « risque assuré ». « C’est alors à vous de décider si vous souhaitez partir en voyage malgré le fait que vous n’êtes pas complètement couvert », ajoute CAA-Québec.

Le site Protégez-vous conseille même à tous les voyageurs, malade ou non, de prendre un rendez-vous avec leur médecin « au moins six semaines avant un voyage à l’étranger [...], afin d’effectuer un bilan de santé et de connaître les précautions à prendre ».

« Achetez la meilleure [assurance] possible, selon vos moyens, même si vous ne partez qu’une seule journée aux États-Unis », suggère Affaires mondiales Canada.