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Des tensions de plus en plus vives mineraient les relations entre la haute direction de la Ville de Gatineau et le maire Maxime Pedneaud-Jobin, ainsi que son entourage.
Des tensions de plus en plus vives mineraient les relations entre la haute direction de la Ville de Gatineau et le maire Maxime Pedneaud-Jobin, ainsi que son entourage.

Vives tensions entre Action Gatineau et la DG de la Ville

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
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Des tensions de plus en plus vives mineraient les relations entre la haute direction de la Ville de Gatineau et le maire Maxime Pedneaud-Jobin, ainsi que son entourage. D’après des informations obtenues par Le Droit, des élus à Action Gatineau auraient récemment souhaité rompre le contrat de la directrice générale Marie-Hélène Lajoie, alors qu’une majorité au conseil était plutôt d’avis qu’il revient au prochain conseil municipal de statuer sur le sort de la plus haute fonctionnaire de Gatineau.

Le sujet a été traité vendredi dernier, alors que les élus ont été convoqués par le maire pour une discussion à huis clos qui s’est tenue en l’absence de la directrice générale. Interpelé à ce sujet par Le Droit, lundi, le cabinet a refusé tout commentaire. Une seconde rencontre derrière des portes closes a eu lieu mardi matin. Le maire aurait alors avisé le conseil qu’il ne pousserait pas plus loin cette idée qui avait germé dans son camp, laissant ainsi le soin au prochain conseil de prendre sa propre décision.

Tous les élus contactés par Le Droit ont vivement refusé de commenter publiquement ces informations, prétextant qu’il s’agit d’un dossier de ressources humaines. Sous le couvert de l’anonymat, des sources au sein du conseil ont toutefois confirmé au Droit que les tensions entre les élus et l’administration se sont exacerbées dans les dernières semaines.

Les sujets de tension entre les élus et l’administration ont été nombreux au cours des dernières années à Gatineau. On peut penser, par exemple, à la place qu’occupait le maire pendant les inondations ou à l’organisation du Sentier culturel, deux sujets qui, d’après nos informations, ont provoqué quelques accrochages entre la haute direction et le cabinet du maire. L’instauration d’une nouvelle gouvernance qui confère au conseil un pouvoir plus important pour déterminer les priorités municipales ne fait pas l’affaire de tous parmi les hauts fonctionnaires de la Ville. Plusieurs élus déplorent encore des «poches de résistance» au sein de l’administration et cela irriterait le conseil, autant chez les indépendants que chez les élus d’Action Gatineau.

Il est difficile, de l’extérieur, de préciser à quel point le lien de confiance entre la direction générale et le cabinet du maire est atteint. Les deux ont affronté ensemble deux inondations, une tornade et une pandémie. L’efficacité de la réponse, dans tous les cas, a été saluée. L’épineux dossier du Centre Slush Puppie est aussi une démonstration que le bras droit et le bras gauche de la Ville de Gatineau demeurent capables de travailler ensemble. Le maire Pedneaud-Jobin n’a pas tari d’éloges envers la direction générale pour le rôle qu’elle a joué ce printemps pour sauver le projet, alors qu’il était embourbé dans des difficultés financières importantes.

Les tensions entre la haute direction et le maire ainsi que son équipe d’élus auraient cependant gagné en intensité l’automne dernier avec l’adoption de la nouvelle politique d’économie sociale. En octobre, le maire Pedneaud-Jobin a présenté cela comme une transformation en profondeur du rôle de l’État. Percevant l’encadrement bureaucratique imposé par les villes parfois comme un frein aux initiatives collectives, cette politique appelle l’administration à faire preuve d’humilité et à accepter que la gestion du bien commun dans une ville n’est pas de la seule responsabilité de ses fonctionnaires. Le livre du maire intitulé «Passer de la ville à la cité», qui a récemment été publié, revient aussi longuement sur ces concepts.

D’après nos informations, des éléments de la politique d’économie sociale ont particulièrement heurté la haute direction. Cette politique a d’ailleurs été rédigée à l’externe, ce qui n’est pas commun à Gatineau. Cette responsabilité revient habituellement à l’administration. La politique a d’ailleurs été adoptée sans plan d’action. Ce n’est que mardi que le plan d’action qui y est liée a été adopté par le conseil.

Maude Marquis-Bissonnette

Les tensions entre les élus et l’administration se seraient exacerbées au cours des dernières semaines. Les dossiers de la palestre et du complexe multiglaces dans l’ouest et celui de l’expansion urbaine dans le district de Bellevue seraient au nombre des dossiers plus litigieux. Les discussions entourant les priorités des commissions et des comités d’ici la fin du mandat auraient, dans certains cas, mené à des affrontements entre deux visions du rôle de l’administration municipale.

Plusieurs sources ont affirmé au Droit que les relations entre Mme Lajoie et l’éventuelle candidate à la mairie pour Action Gatineau, Maude Marquis-Bissonnette, sont très difficiles, voire acrimonieuses, depuis un certain temps. Des incidents évoquant une «guerre de pouvoir», un «conflit ouvert» ou un «conflit de personnalités» ont été rapportés au Droit. Plusieurs sources affirment que les deux femmes auraient beaucoup de difficulté à travailler ensemble si Mme Marquis-Bissonnette devait remporter la mairie en novembre prochain. La conseillère du Plateau a catégoriquement refusé nos demandes d’entrevue.

Un contrat couteux à rompre

Mettre fin au contrat de Mme Lajoie n’aurait pas sans impact pour le portefeuille de Gatinois. Le contrat de Mme Lajoie, assorti d’un salaire annuel de 279 000 $, a été renouvelé pour six ans en 2018. Un vote majoritaire du conseil aurait été nécessaire pour mettre fin au contrat de la directrice générale.

Lors du congédiement de l’ancien directeur général de la Ville de Gatineau, Robert Weemaes, au lendemain de l’élection de M. Pedneaud-Jobin, en 2013, la facture s’était élevée à 402 240 $ pour les contribuables gatinois. «Le lien entre le conseil, un maire et sa direction générale est important, avait alors affirmé M. Pedneaud-Jobin. Ça prend une synergie par rapport aux priorités et à la façon de travailler.»