Si la réglementation sur la consommation du cannabis sur son territoire comporte des lacunes, les élus gatinois pourront la modifier afin de répondre à l’essence de la loi.

Une première année pédagogique

Même si une large majorité d’élus gatinois n’a pas rechigné à permettre la consommation de cannabis dans la plupart des lieux publics, plusieurs ont été rassurés par la capacité qu’aura la Ville à modifier sa réglementation si elle devait s’avérer mal adaptée.

À ce titre, un bilan de l’an un de l’entrée en vigueur de la légalisation du cannabis à des fins récréatives sera fait au conseil en octobre 2019. « La première année sera pédagogique pour le conseil, mais aussi pour toute la population, a indiqué la conseillère Renée Amyot. Les gens vont constater que ce n’est pas parce que ça deviendra légal le 17 octobre que les rues seront envahies de fumeur de cannabis le lendemain. »

Le maire a souligné qu’une partie des craintes viennent de la proximité de la frontière avec l’Ontario. Cette proximité a donné lieu à plusieurs problèmes par le passé avec l’alcool.

« Ce qui était problématique, c’est qu’on ne contrôlait pas nos heures d’ouverture de bars, a-t-il rappelé. Dans le cas du cannabis, nous avons le contrôle sur notre réglementation et nous pourrions la changer en quelques semaines. On aura une capacité de réagir très rapidement pour nous adapter et c’est rassurant. »

Ponce Pilate
De la réglementation sur la consommation dans les lieux publics aux efforts de prévention envers les jeunes, la conseillère Nathalie Lemieux a préféré, jeudi, inscrire sa dissidence sur l’ensemble des éléments portés au vote devant le conseil.

« Moi je me dissocie de la loi et du cannabis et je fais comme Ponce Pilate dans ce dossier-là », a-t-elle affirmé aux médias en faisant semblant de s’en laver les mains. « J’aurais les mains propres et c’est ce dont j’avais besoin pour bien dormir, a-t-elle ajouté. Mes citoyens m’ont demandé de les protéger et ma décision leur convenait. J’ai voulu complètement me dissocier de ce dossier-là, je ne voulais pas y toucher. Ce n’est pas moi qui vais écoper des répercussions de cette loi-là. C’est ma façon à moi de supporter les citoyens qui m’ont choisi et c’est eux que je veux protéger. »

Questionnée à savoir pourquoi elle avait ainsi abdiqué son rôle d’élue dans ce dossier, Mme Lemieux a précisé qu’elle savait que le vote allait être favorable.

« Moi, je me trouve courageuse de tenir mes convictions et de garder ce que j’avais dans mon cœur et de me tenir debout par les gens », a-t-elle ajouté.

L’échec de la prohibition
Mme Amyot a expliqué que la position du gouvernement fédéral est en quelque sorte un aveu d’échec de tous les efforts de prohibition du cannabis.

« Quand un produit est prohibé, c’est beaucoup plus difficile pour les gens qui ont besoin d’aide de demander du soutien, a-t-elle ajouté. Si le gouvernement légalise, ce n’est pas parce que c’est devenu la norme sociale. On est plutôt dans une approche de réduction des méfaits, on veut réduire les effets néfastes de la consommation, réduire le marché noir et soutenir les clientèles les plus vulnérables, surtout les jeunes. Il faut informer la population, lui donner l’information juste et défaire les mythes. Les gens pensent que le cannabis mène aux drogues dures. C’est faux. La consommation de cannabis est en chute libre chez les jeunes depuis quelques années. La légalisation ne va pas changer ça. La Loi donne les outils nécessaires pour soutenir les jeunes et c’est vers cette clientèle qu’on veut investir en prévention et en communication. »