Le Directeur général des élections du Québec a décidé d’enquêter sur les agissements du patron de Brigil, Gilles Desjardins, lors des dernières élections municipales.

Gilles Desjardins dans la mire du DGEQ

Le rôle joué en campagne électorale par le grand patron de Brigil, Gilles Desjardins, l’automne dernier, à Gatineau, a poussé le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) à déclencher une enquête sur les agissements du promoteur, a appris Le Droit.

La plus haute instance électorale de la province refuse de confirmer ou d’infirmer que son bureau des plaintes enquête sur les circonstances entourant les nombreuses sorties publiques de l’influent promoteur en période électorale. Gilles Desjardins affirme, pour sa part, ne pas avoir été contacté par le DGEQ, et dit ne pas être au courant des plaintes à son endroit ni des procédures qui en découlent.

Le Droit a cependant été en mesure de confirmer, de source sûre, que le DGEQ a décidé, en décembre dernier, de lancer une enquête à la suite de nombreuses plaintes concernant les interventions jugées partisanes de l’homme d’affaires et ce que plusieurs ont considéré comme l’instrumentalisation du contexte électoral pour faire la promotion de Place des peuples. Sans offrir de détails, Julie St-Arnaud, porte-parole du DGEQ, précise que les enquêtes menées par le bureau des plaintes peuvent prendre plusieurs mois, parfois quelques années à réaliser. Les plaignants sont par ailleurs avisés des conclusions des enquêtes lorsque ces dernières sont terminées.

Il n’a pas été possible de préciser avec justesse les événements qui ont poussé le DGEQ à se pencher sur le cas de M. Desjardins. Les sorties publiques du promoteur immobilier contre le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, ont toutefois été nombreuses pendant la campagne et ont chaque fois fait du bruit.

Le 26 octobre, M. Desjardins a convoqué la presse dans ses bureaux pour revenir sur l’importance de son projet de tours de 35 et 55 étages. Il a fini par accuser le maire de Gatineau de l’avoir menacé lors d’une rencontre qui remontait à janvier 2016. Le promoteur a avancé que le maire lui aurait dit « ça va saigner » s’il déposait officiellement son projet Place des peuples. « Si Action Gatineau rentre majoritaire, j’ai peur pour notre économie, j’ai peur qu’on perde le contrôle de notre ville », avait affirmé M. Desjardins lors du même point de presse.

Le 3 novembre, deux jours avant le scrutin, Gilles Desjardins a pris la plume pour signer une lettre ouverte, notamment publiée dans Le Droit, dans laquelle il faisait la promotion de Place des peuples et affirmait que « Gatineau serait mieux desservi par des conseillers indépendants libres de toute ligne de parti et prêts à se pencher sur les projets qui leur sont soumis ».

Autre enquête
Un échange de correspondance entre le DGEQ et Bill Clennett, en date du 4 et 5 octobre dernier, et dont Le Droit a obtenu copie, permet de confirmer que le DGEQ a aussi ouvert une enquête à la suite de plusieurs plaintes concernant la publication de l’étude des impacts économiques d’une désignation patrimoniale du quartier du musée. L’étude a été réalisée par la firme Aviseo et commandée par Essor centre-ville. Ce groupe de gens d’affaires avait été fondé quelques mois avant les élections par le candidat au poste de conseiller dans le district Hull-Wright, Pierre Samson.

Ce dernier défendait vivement le projet des tours Brigil. M. Samson s’était retiré de la liste des administrateurs d’Essor centre-ville deux jours avant la publication de l’étude d’Aviseo. Il a toujours nié avoir participé au financement de l’étude.

Dans sa plainte acheminée au DGEQ le 4 octobre, M. Clennett a écrit : « j’ai l’impression qu’il y a eu une tentative de manipuler la démocratie par un groupe de personnes riches et puissantes, […] il semblerait que cette étude devrait être considérée comme une dépense électorale ».

Le lendemain, le 5 octobre, Me Marjorie St-Laurent, du bureau des plaintes du DGEQ, a répondu à M. Clennett qu’« à la suite de vérifications, nous vous soulignons qu’un dossier sera ouvert et qu’une enquête sera instituée ». Le conseiller Cédric Tessier avait lui aussi déposé une plainte du DGEQ après la publication de l’étude d’Aviseo.

Quelques jours plus tard, le DGEQ lui confirmait qu’il ouvrait une enquête. Cette enquête est toujours en cours.