Des vélos et des débris se jonchent une piste cyclable après qu'un automobiliste eut roulé à cet endroit près du mémorial du World Trade Center, frappant et tuant plusieurs personnes, mardi, à New York.

Huit morts dans un «acte terroriste» à New York

Le chauffeur d’une camionnette a fauché des cyclistes et passants mardi dans le sud de Manhattan, faisant huit morts et au moins 11 blessés le jour de l’Halloween, un «acte de terrorisme», selon les autorités.

Sans attendre la confirmation de la police et du FBI, le président américain Donald Trump a évoqué l’organisation État islamique (EI).

«Nous ne devons pas permettre à l’EI de revenir ou entrer dans notre pays après les avoir vaincus au Moyen-Orient et ailleurs. Assez!» a tweeté le président.

Le président a annoncé mardi soir avoir ordonné un renforcement du programme de vérification des étrangers voulant entrer aux États-Unis. «Je viens juste d’ordonner au [ministère] de la Sécurité intérieure de renforcer notre programme de vérification déjà extrême», a tweeté M. Trump. «Être politiquement correct, c’est bien mais pas pour ça!», a-t-il ajouté.

C’est la première fois depuis le 11 septembre 2001 qu’un attentat fait des morts à New York.

Plusieurs médias, dont le New York Times, ont indiqué que le chauffeur, qui a été interpellé vivant par la police, avait crié «Allah Akhbar» («Dieu est grand») en sortant de son véhicule, mais aucun responsable n’a confirmé dans l’immédiat cette information.

«Sur la base des informations immédiatement disponibles, c’était un acte de terrorisme, un acte de terrorisme particulièrement lâche qui visait des civils innocents», a déclaré le maire démocrate Bill de Blasio lors d’une conférence de presse sur les lieux de l’attaque, au sud-ouest de Manhattan, non loin du mémorial érigé en mémoire des victimes du 11-Septembre.

«C’est une journée très difficile pour New York», a-t-il ajouté, en demandant aux New-Yorkais d’être plus vigilants que d’habitude et de signaler toute anomalie.

L’identité du suspect n’a pas été révélée par les autorités, la police précisant uniquement qu’il était âgé de 29 ans et qu’elle ne recherchait pas d’autres suspects.

Mais selon plusieurs médias américains, il s’agirait de Sayfullo Saipov, arrivé aux États-Unis en 2010 et habitant à Tampa, en Floride.

Un policier de New York près près de la camionnette qui a foncé sur une piste cyclable.

Donald Trump avait dans un premier tweet qualifié l’homme de «personne très malade et déséquilibrée». S’il se confirmait que le suspect était un sympathisant jihadiste, ce serait la première attaque islamiste sur le sol américain depuis qu’il a été élu à la Maison-Blanche, promettant plus de fermeté devant l’islamisme radical.

Plusieurs dirigeants européens, à commencer par le Français Emmanuel Macron et la Britannique Theresa May, qui ont connu plusieurs attentats sur leur sol, ont rapidement manifesté leur solidarité.

«Horrifiée par cette lâche attaque, mes pensées vont vers tous ceux qui ont été touchés, ensemble nous vaincrons le terrorisme», a tweeté la première ministre britannique.

«J’exprime l’émotion et la solidarité de la France à New York et aux États-Unis», a déclaré pour sa part Emmanuel Macron, ajoutant dans un tweet : «Notre combat pour la liberté nous unit plus que jamais.»

Les faits se sont passés juste après 15h locales, le long de la rivière Hudson, où se pressaient beaucoup de passants en cette journée ensoleillée et où beaucoup étaient déjà déguisés, prêts à fêter Halloween et à participer au défilé costumé qui se tient chaque année à Greenwich Village.

«Je n’ai pas vu la fusillade, mais je suis arrivé 30 secondes après. Ca sentait les coups de feu. Il y avait un homme étendu par terre qui avait l’air d’avoir été touché, et un autre à côté de lui en train d’être arrêté», a raconté John Williams, âgé de 22 ans.

