Le terrain de 5300 mètres carrés situé à l'angle des chemins Lucerne et Fraser, dans le secteur Aylmer.
Le terrain de 5300 mètres carrés situé à l'angle des chemins Lucerne et Fraser, dans le secteur Aylmer.

Vente de terrain à Aylmer: la Ville connaissait la valeur écologique

Les hauts fonctionnaires de la Ville de Gatineau avaient une très bonne idée, depuis plusieurs années, de la valeur écologique du terrain boisé à Aylmer dont le processus de vente a été stoppé, jeudi, par le maire Maxime Pedneaud-Jobin. L’administration n’a cependant pas transmis cette information aux élus lors des discussions, à huis clos, qui ont mené le conseil à autoriser la vente de ce terrain.

L’Association des résidents de Deschênes, en collaboration avec des ornithologues, des géologues, des biologistes, des botanistes et des techniciens en aménagement de la faune et de la flore avait, sur une base volontaire, produit un rapport d’inventaire et recommandé à la Ville d’accorder un statut de «zone de préservation de la biodiversité» à ce terrain situé à l’angle du chemin Fraser et du boulevard Lucerne. 

En 2017, le conseil municipal avait autorisé l’installation de trois pancartes sur le terrain indiquant : «Ces milieux naturels font partie d’une zone importante pour la conservation de près de 270 espèces d’oiseaux. Plus de 930 espèces d’amphibiens, reptiles et mammifères, ainsi que de plusieurs essences de plantes en péril ont été observées dans les écosystèmes du quartier Deschênes. Contribuons à protéger cette riche biodiversité.»

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La conseillère Audrey Bureau affirme que jamais cette information n’a été portée à la connaissance du conseil lors des discussions entourant la mise en vente du terrain. «Je ne peux pas dire ce qui s’est passé, mais je pense que l’information sur la valeur écologique du terrain aurait dû être transmise au conseil pour permettre aux élus d’en discuter plus amplement, a-t-elle affirmé. Je suis vraiment contente que des citoyens aient sonné l’alarme.»

Pedneaud-Jobin chaudement salué

En fin de journée, jeudi, le maire, devant le tollé que la vente de ce terrain provoquait dans la population du secteur Aylmer, a exigé de la direction générale qu’elle suspende le processus de vente, le temps que toute l’information pertinente soit transmise aux élus. Dans les heures qui ont suivi l’annonce, des dizaines de citoyens ont vivement salué la décision du maire par le biais des réseaux sociaux. 

Le maire refuse pour l’instant toute demande d’entrevue au sujet de cette nouvelle controverse entourant la protection environnementale mise de l’avant par son administration dans l’ouest de la ville. Ce dossier vient s’ajouter à ceux, encore tout récents, de Destination Vanier, du développement éventuel de 25 % de la forêt Boucher et d’une autorisation pour de la construction domiciliaire sur un terrain auparavant identifié comme ayant une forte valeur écologique près de la bibliothèque du Plateau. La faiblesse des outils réglementaires dont dispose la Ville pour protéger son couvert forestier des promoteurs immobiliers est aussi de plus en plus dénoncée, tant par des citoyens que certains élus.

«Le message que le maire envoie c’est que dorénavant, les données écologiques sont aussi importantes que les données économiques ou tout autres données qui viennent au conseil lors des prises de décision, affirme Mme Bureau. Pour moi, ça fait longtemps que c’est une évidence. Les questions environnementales et les changements climatiques doivent être considérés dans toutes nos discussions.»

Mme Bureau reconnaît que des discussions devront avoir lieu à la table du conseil avec l’administration municipale pour voir ce qui s’est passé et pourquoi le message que le conseil tente d’envoyer semble prendre du temps à percoler au sein de l’organisation.