Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, a rencontré des maires inquiets à Washington.

Washington: «Beaucoup de maires sont inquiets»

Pendant que le président Donald Trump continuait de souffler le chaud et le froid quant à l’avenir de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), à Davos, en Suisse, le maire de Gatineau poursuivait, pour sa part, vendredi, son voyage de trois jours à Washington dans le but de convaincre ses homologues américains de l’importance de préserver les liens économiques entre le Canada et les États-Unis.

Ce voyage organisé par la Fédération canadienne des municipalités (FCM) a permis à Maxime Pedneaud-Jobin de discuter avec de nombreux maires américains dont il dit sentir l’inquiétude face à la possible abolition de l’ALÉNA. « On peut approcher ce débat sous l’angle idéologique, mais on peut aussi regarder ce qui se passe dans la vraie vie, sur le terrain et ça, ça rend des maires nerveux, a-t-il affirmé lors d’une entrevue avec Le Droit. Ces maires sont inquiets. Ils sont à la tête de villes où il y a des entreprises qui font des affaires au Canada. »

M. Pedneaud-Jobin rappelle que le Canada est l’un des trois premiers partenaires économiques dans 48 états américains. « Il peut y avoir une politique générale et une frustration par rapport à l’ALÉNA, mais entre maires, nous sommes pragmatiques, explique M. Pedneaud-Jobin. Les faits ont une importance et comme maires, nous pouvons avoir un impact réel. On rencontre des maires qui parlent à leur gouverneur. Certains de ces gouverneurs sont branchés sur le président. Ça démontre que les villes peuvent avoir un rôle à jouer dans un dossier comme celui de l’ALÉNA. »

Le message général que tente de véhiculer le maire de Gatineau auprès de ses homologues c’est qu’en l’absence des États-Unis comme partenaire commercial, les entreprises canadiennes vont trouver d’autres débouchés. « Il n’y a pas un pays au monde qui a plus intérêt à voir les États-Unis réussir que le Canada, dit-il. Si ça va bien chez eux, ça va bien chez nous. Lors de notre mission économique avec l’Union des municipalités du Québec (UMQ) à Rochester et Syracuse, les gens là-bas nous disaient avoir ressenti l’impact sur leur économie des compressions du fédéral dans notre région. Ça démontre à quel point nos économies sont intégrées. »

EN CHIFFRES

Échanges commerciaux entre Ottawa/Gatineau et les États-Unis

8,5 milliards $

Total des échanges commerciaux entre la région et les États-Unis (par année)

2,2 milliards $

Total des exportations de la région vers les États-Unis (par année)

6,2 milliards $

Total des importations des États-Unis vers la région (par année)

Principales zones d’échanges avec la région

1. New York/New Jersey/Long Island (389 millions $ par année)

2. Chicago/Naperville (286 millions $ par année)

3. Houston/Baytown (227 millions $ par année)

4. Detroit/Liviona (218 millions $ par année)

5. Los Angeles/Long Beach (199 millions $ par année)


Source : Global Cities Initiatives/Fédération canadienne des municipalités

UNE OCCASION DE DIVERSIFIER LES MARCHÉS D'EXPORTATION

La fin de l’ALÉNA aurait évidemment un impact important pour l’industrie du bois d’œuvre et des pâtes et papiers de la région, alors que des centaines d’emplois pourraient se retrouver à risque. 

Du positif pourrait cependant émerger d’un tel événement, estime Massilia Badaoui, conseillère internationale pour Export Outaouais. 

« C’est aussi une occasion de diversifier nos marchés d’exportation afin de devenir moins dépendant du marché américain », dit-elle. 

Les récents accords commerciaux avec l’Union européenne et l’Asie conclus par le Canada représentent des portes de sortie intéressantes si les choses devaient mal tourner avec l’Oncle Sam. Ce qui semble toutefois évident, c’est que le consommateur sera le premier touché en cas d’échec dans les négociations sur l’ALÉNA. 

« Si l’accord tombe, les barrières commerciales se relèvent, rappelle Mme Badaoui. C’est le consommateur qui va finir par payer si les droits de douane deviennent excessifs. »

« C'EST UNE BATAILLE POLITIQUE »

La renégociation de l’ALÉNA est avant tout une bataille politique qui ne mènera à aucun véritable gain commercial, croit le président sortant de la Chambre de commerce de Gatineau (CCG), Jean-Claude Des Rosiers. 

« C’est uniquement un processus politique, dit-il. Les gens d’affaires concernés voient ces discussions comme une façon pour les politiciens de faire des gains. Il n’y aura pas de gain commercial et c’est ça qui est dommageable. » 

M. Des Rosiers rappelle que les États-Unis représentent le principal marché d’exportation pour un peu plus de 200 entreprises gatinoises. Selon lui, l’abolition de l’ALÉNA aurait des impacts différents d’une entreprise à l’autre, selon le secteur commercial où elles sont présentes. 

« Certaines entreprises qui n’ont pas de présence physique en sol américain se rendent compte qu’il est de plus en plus compliqué de faire des affaires au sud depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, affirme M. Des Rosiers. Déjà que faire des échanges commerciaux entre pays n’a rien de simple, si on ajoute le protectionnisme, ça vient vraiment complexifier les choses. La réouverture de l’ALÉNA, ou pire, son abolition, peut briser des ententes commerciales et forcer des entreprises d’ici à réfléchir à leur modèle d’affaires et à revoir les marchés qu’elles ciblent. »

M. Des Rosiers croit cependant que les Américains commencent à comprendre que les politiques protectionnistes de leur président risquent plus de nuire qu’autre chose à leur économique. «C’est peut-être pour ça que les négociations s’étirent, dit-il. Ils se rendent compte qu’ils se tirent dans le pied.»