Le pont Portage

Une réalité régionale oubliée

L’étude rendue publique avec un an de retard par la STO, vendredi dernier, sur le futur lien rapide de transport en commun vers l’ouest fait la démonstration que le ministère des Transports du Québec doit changer ses façons de faire en Outaouais, reconnaît le ministre André Fortin.

Cette première analyse réalisée par le consortium Roche-Genivar révèle qu’un système rapide par bus (SRB) est l’option la plus avantageuse par rapport aux coûts, malgré son « risque important de saturation à long terme ». Il en coûterait environ 200 millions $ pour un SRB, alors que l’aménagement d’un système léger sur rails pourrait s’élever à plus de 800 millions $. L’étude ne prend toutefois pas en considération l’arrimage avec le système de train léger déployé à Ottawa, la population qui transite chaque jour entre les deux rives et l’impact sur la valeur foncière des propriétés avoisinantes au tracé.

« L’étude a quand même relevé certains points fondamentaux qu’il fallait mesurer, mais il va falloir s’assurer, à l’avenir, qu’à chaque fois qu’il y a une étude faite en Outaouais de bien prendre en considération la réalité régionale, a affirmé le ministre Fortin en entrevue avec Le Droit. On ne peut pas ignorer qu’il y a une ville de plusieurs centaines de milliers d’habitants à quelques mètres de chez nous. On ne peut pas ignorer non plus qu’une grande partie de la population se déplace d’une rive à l’autre chaque jour. »

Les processus internes au MTQ et les façons concrètes de travailler de ses fonctionnaires en Outaouais sont ainsi appelés à changer pour éviter d’autres études qui ignorent complètement la réalité régionale. Des critères d’évaluation propres à l’Outaouais seront développés.

« Dans les processus internes du MTQ, il faudra maintenant s’assurer que lorsqu’on étudie l’Outaouais, qu’on étudie la réalité des gens et non pas simplement en fonction de nos critères habituels, a ajouté le ministre. Quand on va entreprendre des études en Outaouais, que ce soit sur la circulation automobile, les projets de transport en commun ou encore les études origine-destination des citoyens, il faudra s’assurer de considérer que les gens n’arrêtent pas leur trajet une fois arrivés devant un pont. Quand ils traversent à Ottawa, ils vont non seulement au travail ou à l’école, mais aussi à plusieurs autres endroits à travers la ville. Il faut un changement des façons de faire dans tous les projets qui concernent l’Outaouais au MTQ. »

Des réserves
Cette reconnaissance par le ministre des Transports du Québec des limites de cette première étude devrait rassurer le député fédéral de Hull-Aylmer, Greg Fergus, et la présidente de la STO, Myriam Nadeau qui ont tous deux émis des réserves, vendredi, à la suite de sa publication par le transporteur public. « Quand Ottawa a produit son étude de faisabilité pour l’O-Train, elle a pris en compte le taux d’achalandage de la grande région d’Ottawa-Gatineau, la STO devrait faire de même », a indiqué M. Fergus. Mme Nadeau a affirmé qu’il était du « devoir » de la STO d’aller au-delà des conclusions de cette étude.

Le ministre Fortin a mentionné qu’il avait « hâte » de voir les résultats de la deuxième étude -attendue dans un an- sur le lien rapide vers l’ouest. « Elle est nécessaire, dit-il. Elle viendra vraiment préciser quel type d’infrastructure et quels tracés sont les plus souhaitables », a-t-il ajouté.

Watson ne s’en mêle pas 

Persistant à dire que l’objectif à long terme est que le train léger traverse sur la rive québécoise, le maire d’Ottawa Jim Watson préfère ne pas commenter l’étude de la Société de transport de l’Outaouais sur le transport en commun vers l’ouest de Gatineau, dévoilée vendredi dernier.

«Je n’ai pas lu toute l’étude, mais à la fin de la journée, ce sera une décision qui va appartenir au conseil municipal de Gatineau. C’est à eux de déterminer leur avenir. On continue de travailler avec eux et l’un de mes rêves demeure que le O-Train emprunte le pont Prince-de-Galles pour être relié à la station Taché-UQO du Rapibus. Ce serait une bonne initiative, mais il n’y a pas d’argent pour cela en ce moment», a-t-il dit.

Entamée en 2011, l’étude de la STO ne permet pas de déterminer un scénario idéal, mais elle souligne qu’en fonction de l’analyse avantages-coûts, « un système rapide par bus (SRB) serait le mode à privilégier par rapport au tramway/système léger sur rail (train léger) ».