Les observateurs parlent d’une grève « historique » alors que 200 000 enseignants ontariens ont quitté leurs salles de classe, vendredi.

Grève des enseignants en Ontario: « On va aller jusqu’au bout »

Déterminés à « aller jusqu’au bout » et à forcer le gouvernement Ford à faire marche arrière avec ses compressions dans le système d’éducation, des dizaines de milliers d’enseignants ontariens sont bruyamment sortis dans la rue vendredi en marge d’une grève générale d’un jour.

Ils étaient nombreux à s’être massés aux abords du chemin de Montréal, dans le quartier Vanier à Ottawa, pour manifester leur mécontentement face à l’impasse qui persiste dans les négociations avec les quatre grands syndicats, dont l’Association des enseignantes et enseignants franco-ontariens (AEFO).

La bonne humeur avait beau être de mise sur le piquet de grève malgré le vent glacial, l’impatience commence à être palpable chez les enseignants, presque six mois après la fin de leur contrat de travail. Quelques-uns n’hésitent pas à évoquer une grève générale illimitée dans le futur si les pourparlers continuent à faire du surplace entre les parties.

Près de deux millions d’écoliers étaient en congé forcé dans le cadre de cette journée de grève historique et la situation pourrait bien se répéter si une entente ne survient pas dans les jours à venir. La date du prochain débrayage, entre autres à l’AEFO, n’a pas encore été révélée.

Enseignant en maternelle jardin à l’école élémentaire catholique Saint-François-d’Assise, Micaël Venne avait un message à lancer au gouvernement provincial.

« À mon avis, le métier d’enseignant devrait être davantage valorisé. Au bout du compte, si on fait des coupures comme celles-là, on est en train de dire : voici le McDo de l’enseignement. Ce n’est pas cher, c’est du fast food, c’est réglé. [...] Pourquoi sabrer de cette façon-là ? Je ne comprends pas », s’exclame-t-il.

Plusieurs automobilistes n’hésitaient pas à klaxonner à la vue des grévistes et les enseignants sont convaincus qu’ils ont toujours le précieux appui des parents et de la population malgré les perturbations.

M. Venne, qui indique que sa tâche s’est « transformée au fil des dix dernières années », affirme que sa confiance envers son employeur (le conseil scolaire) est remise en question depuis qu’il a appris par le biais des médias et du syndicat que des retranchements importants sont demandés derrière les portes closes à la table des négociations.

La hausse du nombre d’élèves par classe est loin de lui plaire, ajoutant qu’il a « déjà enseigné au Québec avec des classes de 42 » et qu’il n’y est d’ailleurs plus « car ça n’a pas d’allure ».

L’enseignant compte se battre jusqu’à la fin pour faire renverser les décisions du gouvernement Ford.

« Le métier d’enseignant, c’est aimer la nature humaine. J’y crois beaucoup. Pour moi, c’est le plus métier. On permet aux enfants de s’épanouir et j’aimerais aussi qu’il y ait de la relève. Quand j’étais jeune, c’était Mme Suzanne qui parlait avec Micaël et qui disait : un jour, crois-tu que tu pourrais apporter quelque chose dans la société et faire une belle différence ? Vous voyez, elle a eu un impact tellement positif. Je suis là des décennies plus tard », lance-t-il.

Pour sa collègue Chantal Amundala, il n’y a pas de doute que les conditions de travail se sont détériorées depuis son arrivée dans le domaine en 2008.

« Là où M. Ford veut qu’on aille actuellement, ça va se détériorer encore plus. C’est pour cela qu’on se bat. L’Ontario est quand même une référence en éducation au Canada, alors pourquoi vouloir niveler vers le bas ? S’il vous plaît, écoutez-nous. Il n’aura pas le choix », indique-t-elle.

Elle se dit prête à sacrifier une grande partie de ses revenus si le conflit se transforme en grève générale illimitée, disant le faire « pour le bien des générations à venir ».

Rappelons que la taille des classes, l’imposition de cours en ligne au secondaire et la rémunération sont parmi les principaux points en litige.