Le maire Maxime Pedneaud-Jobin est l’hôte de ses collègues de l’UMQ pour le sommet sur les changements climatiques.

«Vous êtes les élus du minuit moins une»

C’est un véritable appel à la mobilisation et à l’action qu’ont lancé les experts, jeudi, devant plus de 250 élus municipaux de toute la province réunis à Gatineau par l’Union des municipalités du Québec (UMQ) pour parler d’adaptation et de résilience aux changements climatiques.

« Vous êtes les élus du minuit moins une, ceux à qui incombent la difficile tâche de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici dix ans », a lancé Catherine Potvin, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les changements climatiques. Vous devez vous adapter parce que des inondations et des tornades comme a vécu Gatineau, ça ne sera plus juste une fois de temps en temps. Vous devez comprendre que vous n’avez plus le choix. »

Jusqu’à récemment, un tel discours aurait semblé alarmiste pour plusieurs élus. Plus maintenant. « Ça m’a frappé, mais elle a raison, insiste la mairesse de Sainte-Julie et présidente du comité de l’UMQ sur les changements climatiques, Suzanne Roy. Ce qui était hier une possibilité est aujourd’hui une évidence qui nous oblige à faire nos devoirs. Il n’y a pas de plan B. Il n’y a pas de place pour des mesurettes. La crise climatique est là. Partout au Québec. Personne ne sera épargné. Il y a urgence d’agir, nous sommes en face d’une urgence climatique. Des milliers de jeunes étaient dans les rues la semaine dernière pour nous le rappeler. Nous avons le devoir de réussir. »

Le biologiste, Claude Villeneuve a résumé son exposé à trois grands conseils pour le monde municipal. Les villes, dit-il, doivent identifier leur vulnérabilité, elles doivent connaître leur empreinte carbone et agir pour la réduire et elles doivent déployer tous les efforts possibles pour éduquer ses citoyens.

Sur ce dernier point, le cardiologue François Reeves a invité les élus à mettre le citoyen, l’humain, au centre des enjeux. « Trop peu de gens connaissent vraiment les effets de la pollution sur leur santé, dit-il. Toutes les études qui ont mesuré ça démontrent que le tout premier tueur planétaire c’est la pollution atmosphérique, avant n’importe quelle guerre ou maladie. Le problème, c’est que l’humain est très au premier degré. Deux avions s’écrasent, il y a 400 morts et c’est l’effroi. Mais chaque année, plus de huit millions de personnes meurent à cause de la pollution et ça, on en parle sweet f*** all. Les études démontrent que les enfants qui habitent à proximité d’une voie de circulation polluante sont plus malades. »

Le Dr Reeves invite par ailleurs les élus municipaux à s’éloigner du modèle américain de densification des villes et opter pour le modèle européen. « Les plus bas taux de mortalité sont dans des métropoles comme Genève ou Zurich, alors que les plus élevés sont dans ces espèces de centres urbains que j’appelle de la nécrose urbaine où on retrouve trop de promoteurs qui sont bien contents de faire le plus d’argent possible avec des gratte-ciel de 50 étages, lance-t-il. Il faut densifier les villes, mais il ne faut pas le faire de façon stupide. À mon avis, le maire le plus inspirant pour planifier une ville nord-américaine avec les qualités d’une ville européenne c’est Jean-Paul L’Allier, l’ancien maire de Québec. Il n’y a pas assez de L’Allier au Québec. »

Plus tôt cette semaine, l’UMQ a dévoilé une étude d’Ouranos qui estime à 4 milliards $ les besoins des municipalités pour adapter leurs infrastructures aux réalités des changements climatiques. Jeudi, le premier budget du gouvernement caquiste a consacré un milliard $ pour répondre à l’urgence climatique.

L’argent qui provient du Fonds vert doit servir à encourager l’achat d’automobiles électriques, à accompagner les grandes entreprises pour qu’elles émettent moins de gaz à effet de serre et à aider les municipalités à s’adapter aux changements climatiques.

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La menace des réseaux sociaux

Gérer une crise comme une inondation centenaire ou une tornade de force EF3 requiert des plans, de la préparation et de la discipline a martelé la directrice générale de la Ville de Gatineau, Marie-Hélène Lajoie, jeudi, devant un parterre réunissant plus de 250 maires et conseillers municipaux. Des détails qui peuvent cependant apparaître anodins ne sont pas à ignorer, a ajouté le maire Maxime Pedneaud-Jobin. 

« L’existence des réseaux sociaux, et je dirais des irresponsables qui sévissent dans les réseaux sociaux, obligent les institutions publiques à revoir leur stratégie traditionnelle de communication, a-t-il affirmé. Quand la panique prend dans la population, elle part des réseaux sociaux. Il faut être là pour démentir quand il le faut, pour répondre aux fausses nouvelles, aux craintes des gens, et les diriger vers la bonne information, c’est extrêmement important. Une des plus grandes menaces en communication en temps de crise, ce sont les réseaux sociaux. »

« Chassez le naturel »

Le maire Pedneaud-Jobin a aussi utilisé l’exemple du projet de concessionnaire automobile avorté de Toyota Gatineau pour rappeler aux élus que même si on chasse le naturel, il a tendance à revenir au galop. « Ce promoteur avait un projet en pleine zone inondable, à quelques dizaines de mètres du quartier le plus touché au Québec par les inondations en 2017, alors que les sinistrés n’avaient pas fini de démolir leur maison et que l’endroit avait encore l’air d’une zone sinistrée, a relaté le maire devant ses collègues. Le premier réflexe d’une majorité du conseil a été de dire que c’est un enjeu de développement économique et qu’il fallait qu’on le fasse. Ça, moi, ça m’a fait presque aussi peur que tout le reste. Il a fallu mener une bataille politique puissante pour empêcher ce projet. Il faut réfléchir et apprendre de nos erreurs », a-t-il ajouté.