La question est lancée, est-ce que les véhicules électriques devraient être autorisés sur les voies réservées?

Véhicules électriques dans les voies réservées: une question qui divise

Les véhicules électriques devraient-ils être autorisés à circuler sur les voies réservées ? La question, l’une de celles qui ressortent d’une réunion mercredi de la Commission sur les transports, les déplacements durables et la sécurité de la Ville de Gatineau, ne fait visiblement pas l’unanimité.

Dans le camp favorable à cette mesure, on retrouve l’Association des véhicules électriques du Québec (AVÉQ), qui a précisé que selon les plus récentes données, 814 véhicules entièrement électriques ou hybrides rechargeables sont immatriculés en sol gatinois. En comparaison des villes comme Terrebonne et Sherbrooke, dont la population est bien moindre que Gatineau, ont respectivement 1183 et 1108 véhicules en circulation sur leur territoire. À l’échelle québécoise, leur nombre (45 000 en ce moment) est appelé à plus que doubler d’ici 2020.

L’organisation recommande à la Ville de Gatineau que ce type de véhicules puisse emprunter les voies réservées au transport collectif « pour les prochaines années, le temps que leur nombre atteigne une masse critique, privilège à être réévalué sur une base annuelle ».

De son côté, le Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais (CREDDO) ne voit pas les choses du même œil.

« Une voiture électrique reste une voiture, qui contribue à la congestion routière, qui a besoin d’un stationnement, et qui transporte bien souvent une seule personne. Les voies réservées doivent donc prioriser le transport en commun », plaide Emmanuel Pion, coordonnateur du Pôle Stratégies économiques et développement du territoire de l’organisme.

Il ajoute que cette position se justifie par plusieurs raisons, dont la viabilité à long terme de cette mesure, « qui pourrait constituer un passe-droit réservé à une catégorie déjà privilégiée de la population ». Aussi, le CREDDO croit qu’étant donné la hausse exponentielle du nombre de véhicules de ce type sur le réseau routier, il sera politiquement difficile de retirer plus tard cette possibilité aux automobilistes concernés si on leur offre dès maintenant.

L’organisme Vivre en ville apporte lui aussi des bémols à ce sujet, parlant d’un « choix peu raisonnable ».

« L’électrification des transports est tout à fait souhaitable, on le répète, mais le problème c’est qu’à partir du moment où l’on ouvre la voie réservée aux véhicules électriques, la voie réservée ne l’est plus. Elle n’aura plus la même efficacité. Les gens qui se déplacent en transport en commun, qui prennent moins de place et qui contribuent massivement à décongestionner la ville seront pénalisés. C’est ce qu’il faut éviter de faire. Par contre, si par de la réglementation ou des incitatifs d’écofiscalité, on peut contribuer à l’électrification des transports, nous sommes ouverts », de dire le conseiller en affaires publiques, Samuel Pagé-Plouffe.

Se disant ouverte à la discussion, la présidente de la Commission, Audrey Bureau, rappelle qu’aucune décision ne sera prise à court ou moyen terme.

« C’est mitigé, selon les experts. Pour ma part, je m’attendais à ça. Car une voiture, peu importe qu’elle soit électrique ou pas, reste une voiture sur la route et donc mobilise l’infrastructure et des ressources collectives. Mais ce n’est pas la seule méthode pour encourager l’électrification des transports. On parle d’incitatifs de stationnement, de déploiement de bornes publiques, de subventions. Il y a ce débat-là aussi. Il y a autre chose que les priorisations dans les voies réservées. On regarde tout ça », affirme l’élue.

À Gatineau, on trouve des voies réservées sur le chemin d’Aylmer, le boulevard Gréber et le boulevard Maisonneuve, entre autres. Le non-respect de ces voies est passible d’une amende minimale de 175 $.