À droite, un bac d’une capacité de 120 litres, la limite qui sera imposée aux citoyens de Gatineau.

Votre souvenir Facebook du jour

ANALYSE / Il fut un temps, à la table du conseil municipal de Gatineau, où un élu pouvait le plus sérieusement du monde revendiquer pour ses citoyens le droit d’arroser leur entrée de cour « au moins une fois au printemps ». Une telle sortie publique faisait déjà ricaner dans les chaumières à l’époque, mais jamais on n’entendrait de tels propos dans une réunion publique aujourd’hui à la Ville de Gatineau.

Le conseiller qui a prononcé ces paroles en 2009 convient probablement, près d’une décennie plus tard, qu’il s’était quelque peu égaré ce jour-là. Il peut toutefois se consoler. Les réseaux sociaux de l’époque n’étaient pas ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.

Les Gatinois qui déchirent leur chemise depuis mardi sur Internet parce qu’on leur retire le droit de jeter à la rue autant de déchets qu’ils le souhaitent sans devoir défrayer un supplément pourraient ne pas bénéficier de la même chance que cet ancien conseiller. Dans dix ans, quand bien des choses auront changé et que l’époque où jeter des restes de table dans le même sac que les couches du petit dernier appartiendra résolument au passé, certains éprouveront peut-être un léger malaise en voyant un vieux souvenir Facebook du jour revenir les hanter.

Les mentalités changent, mais comptez sur le « Réseau social » pour garder en mémoire à votre place ce que vous auriez peut-être un jour préféré oublier.

Malgré les hauts cris de certains, les Gatinois ont très majoritairement démontré qu’ils étaient prêts à faire des efforts dans la gestion de leurs déchets. Très rares sont ceux qui s’insurgent aujourd’hui de devoir rincer leur carton de lait ou leur boîte de conserve avant de les trier pour le recyclage. Un élu comme le maire Régis Labeaume qui déclarerait, à Gatineau, en 2018, qu’il faut mettre fin à la « psychose du bac brun » serait en porte-à-faux de la classe politique gatinoise des trois derniers mandats et ferait sourciller une grande partie de la population pour qui composter fait maintenant partie de l’ADN.

Ce que les Gatinois vivent depuis mardi avec le déploiement du nouveau Plan de gestion des matières résiduelles (PGMR) n’est que le premier pas dans la suite logique des choses. Ce plan adopté par l’ancien conseil est arrimé avec les exigences du gouvernement du Québec. Le temps où composter était encore un choix tire à sa fin. Les irréductibles ont encore deux ans de grâce, mais Gatineau, comme elle l’a toujours fait dans ce domaine par le passé, veut avancer plus vite et mettre cette étape derrière elle avant tout le monde afin de s’attaquer dès maintenant à la réduction et surtout à la gestion des déchets ultimes.

Pour passer en deuxième vitesse et mettre fin à la stagnation des efforts citoyens en la matière, l’administration a choisi pour la première fois dans un PGMR d’instaurer à grande échelle le principe de l’utilisateur payeur. La formule irrite, c’était prévisible. Pourtant, le concept de l’utilisateur payeur dans la gestion des matières résiduelles n’est pas une idée arrivée la semaine dernière sur le bureau de la directrice du service de l’environnement. Les Gatinois qui étaient un tant soit peu à l’écoute de ce qui se disait sur la scène politique de leur ville depuis des mois, voire quelques années, ont vu venir le coup. La tarification supplémentaire, le bac de 120 litres et tout ce que certains semblent apprendre cette semaine était écrit noir sur blanc dans le PGMR. Ce même PGMR qui a fait l’objet de consultations publiques et qui a été débattu et adopté à l’unanimité par l’ancien conseil.

Plusieurs citoyens en colère qui reprochent aujourd’hui à l’administration Pedneaud-Jobin d’avoir fomenté pour les taxer encore un peu plus oublient peut-être que l’ancienne conseillère municipale Denise Laferrière a été l’une des premières à mentionner la possibilité d’imposer une tarification supplémentaire aux Gatinois qui jettent trop.

En matière de gestion des déchets, les Gatinois ont démontré, par le passé, qu’ils pouvaient être responsables. Ils ont toujours été parmi les premiers à montrer l’exemple. L’administration n’avait jusqu’ici jamais eu besoin de brandir la menace d’une pénalité tarifaire pour ceux qui ne se conforment pas. Cette fois, la Ville juge qu’elle doit un peu serrer les ouïes pour atteindre son objectif. Et à part la conseillère Louise Boudrias qui a dénoncé le manque d’information disponible dans le dossier, personne ne s’est levé à la table du conseil pour revendiquer le droit des citoyens d’abuser gratuitement du sac de poubelle. Les Gatinois ont élu un conseil déterminé à faire un pas de plus pour protéger l’environnement. Les plus réfractaires devront s’y faire ou payer.