Pauline Lobe

Une résidente de la coop du Faubourg expulsée pour du «gna-gna»

Remettre en question des décisions du conseil d’administration et tenter de convaincre des voisins de la suivre dans une démarche démocratique pour changer des façons de faire peut bien mal se terminer à la coopérative du Faubourg, à Hull. Pauline Lobe affirme en savoir quelque chose.

Son acharnement à vouloir mettre son nez dans la gestion de la coopérative à titre d’administratrice parce qu’elle s’inquiétait du contrôle exercé par un «petit groupe fermé» a valu l’expulsion à cette mère de deux enfants. Elle a dû quitter son logement le 1er juillet dernier pour aller habiter chez sa soeur, le temps de trouver un autre endroit où rester.

À LIRE AUSSI :

> Un climat d'intimidation, selon Audrey Bureau

> «On a dit wô minute» - Robert Gratton

> Des sinistrés au cœur d’une tempête

«Je suis expulsée de mon logement parce que j’ai voulu convoquer une assemblée générale pour discuter publiquement des problèmes de la coopérative, allègue Mme Lobe. La réunion a eu lieu, mais elle s’est très mal passée. J’ai voulu initier quelque chose pour régler des problèmes de manière démocratique et j’ai échoué. Ça s’est ensuite retourné contre moi. Je suis devenue une cible parce que j’ai voulu dénoncer ce qui était, selon moi, des injustices.»

Robert Gratton habite à la coopérative du Faubourg, mais n’a pas de poste au sein du conseil d’administration. Il agit toutefois comme gestionnaire de la coopérative par le biais de l’organisme Habitat urbain de l’Outaouais.

«C’est une personne difficile, dit-il en parlant de Mme Lobe. Elle a le don de s’aliéner tout le monde. Les gens ne veulent plus rien savoir d’elle. C’est toujours du gna-gna avec elle et c’est comme ça depuis des années. Il y a toujours quelque chose qui ne fait pas son affaire. Elle interprète les choses à sa façon. Les gens ne sont pas d’accord avec elle, alors à un moment donné, il faut que ça se règle.»

Le conseil d’administration a donc entrepris de régler le cas de cette locataire. Le lendemain matin de l’assemblée qu’elle avait convoquée pour partager ses doléances, une lettre au pas de sa porte attendait Mme Lobe. Le conseil d’administration l’accusait de ne pas participer aux tâches de la coopérative, de faire du bruit et surtout de créer de la bisbille entre les membres de la coopérative.

La mère de famille venait du même coup de perdre son statut de membre de la coopérative et par le fait même la subvention au loyer qu’elle recevait du gouvernement. Son expulsion de la coop était fixée au 1er juillet.

Le directeur général de la Fédération intercoopérative en habitation de l’Outaouais (FIHAB) et avocat spécialisé dans le droit des coopératives d’habitation, Raphaël Déry, affirme que l’expulsion de Mme Lobe contrevient à de nombreux éléments de la loi. Selon lui, la sanction qui lui est réservée ne passe pas le test des tribunaux puisqu’elle n’est pas raisonnable.

«Pour déroger au droit au maintien dans les lieux, ça prend un motif sérieux, explique l’avocat. Ce n’est pas banal de bafouer ce droit. Créer de la bisbille, comme l’allègue le conseil d’administration de cette coopérative, ce n’est pas un motif sérieux aux yeux de la loi. Une coopérative ne peut pas brimer la liberté d’expression de ses membres en menaçant d’expulser les gens de leur logement ou de couper leur subvention d’aide au logement.»

Me Déry s’est penché sur le cas de Mme Lobe après que cette dernière eut demandé de l’aide à la FIHAB. «Juridiquement, Mme Lobe a un dossier, non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme, dit-il. La plainte qui la vise est mal détaillée, la documentation liée à sa convocation devant le conseil ne lui a pas été transmise dans les délais. Les détails lui ont été transmis séance tenante. Ça ne respecte pas le strict minimum de la loi sur les coopératives.»

Robert Gratton rétorque que Mme Lobe s’est elle-même disqualifiée par son attitude et qu’il est «justifié» de l’expulser parce qu’elle «nuit au bon fonctionnement de la coopérative». Il ajoute que tout a été fait dans les règles de l’art par le conseil d’administration.