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La ville de Hull, vue des airs dans les années 1960
La ville de Hull, vue des airs dans les années 1960

Historique des couvre-feux en Outaouais

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Plusieurs en ont peut-être un vague souvenir ou l’ignoraient, mais des couvre-feux ont déjà fait partie du quotidien dans les années 1950 et 1960 dans la région. C’était alors pour de tout autres raisons qu’en 2021. À Papineauville, l’alarme de la caserne de pompiers retentissait vers 19 h pour avertir les jeunes de rentrer à la maison. L’ex-ville de Hull, de son côté, a exigé pendant une certaine période que les enfants et ados soient de retour au bercail au plus tard à 21 h.

« C’était après la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, c’était pour des raisons de moralité et de sécurité publique. Chaque municipalité gérait ça à sa façon. Le curé très conservateur (de Papineauville), Elzéar Racan, appuyait ces mesures-là à 100 %. À ce moment-là, j’étais enfant et j’habitais chez mes grands-parents, à Treadwell, dans l’Est ontarien, tout juste en face de Papineauville. Là-bas, il n’y en avait pas », lance le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost.

Le président de la Société d’histoire de l’Outaouais, Michel Prévost

À 700 kilomètres d’ici, ce dernier précise qu’il fut aussi un temps où la ville minière de Chapais, dans le Nord-du-Québec, avait décrété un couvre-feu chaque soir pour tous les habitants afin d’éviter les désordres.

Plus de six décennies plus tard, M. Prévost est curieux de voir l’impact que ce couvre-feu décrété par le gouvernement du Québec d’un bout à l’autre de la province aura comme impact.

CONFINEMENT ET RELIGION

L’auteur et historien Raymond Ouimet se souvient d’une anecdote que lui a racontée une amie au sujet du couvre-feu qui était en vigueur à Hull dans les années 1950 et qui visait les jeunes de 16 ans et moins.

« À 21 h, ils devaient tous être rentrés à la maison. Un soir, dans le coin de la rue Eddy, son père appelle au restaurant de mets chinois pour une commande, mais il n’y avait pas de livraison, donc il a envoyé ses deux filles de 15 et 13 ans chercher le repas sur la rue Victoria. Les filles ont décidé de marcher sur la rue principale, car c’était plus éclairé, et quand elles sont arrivées devant le resto, un policier était là et leur a demandé leur âge. Il les a informées qu’elles n’avaient pas le droit d’être dehors et que leur père devait aller chercher lui-même son repas. Elles n’ont pas eu d’amende, mais elles sont revenues bredouilles. C’était une réglementation municipale », explique-t-il.

M. Ouimet indique également qu’il y a un siècle, lors de la pandémie de grippe espagnole, qui a coûté la vie à quelque 50 000 personnes au pays dont 250 sur l’île de Hull, il y avait certains types de confinement exigés par les villes et les bureaux de santé.

« Très tôt à Montréal, par exemple, on a recommandé la fermeture des églises, mais à Hull, ça va prendre énormément de temps avant que l’on demande au curé de le faire et qu’on dispense les fidèles d’assister à la messe. L’abbé Larocque ne se gênait pas pour dire que c’était (la grippe espagnole) un fléau envoyé par Dieu pour les punir. Il y avait une espèce de puissance de la religion, des curés, que l’on n’osait pas affronter. Mais le diocèse va finir par annuler tous les offices religieux par la suite. On est complètement ailleurs aujourd’hui. Par contre, on empêchait les gens d’être plus de cinq à la fois à l’épicerie. À un moment donné, on a aussi cessé les funérailles et on va interdire l’exposition des corps », raconte l’historien.

Aussi étonnant cela puisse paraître, celui-ci ajoute qu’à l’époque, même les médecins ne prenaient pas la situation très au sérieux, certains comme le Dr Aubry disant que la grippe espagnole « n’avait pas le caractère de gravité qu’on semblait lui donner », une déclaration qui avait été faite dans les pages du journal Le Droit.

« Il s’est dit des choses stupides. Dans ce temps-là, le médecin tardait souvent à répondre à un appel, tandis que le curé disait qu’il vous aiderait à combattre le mal. Le meilleur remède contre la grippe, c’était le prêtre qui l’apportait, avec la confession, l’eucharistie, etc. », ajoute M. Ouimet.

« Je réalise moi-même que la dernière fois où je n’étais pas à la maison à 20 h, c’est en novembre dernier. En zone rouge, ceux qui respectent le confinement sont probablement déjà en principe à la maison à cette heure-là et je pense que volontairement, les retraités et les personnes plus âgées se sont sûrement déjà eux-mêmes imposé un couvre-feu. Cette décision-là (de Québec), c’est une indication très claire qu’il faut prendre ça au sérieux et qu’on a perdu le contrôle avec la pandémie. Un couvre-feu généralisé, c’est très significatif », dit-il.