Après le territoire de Montréal et Laval desservi par Urgences-Santé, c’est donc en Outaouais que les paramédics ont dû le plus souvent administrer cet antidote aux surdoses d’opioïdes au courant de l’année 2016.

Hausse du recours à la naloxone en Outaouais

La naloxone est de plus en plus souvent administrée par les paramédics de l’Outaouais pour traiter des patients victimes d’une surdose, révèlent des données du ministère de la Santé.

Selon un document du ministère de la Santé consulté par Le Droit, 19 patients ont reçu de la naloxone administrée par le personnel préhospitalier en Outaouais en 2016, une hausse considérable par rapport aux trois cas recensés l’année précédente.

Après le territoire de Montréal et Laval desservi par Urgences-Santé, c’est donc en Outaouais que les paramédics ont dû le plus souvent administrer cet antidote aux surdoses d’opioïdes au courant de l’année 2016.

Pour 2017, les données disponibles jusqu’au 5 août font état de 13 cas d’administration de naloxone par les paramédics de la région. Si le rythme s’est maintenu, on pourrait en compter un total de 22 pour 2017.

« On considère que nous ne sommes pas présentement en situation de crise, mais c’est clair que nous devons suivre la situation de très près et demeurer au courant de ce qui se passe sur le terrain », souligne la Dre Brigitte Pinard, médecin-conseil à la Direction de santé publique de l’Outaouais (DSPO).

Les données fournies au Droit par la Dre Pinard montrent qu’entre 2013 à 2016, « il y a eu près d’une vingtaine de décès par année en Outaouais causés par une intoxication non intentionnelle confirmée aux drogues ou aux opioïdes ». Ces statistiques ne tiennent donc pas compte des surdoses classées comme des cas de suicides.

La Dre Pinard souligne que pour les décès causés par des surdoses d’opioïdes enregistrés en Outaouais en 2016, « la plupart » n’étaient pas reliés au fentanyl, cette drogue qui fait actuellement des ravages dans les métropoles canadiennes. La DSPO affirme tout de même suivre « de très, très près » la présence dans la région de cette drogue 100 fois plus puissante que la morphine.

Pour les données les plus récentes, qui font état d’« une quinzaine de décès causés par une intoxication suspectée aux drogues ou aux opioïdes » en Outaouais entre le début du mois de juin dernier et le début janvier, le Bureau du coroner doit encore faire « l’analyse de l’ensemble des données ». La DSPO sait toutefois déjà que « tous ces décès sont survenus chez la population adulte de 25 à 54 ans », note la Dre Pinard.

Il faudra attendre environ un an pour que le travail du Bureau du coroner permette d’établir si ces récents décès ont bel et bien été causés par des surdoses, et s’ils étaient intentionnels ou non.

UN COMITÉ SPÉCIAL SUR LES OPIOÏDES

De nombreux intervenants unissent leurs efforts depuis le printemps dernier afin de prévenir une crise des opioïdes en Outaouais.

C’est à l’initiative de la Direction de santé publique de l’Outaouais (DSPO) qu’a été mis sur pied le «comité spécial sur les surdoses d’opioïdes en Outaouais», en mars 2017. Il regroupe la DSPO, les corps de police et les services des incendies, le Centre d’intervention et de prévention en toxicomanie de l’Outaouais et le Bureau régional d’action sida, de même que des intervenants du réseau de la santé, du milieu de l’enseignement et du Bureau du coroner.

«Ça nous permet de suivre de plus près la situation, parce qu’on peut échanger plus d’informations sur ce qui est vécu sur le terrain», souligne la Dre Brigitte Pinard, médecin-conseil à la DSPO.

Le comité se penche présentement «sur les besoins d’optimiser les services en communauté pour les utilisateurs de drogues», explique la Dre Pinard. Un travail est fait pour que les consommateurs d’opioïdes soient sensibilisés au nouveau programme d’accès gratuit à la naloxone dans les pharmacies, en vigueur depuis le 10 novembre dernier. Déjà une vingtaine de pharmacies de l’Outaouais en ont dans leur inventaire.

Les services de traitement des dépendances et les moyens à utiliser pour rejoindre les consommateurs font aussi partie des travaux du comité spécial, tout comme la diffusion de messages clés.

«Il ne faut pas consommer seul et pas tous en même temps, ce qui permet qu’une tierce personne puisse intervenir si jamais il y a problème, insiste la Dre Pinard. Il faut aussi diminuer les doses pour voir l’effet, avoir de la naloxone disponible, et savoir reconnaître les signes d’une surdose, comme une respiration lente ou absente, les lèvres ou les doigts bleutés, la difficulté de se réveiller et, bien sûr, une absence de réponse. S’il y a un problème, le message clé, c’est d’appeler le 9-1-1.»