La camionnette, louée chez Home Depot, a d’abord foncé sur la piste cyclable qui longe la rivière sur près d’un kilomètre, renversant plusieurs cyclistes, avant de percuter un bus de ramassage scolaire et d’être obligée de s’arrêter, a expliqué le chef de la police, James O’Neill.

Le chauffeur est alors sorti de son véhicule, armé d’un fusil à air comprimé et d’un fusil à balles de peinture. Les policiers lui ont tiré dessus et l’ont appréhendé. L’homme a été touché à l’abdomen et a dû être hospitalisé, sans qu’on sache la gravité de son état, a précisé M. O’Neill. Selon les pompiers, 11 personnes ont été hospitalisées dans un état grave, mais leur vie n’est pas en danger.

Des gardes de police lourdement armés lors de la parade d'Halloween à Greenwich Village, mardi, à New York. Le défilé s'est déroulé dans une peur réelle, des heures après qu'une attaque de camion eut tué plusieurs personnes sur une piste cyclable de Manhattan.

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QUAND L'HALLOWEEN TOURNE AU CAUCHEMAR

Un petit garçon déguisé en Grande Faucheuse marche dans le quartier de TriBeCa à New York, en quête de bonbons et de confiseries, évitant les nombreux journalistes et policiers sur son chemin. A quelques mètres, la mort est devenue réalité avec une attaque «terroriste» qui a fait huit morts et onze blessés.

«Ça a été terrible. Nous étions ici toute la journée, c'est notre chemin pour aller à l'école, le chemin que nous prenons pour promener le chien, pour aller au supermarché, nous sommes d'ici», raconte Yvonne Villiguer, 52 ans et mère de l'enfant de neuf ans déguisé en Faucheuse.

Ils avaient prévu d'aller quémander des confiseries de porte en porte dans le quartier, l'un des plus réputés pour le trick or treat traditionnel de Halloween.

Mais l'attaque a chamboulé leurs plans et ils ont décidé de se limiter à un seul bâtiment, proche de chez eux et où habitent des amis.

«Ils ont ruiné l'Halloween», déplore Conce Dadd, portier d'un immeuble situé à quelques mètres de l'attaque, tout en ouvrant et refermant les portes aux enfants déguisés qui en Harry Potter, qui en lutteur sumo.

«Ainsi va la vie, cela peut se passer à n'importe quel moment. On ne peut rien y faire, juste punir le coupable», ajoute-t-il, fataliste.

La rue est déjà sombre et on ne voit plus que les lumières des voitures de police et des pompiers, dépêchées par dizaines sur les lieux.

Une mère court derrière des fillettes d'une dizaine d'années, déguisées en Alice au Pays des Merveilles, en Minnie Mouse et en bergère.

Juste après avoir entendu qu'il y avait eu un attentat, sa fille et ses amies avaient peur de sortir dans le quartier pour faire leur tournée gourmande. Mais l'excitation pour cette fête qu'elles ont attendu toute l'année a repris le dessus, et elles sont sorties malgré tout.

«Je suis très nerveuse et triste car c'est un comble qu'il se passe quelque chose ici, juste le jour si spécial pour les enfants. Et si près de l'école, c'est inquiétant», dit Angelica Pinera, la mère, devant l'école primaire dont les portes ont été fermées par sécurité une heure durant, après l'attentat.

Déguisés en Petit Chaperon rouge et en Grand méchant loup, les fils de Ilke Mancov, lui aussi résident de TriBeCa, contournent le cordon de police qui dit «Passage interdit: scène de crime» afin d'atteindre les sacs de friandises soigneusement gardés par leurs parents.

«Je suis très inquiet pour ma famille, c'est arrivé quand j'étais au travail, et nous vivons à seulement une rue du lieu de l'attentat. Il y a beaucoup d'enfants ici», dit-il, pointant du doigt une école primaire d'un côté, un lycée de l'autre.

«C'est le monde dans lequel nous vivons: si c'était arrivé une heure plus tôt, les enfants auraient été en train de sortir de l'école et ça aurait été bien pire», relève-t-ill.