«Les enfants appartiennent à la communauté et c’est à la communauté de s’assurer de leur réussite», soutient Anne-Marie Bureau.

Guignolée de la Dre Bureau: les enfants, une responsabilité collective

Ça prend un village pour élever un enfant, veut le dicton. C’est aussi l’avis de la directrice clinique du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau (CPSG), Dre Anne-Marie Bureau, qui profite de sa 10e guignolée annuelle pour le rappeler à tous.

Des bénévoles étaient postés à l’extérieur de plusieurs commerces achalandés de Gatineau, samedi, et le seront à nouveau dimanche pour recueillir des dons afin de financer les activités du CPSG. Si vous souhaitez donner, mais ne pouvez le faire ce week-end, vous pouvez toujours le faire en ligne au www.pediatriesocialegatineau.com, jusqu’au 15 janvier.

«Au-delà des sous, c’est de sensibiliser le public. Ce ne sont pas les enfants de la Dre Bureau, ce sont pas que les enfants de ces parents-là. Les enfants appartiennent à la communauté et c’est à la communauté de s’assurer de leur réussite», insiste toutefois la Dre Bureau.

Cette dernière se dit indignée de récentes données qui placent l’Outaouais en queue de peloton pour la santé mentale chez les adolescents, mais particulièrement en ce qui a trait au développement des enfants à la maternelle.

«Si j’arrive avec un grand défi à la maternelle, j’ai environ 50% de chances de ne pas rattraper mon retard. Les chiffres, c’est à peu près ça. C’est épouvantable, on ne peut pas tolérer ça. S’il y avait un virus qui affectait le cerveau du tiers des enfants de notre communauté, on serait en état d’urgence», explique Anne-Marie Bureau.

Malgré tout, la Dre Bureau se dit optimiste, notamment puisqu’elle a pu constater à plusieurs reprises que l’approche du CPSG a pu faire une différence chez des enfants. Le fonctionnement du CPSG repose sur une offre complète de services d’accompagnement et de thérapie, mais également par l’inclusion de la communauté.

«Si on veut faire une différence, il faut se mobiliser et mettre le paquet, avertit-elle. C’est sûr que, quand les bénévoles entrent ici, ils font une différence. Si je n’ai plus de dames pour préparer le souper, il n’y en a pas de souper. J’ai des femmes qui sont ici depuis neuf ans pour préparer des repas et des collations. C’est une contribution qui est importante, mine de rien.»

Contribution reconnue

Dans les locaux du Centre de pédiatrie sociale de Gatineau, l’enfant a le droit d’être un enfant. «Il faut respecter la Convention des droits de l’enfant à travers tout ça, qui dit que j’ai le droit d’apprendre, de découvrir le monde et de m’amuser. Ça fait aussi partie de notre mission».

Le ministre de la Famille et député de Papineau, Mathieu Lacombe, venu témoigner son appui à la Guignolée de la Dre Bureau accompagnés de sa conjointe et de ses deux enfants l’a vite constaté. Il invitait son garçon à ranger les jouets avec lesquels il avait fini de jouer, samedi matin, quand Anne-Marie Bureau est intervenue: «C’est correct, les enfants n’ont pas besoin de ranger quoi que ce soit ici».

La Dre Anne-Marie Bureau et le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, ont eu l'occasion de discuter du rôle des centres de pédiatrie sociale, dimanche matin.

Bien qu’il ait été un peu rabroué par la Dre Bureau, M. Lacombe encense le CPSG, affirmant qu’il s’agit d’un «organisme extraordinaire qui joue un rôle important dans la communauté». Il affirme par ailleurs que le financement de ces organismes à travers la province — qui est passé de 22 à 45 millions $ durant le dernier mandat libéral — pourrait même bientôt passer à 60 millions $.

Les données qui inquiètent Anne-Marie Bureau pour le développement des enfants à la maternelle peuvent s’expliquer par le fait qu’environ 30% des enfants québécois ne fréquentent aucun service de garde éducatif à l’enfance, selon le ministre Lacombe.

«Pour ces enfants, c’est peut-être plus difficile de lever un drapeau quand il y a un problème de développement parce qu’ils ne sont nulle part dans le réseau. Souvent, ce sont des jeunes qui proviennent de milieux plus défavorisés ou de l’immigration et qui transitent par les centres de pédiatrie sociale ou des organismes communautaires familles», explique Mathieu Lacombe.

Au sujet de son financement, la directrice clinique du CPSG affirme que la formule actuelle où le gouvernement québécois fournit près du tiers de son budget est appropriée.

«On a plus du deux tiers à aller chercher, mais c’est correct comme ça. Notre plus grand défi, c’est comment arriver à donner davantage d’intensité de service à un nombre toujours croissant d’enfants? Dans le Vieux-Gatineau, on a célébré notre 9e anniversaire, mais le nombre que nous accompagnons ne cesse de grandir. [...] On sait que c’est ça qui fonctionne, il faut donner davantage d’intensité de services.»

«C’est un appel qu’on lance à la population, mais c’est une population qui a été beaucoup sollicitée cet automne. On prend ce qu’on va nous donner et on va être reconnaissant, c’est certain», ajoute la Dre Bureau.